Pâques pendant le confinement : les catholiques de Bourgogne essaient de communier à distance

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Écrit par J.G.

Cette semaine qui conduit à Pâques est un moment majeur pour les chrétiens mais cette année ils vivent la Semaine Sainte confinés. Pas de messe, pas de procession, pas de célébration, alors les familles pratiquantes, les paroisses et les diocèses s'adaptent et tentent de "communier" à distance.

« Déjà apprendre que ça n’était plus possible d’aller à la messe ça a été difficile, douloureux ». Avant même le confinement, Maguelone Drouard a du adapter sa pratique. Lorsque le gouvernement a interdit les rassemblements, plus possible pour elle et sa famille d’assister à la messe du dimanche. Mais la perspective de la Semaine Sainte était encore lointaine.

Alors aujourd’hui, en pleine Semaine Sainte, période la plus importante de l’année pour cette famille de Sanvigne-les-Mines, près de Montceau (Saône-et-Loire), l’enjeu c’est de trouver des solutions pour vivre sa foi sans les rendez-vous "physiques" du dimanche et des différents jours jusqu’à Pâques dans leur paroisse.   
 

"On a organisé la journée... en marquant plus les temps de prière" Maguelone Drouard


« On a organisé nos journées, en plus du travail pour les enfants, en marquant plus les temps de prières auxquels on est aussi plus fidèles. On a choisi de prendre un temps de supplémentaire le matin. Et les enfants ont voulu qu’on récite un "Je vous salue Marie" avant les repas ».   

Des nouveaux temps de prière en famille qui n’existaient pas avant le confinement. Mais « faire Eglise » et « communier » sans sortir de chez soi c’est un véritable défi pour ce couple et ses quatre enfants. « On a la chance d’être confinés en famille mais on ne voulait pas se renfermer sur notre cellule familiale » explique Maguelone.
 


Faute de pouvoir vivre le chemin de croix en paroisse, parents et enfants ont fabriqué leur propre chemin de croix.  « Les croix en bois accrochées dans les arbres du jardin ont permis de créer un parcours pour prier vendredi dernier et ce Vendredi Saint ». La famille a ensuite envoyé un message à ses contacts, croyants ou non, pour leur demander leurs intentions de prière. « On en a reçu près d’une centaine et ca nous permis de nous ouvrir aux autres tout en restant chez nous » précise Maguelone.
 

 

 "J’ai beaucoup de mal avec la communion spirituelle" Jean-Luc Drouard


Une vie spirituelle qui n’en reste pas moins perturbée pour Jean-Luc, le père de famille : « J’ai beaucoup de mal avec la communion spirituelle, ça ne remplace pas la communion physique. C’est encore beaucoup plus exigeant et je pense que ça n’est pas à la portée de tout le monde. C’est plus simple de vivre la communion quand on est porté par un lieu et des gens autour de nous mais je ne désespère pas d’y arriver, ça demande un travail sur soi, ça touche notre vie intérieure au plus profond ».
 

"En 38 ans de ministère je n’ai jamais vu ca" Père André Guimet



La communion spirituelle André Guimet fait tout pour la faire vivre en cette période de confinement. « En 38 ans de ministère et je n’ai jamais vu ca » confie le curé d’une paroisse de Mâcon. « On peut faire "corps" si on a des relations et le téléphone, internet et le site des paroisses de Mâcon nous aident à cela ».
 

Des messes sur internet et des messages envoyés par mail


Messes filmées, permanence téléphonique pour les malades 6 jours sur 7 mais aussi messages envoyés par mails, tous les trois jours, aux paroissiens pour les aider à vivre spirituellement cette période si particulière, le prêtre ne manque pas d’idées et d’initiatives.  Il avoue cependant qu’il aime célébrer la messe pour les gens, « et là c’est terminé. On doit faire le deuil. Ca correspond assez bien finalement à la Semaine Sainte des rameaux à la Passion ». L’homme d’Eglise qui s’empresse de rajouter : « mais après la mort du Christ, il y a la Résurrection et j’attends le déconfinement ! ».
 


Pour le Père Guimet, cette période doit être propice à tirer des leçons « il faut qu’on en sorte meilleurs. On a tous le temps pour y réfléchir en ce moment. Quelle est la qualité de notre relation aux autres ? A la nature ? Quand on voit la qualité de vie dans le centre de Mâcon aujourd’hui ça doit nous interroger » interpelle le prêtre.

 

"L'annonce pascale traverse tous les confinements" Mgr Benoît Rivière


L'évêque d'Autun qui célèbre des messes disponibles en vidéo pour tous ses fidèles estime que « l'annonce pascale qui elle, traverse tous les confinements, peut être reçue partout. Simplement, cette année, il y a une épreuve à vivre qui fait que le Corps tout entier de l’Eglise n’est pas ensemble pour signifier le « nous » de l’Eglise. Cela va manquer et la fête de Pâques en revêtira un caractère singulier et j’espère qu’il ne se renouvèlera pas ».

 


Célébrer seul un moment d’Eglise peut sembler antinomique pour les catholiques mais pour Mgr Benoît Rivière « tout le monde n’est pas seul dans le confinement qui peut être vécu à 2, 3 ou 4. Lorsque 2 ou 3 sont réunis en mon nom, dit Jésus dans l’Evangile, je suis là au milieu d’eux. Mais pour ceux qui sont seuls, c’est une épreuve supplémentaire. Etre relié par les ondes ou les écrans compte alors beaucoup même s'il y aura un manque liturgique évident à vivre ».

Les moyens de communication beaucoup sollicités par l'Eglise en ce moment particulier sont une bonne chose selon l'évêque d'Autun : « C’est une aide, mais qui doit être accompagnée d’une action liturgique posée chez soi. Les liturgies familiales aujourd’hui sont importantes ».