Coronavirus Covid19: "En profiter pour faire une quête spirituelle" Le confinement vu du temple bouddhiste de La Boulaye

Voilà déjà de nombreuses semaines que l'épidémie de coronavirurs paralyse le monde entier. En Saône-et-Loire, les bouddhistes du temple de La Boulaye invitent à une réflexion collective sur cette crise sanitaire.
Dans ce temple sont pratiqués des rituels, pour trouver la sérénité.
Dans ce temple sont pratiqués des rituels, pour trouver la sérénité. © Antoine Marquet
On l'aperçoit le long de la route. Sur sa butte, il brille lorsque le soleil le rencontre. Plebiscité par les touristes, il est incontournable quand on vient en Saône-et-Loire. Tout droit sorti d'une peinture, Paldenshangpa est un temple bouddhiste qui accueille curieux et croyants toute l'année.
 
Le lieu du culte bouddhiste a fermé ses portes en cette période de crise sanitaire. Le confinement s'impose aussi pour les résidents du temple.

Les lamas, dans la religion bouddhiste, sont les  enseignants. Ces moines bouddhistes sont habitués aux retraites. Alors qu'est-ce que ce confinement change pour eux ? 

Un temple aujourd'hui à l'arrrêt


On aurait tendance à se dire "pas grand chose, c'est un peu leur quotidien". Mais c'est un petit peu plus nuancé que ça. Joint par téléphone, Lama Phunstok rappelle que le centre a été fermé juste avant les annonces officielles de confinement du gouvernement. "On a des gens qui viennent de partout dans le monde. On s'est dit qu'il pouvait y avoir des gens venant de régions infectées."

Aucun cas de coronavirus n'est cependant à signaler au temple de La Boulaye. Pas de symtpômes non plus. Il reste actuellement tous ceux qui vivent sur le centre : quatre lamas et quelques résidents. "Mais on applique strictement les consignes de sécurité qui ont été données par le gouvernement." Alors gestes barrières et distanciation sociale à chaque sortie. 
 

Retraite, confinement, quelles différences ?


En temps normal, le temple Paldenshangpa propose des retraites dans des espaces adaptés, dans le parc. Une retraite, c'est une période de sa vie où on se retire de toutes les activités mondaines (du monde) pour se consacrer à une pratique spirituelle intensive, pendant une durée variable, selon les besoins de chacun.

La grande différence entre la retraite et le confinement, c'est la volonté personnelle. Alors que le confinement nous a été imposé, la retraite naît d'un désir personnel, d'une volonté singulière de s'extraire du monde pour prendre du temps pour soi. La retraite implique une forme de méditation, une quête de spiritualité. Alors qu'en confinement, nous gardons nos habitudes et continuons à avoir les mêmes activités
 

Mais est-ce que d'une contrainte, nous pouvons faire ce choix et profiter d'une période imposée pour entamer une quête spirituelle ? "Encore une fois, tout dépend de chacun. On ne peut forcer personne à entrer en introspection. On ne peut pas imposer le retour à soi. Ca ne fonctionne que si ça vient de la personne. Et on ne peut pas la condamner ou la blâmer s'ils ne le font pas.

Alors si certains d'entre vous le désirent et se sentent prêts, vous pouvez profiter de cette période de confinement pour vous mettre en retrait. Une solution peut-être pour ne pas céder à la panique et succomber à toutes les informations anxiogènes qui saturent l'espace médiatique ces derniers jours ? "Pourquoi pas" selon Lama Phunstok. 
La clé pour mieux vivre son confinement, c'est la détente. Beaucoup d'applications de méditation sont aujourd'hui disponibles et le lama nous invite à les utiliser. "Mais on peut aussi visiter virtuellement plein de lieux culturels."

Lama Phuntsok profite lui de cette période pour méditer, lire, prendre des nouvelles de ses "prochains", pour échanger, par téléphone, par les réseaux sociaux. "C'est déjà ce que je fais quotidiennement. Cette situation ne m'angoisse pas."  Lui était en Inde au moment de l'épidémie du SRAS (Syndrome respiratoire aigue sévère), entre 2003 et 2004. A cette époque, le virus n'avait pas vraiment franchi les frontières de l'Asie. "C'est la première fois depuis un siècle qu'on vit en Europe ce genre de choses. C'est une autre dimension.

Ca devrait nous faire réfléchir sur notre fragilité et nous rendre plus humble.
Lama Phunstok
 

© Antoine Marquet


Le coronavirus, une punition ?


Pour ces moines, cette période de confinement peut être propice à nous interroger sur le coronavirus. "C'est quelque chose d'invisible et quelque part, il a réussi à mettre le monde entier à l'arrêt. Ce que personne n'a su faire jusqu'à maintenant. La responsabilité humaine doit être remise en cause dans l'épidémie que nous traversons. L'activité humaine a eu un effet c'est sûr." 

Une des dernières crises qui a traversé les frontières : le krach boursier en 2008. Un événement qui aurait dû changer nos habitudes. "Mais rien n'a changé. On a continué d'adopter les mêmes comportements.
Selon Lama Phunstok,  cette crise du coronavirus doit aussi questionner le système dans lequel nous vivons actuellement. "On se rend compte qu'on est dépendant d'autres nations, qu'on a trop rogné nos budgets de santé. On se rend tout simplement compte qu'on était pas prêt à affronter tout ça." Lama Phunstok est catégorique : "Ca se reproduira très probablement.

Mais est-ce une forme de punition ? Le bouddhisme n'envisage pas les choses de cette façon. Ce n'est pas une fatalité, ni une colère divine. "On parle plutôt de relations de cause à effet. Nous avons créé la cause. Aujourd'hui on en assume l'effet. Si nous continuons à créer des choses, il y aura encore d'autres conséquences. Le virus n'a pas de frontières. Il touche tout le monde, peu importe les races, les religions, les classes sociales ou les genres."

 

© Antoine Marquet


Remettre l'humain au coeur des réflexions

Ces situations-là font émerger des qualités inhérentes aux êtres humains. Une forme d'héroïsme et d'altruisme.
Lama Phunstok

Selon le bouddhisme, l'être humain est doté de plusieurs qualités qui lui sont propres, comme l'amour et la compassion. La situation que nous vivons actuellement met en avant ces deux sentiments. "Cette gratitude que les gens manifestent, c'est quand même un point positif." Lama Phuntok espère qu'après tout ça, les gens n'auront plus le même regard. "Aujourd'hui, nous voyons à quel point nous sommes dépendants les uns des autres. Nous avons besoin des éboueurs, des caissières, des infirmières." 

Et pourtant, ce week-end, un certain relachement du confinement a été souligné. Beaucoup de Français sont sortis, "profiter du soleil". Un appel à plus de vigilance et de responsabilité a été lancé, pour protéger davantage les soignants et éviter la saturation des lits de réanimation. Lama Phunstok émet une certaine réserve : "On ne peut pas empêcher les gens de sortir. Ils ont besoin de respirer. Il faut seulement prendre toutes les précautions : porter un masque et respecter la distanciation sociale.


Il y a la spiritualité mais le confinement a aussi un impact sur les finances du temple. Les moines bouddhistes de Paldenshangpa vivent des visites du temple et des achats à la boutique. Depuis le début du confinement, il n'y a plus de rentrée d'argent et donc un manque de ressources.
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