La famille de Jérôme Laronze, agriculteur tué par un gendarme, réclame toujours un procès : "sept ans que la plaie reste ouverte"

Depuis sept ans, la famille et les proches de Jérôme Laronze, attendent un procès. Cet agriculteur de 37 ans a été abattu par les gendarmes le 20 mai 2017. Marie-Pierre Laronze, sœur de l’éleveur et avocate au barreau de Lyon, s’indigne des lenteurs de la justice.

Le jeudi 20 mai 2017, Jérôme Laronze, éleveur à Trivy (Saône-et-Loire), est abattu par un gendarme. Quelques jours plus tôt, le cheptel de vaches de cet agriculteur de 37 ans allait être saisi, après plusieurs contrôles des services vétérinaires. Jérôme Laronze prend alors la fuite.

Recherché par les gendarmes, il est aperçu à bord d’un véhicule lors d’un contrôle à Sailly, commune située à une trentaine de kilomètres. Ce jour-là, l’éleveur reçoit trois balles, dont deux dans le dos. Il ne survivra pas à ses blessures. Un gendarme est mis en examen pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

L'agriculteur se disait harcelé par l'administration depuis plusieurs années. Depuis sept ans, sa famille attend la tenue d’un procès mais la justice tarde. Marie-Pierre Laronze, la sœur de la victime, avocate au barreau de Lyon, répond à nos questions.

Dans quel état d'esprit se trouve aujourd'hui la famille ?

Marie-Pierre Laronze : "Les formules me manquent parce que j'ai l'impression que ça fait sept ans qu'on nous pose cette question. On est en colère, on a besoin que ce qui s'est passé soit dit, éclairci, que les responsabilités soient établies pour que la justice fasse son travail.

On voit que le dossier reste toujours en suspens. On est en colère contre la justice. Après la violence qu'a subi Jérôme, la violence de sa perte, de son absence, on subit aussi la violence de l'inertie judiciaire. Et cette violence-là, c'est la violence d'une plaie qui ne se referme pas. Je suis avocate, donc je sais que le procès n'est pas le lieu où l’on fait sa thérapie. Mais le procès, c'est un moment où on ne met pas un point sur l'histoire de Jérôme, mais un point sur les conditions de sa mort. La vérité aide à avancer, à cicatriser. Et cela fait sept ans que la plaie reste ouverte, elle s'infecte. C’est le poids le plus lourd à porter".

Nous sommes en 2024 et la justice ne vous donne toujours aucune date ?

M.-P. L. : "Aucune. Il faut savoir que ce dossier comporte plusieurs tomes avec 500 codes de procédure. Pourtant c’est un dossier finalement très simple, on n'est pas sur un dossier de terrorisme international. On a quand même eu quatre juges d'instruction, il faut donc reprendre le dossier avec des temps d'inertie. C'est insupportable parce que derrière il y a des gens, une famille, qui sont dans l’attente. Et puis au-delà de la famille, il y a les citoyens aujourd'hui. Beaucoup de citoyens qui ne sont pas du tout du milieu paysan sont révoltés en se disant : comment se fait-il que sept ans après, vous en soyez toujours à cette phase d'instruction qui n’avance pas ?

J’ai aussi eu plein de paysans qui m'ont sollicité. Et les protestations du début d'année ont ravivé tout ça. La colère est revenue mais aujourd'hui la colère, elle est aussi contre la justice.

En 2020, le tribunal administratif a reconnu le caractère irrégulier des contrôles qu’a subi Jérôme Laronze sur son exploitation. Selon vous, cela aurait dû faire avancer le dossier ?

M.-P. L. : "Oui, ça aurait dû permettre une accélération. La décision du tribunal administratif du 28 février 2020, elle est éclairante sur deux éléments. D'abord parce que le tribunal, en 18 mois, est en capacité de rendre une décision. Donc ça signifie que quand la justice veut, elle peut. Le manque de moyens ne doit pas devenir non plus un prétexte. Le dossier sur les contrôles administratifs était très complexe et il y a eu plusieurs audiences, le directeur de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Mâcon a été interrogé. Il y a eu un vrai travail sérieux de fond, honnête et rapide. Ce travail doit servir l'instruction parce qu’elle vient montrer où était la violence, où étaient les régularités.

Avec deux balles dans le dos, où est la légitime défense ?

Marie-Pierre Laronze

avocate, soeur de Jérôme Laronze

Le dernier contrôle, c'était la suite des précédents. Jérôme était quelqu'un à qui on reprochait plein de choses. Or, il s'avère que les précédents contrôles sont annulés parce que l'administration n’a pas fait les choses de façon régulière. Donc tout ça a un sens par rapport à une instruction sur la mort d'un homme. Cela donne un éclairage sur la compréhension du dossier et pourtant sept ans après, ce dossier est toujours en état de mort cérébrale. Aujourd'hui les éléments sont dans le dossier, mais ils ne sont pas exploités".

Vous attendez un procès pour aussi entendre le gendarme qui a tué votre frère ?

M.-P. L. : "En fait la ligne de défense du gendarme, on ne la connaît pas puisqu'on est au stade de l'instruction. Le gendarme, aujourd’hui mis en examen, a tout de suite répondu qu’il a agi dans le cadre de la légitime défense. Avec deux balles dans le dos, où est la légitime défense ? Je veux l’entendre, lui, et les autres. N'oublions pas que si c'est lui qui a tiré et tué Jérôme, il y a quand même eu des sacrés problèmes sur la scène de crime. On a fait disparaître des éléments importants comme des douilles. D'autres de ses collègues sont aussi largement concernés dans ce dossier.

Il y a les éléments matériels de preuve dans le dossier mais c'est important d'entendre la vérité des gendarmes. On aimerait savoir pourquoi ils ont laissé Jérôme une demi-heure sur son siège, sans soin. Elle est où l'humanité ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut laisser un homme qui gît dans son sang, qui agonise ? Ces gendarmes étaient pourtant tous formés aux gestes de premiers secours".

Quel souvenir gardez-vous de Jérôme ?

M.-P. L. : "C’était un paysan, fils de paysan, qui s'était converti au bio. Il mettait vraiment en pratique l'agroécologie. Il avait vraiment conscience de l'importance du rôle du paysan, du respect à avoir à l'égard de la terre. Porte-parole de la Confédération paysanne, il avait un engagement très fort mais un engagement citoyen qui venait du sol, de la terre. Et c'est pour ça qu'il est rentré en confrontation avec l'administration. Il voyait bien que tous ces contrôles étaient des tracasseries en plus pour les paysans avec un coût financier. C'est une façon de faire disparaître aussi des petits paysans. Et c'était tout ça qu’il dénonçait".

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