Saône-et-Loire : "On a 14 ans d'emprunt devant nous", le maire de Varenne-l'Arconce lance un appel aux dons

La situation financière de cette commune de 118 habitants située en Saône-et-Loire est "catastrophique" selon le nouveau maire, Paul de Launay. La nouvelle municipalité a dû contracter un quatrième emprunt pour financer des travaux. Aujourd'hui, elle lance un appel aux dons pour lui venir en aide.

Installé à Varenne-Larconce, Paul de Launay a été élu maire pour la première fois en mai 2020.
Installé à Varenne-Larconce, Paul de Launay a été élu maire pour la première fois en mai 2020. © Paul de Launay

Le 23 mai 2020, Paul de Launay remporte à la surprise générale l’élection du maire de Varenne-l’Arconce, une commune de 118 habitants située dans le Brionnais. Et à sa surprise, il ne s'attendait pas à découvrir autant de soucis financiers en accédant au fauteuil de maire. Une semaine après sa prise de fonction, il décrit très rapidement "une situation catastrophique avec notamment des travaux de voirie en train d’être réalisés". L’une de ses premières décisions est de contracter un nouvel emprunt de 35 000 euros pour financer ces travaux de voirie estimés à 68 000 euros. 

100 000 euros d'emprunt

Aujourd'hui, la commune se retrouve avec quatre emprunts à rembourser, ce qui représente au total près de 98 000 euros. "C’est énorme. Avec les intérêts, on frôle les 100 000 euros", précise le maire. "On en a jusque’en 2035. On a 14 ans d’emprunt devant nous."

Mais Paul de Launay ne veut surtout pas accabler l’ancienne municipalité. "Il n’y a pas d’esprit polémique. Le maire a fait des travaux car il fallait les faire à un moment ou un autre", explique l'élu. 

On sait que l’on a devant nous une montagne à franchir mais on ne sait pas comment on va la franchir."

Paul de Launay, maire de Varennes-l'Arconce

La commune est propriétaire aujourd'hui de 30 kilomètres de voirie dont une dizaine de kilomètres de routes. Près de 68 000 euros de travaux ont donc pu être réalisés et financés en 2020 grâce au nouvel emprunt. Cependant, d'autres travaux urgents doivent être effectués dans la commune comme la construction d'un nouveau cimetière ou la rénovation de la place devant l'église, propriété du département. 

"On a aussi la sécurisation du bourg à faire car on a de très gros problèmes d'excès de vitesse. On va devoir à nos frais sécuriser le bourg et cela coûte très cher", souligne le maireLa municipalité compte également financer dès cette année le déploiement de la fibre sur sa commune. "On le met en place cette année. On l’a budgétisé mais cela s’additionne avec tout le reste."

Et sans compter les travaux réguliers d'entretien et les charges de personnel de la commune. "On sait que l’on a devant nous une montagne à franchir mais on ne sait pas comment on va la franchir parce qu’on a été purement et simplement abandonner par l’Etat."

La restauration de l'église, un chantier pharaonique

Mais les travaux de voirie ou de sécurisation du bourg ne représentent pas la plus grosse part d'investissement. Depuis 2013, la commune s'est lancée dans la restauration de son église, l'église Saint-Pierre-aux-Liens. "Elle fait partie des sept églises majeures du Brionnais. C’est un ancien prieuré de Cluny. Aujourd'hui, elle se trouve dans un état catastrophique que ce soit la toiture du clocher ou l’intérieur de l’église qui est totalement à refaire."

En effet, plusieurs tranches de travaux sont prévues avec notamment en premier lieu la restauration du choeur et des peintures murales du Moyen-Age. "Pour la tranche actuelle, il nous manque 22 000 euros" explique Mihran Amtablian, président de l'association de sauvegarde de l'église de Varenne-l'Arconce (Aseva). 

L'intérieur de l'église sera restaurée en priorité.
L'intérieur de l'église sera restaurée en priorité. © Mirhan Amtablian

Dans un second temps, c'est la restauration du transept qui est envisagée avec près de 475 00 euros. Puis  enfin, près de 400 000 euros seront nécessaires pour remettre en état les nefs de l'église. "Le financement se fait principalement par des subventions avec la sollicitation de la Direction générale des affaires culturelles qui finance à 40%, le conseil régional et le conseil départemental", précise Mihran Amtablian. "Ce sont les subventions classiques que l'on peut obtenir."

Le coût total de ces travaux avoisine aujourd’hui les 1,2 millions d’euros. C'est 12 fois le budget annuel de la commune. La question reste aujourd'hui de savoir combien devra prendre en charge la municipalité. "Mais cela ne comprend pas la restauration du toit du clocher car on a découvert qu’il vieillissait", relate le maire. "Le toit montre des signes des faiblesses et on sait qu’il va falloir payer la restauration du toit."

673 euros de dette par habitant

Avec l'aggravation de la dette de la commune, le taux d'endettement par habitant est passé de 458 euros en décembre 2019 (la moyenne départementale est à 439 euros), à 673 euros par habitants un an plus tard. "C'est colossal", déplore le maire. 

Pour tenter de sauver les meubles, le maire et ses deux adjoints ont d'abord décidé de diviser par deux leurs indemnités avnt même d'y renoncer. "Et en plus en fin d’année, pour un problème de trésorerie, on a dû suspendre les indemnités des adjoints pendant deux mois et les miennes pendant trois mois", explique le maire.

On a fait des efforts financiers énormes et on est puni car on ne nous aide pas en plus."

Paul de Launay, maire de Varenne-l'Arconce

Paul de Launay a également contacté les sénateurs, les députés, le conseil départemental, la communauté de communes ainsi que la préfecture. "J’ai rencontré à deux reprises le sous-préfet mais aucune enveloppe d’aide ne nous ait attribuée. On a trouvé quelques arrangements pour obtenir des subventions en avance mais c’est toujours conditionné." Le jeune maire dénonce aujourd'hui une injustice. "Le bon élève est puni. On a fait des efforts financiers énormes et on est puni car on ne nous aide pas en plus." 

La principale raison de cette situation n’est pas seulement liée selon lui à la gestion de la commune mais à la "déruralisation" et "un choix politique très clair". Pour Paul de Launay, "c’est une raison politique. On sacrifie les petites communes au profit des communautés de communes et des conseils régionaux. Autrefois, les mairies avaient tout un tas de prérogatives et les subventions qui allaient avec mais aujourd'hui, ce n’est plus le cas. Il n’y a plus d’argent dans les mairies."

La commune lance un appel aux dons

Pour soulager ses finances, la nouvelle muncipalité a donc décidé de lancer un appel aux dons avec la création notamment d'une cagnotte en ligne sur la plateforme Leetchi. "On lance un appel au peuple pour que les gens fassent des dons soit à la mairie, soit à l’association de sauvegarde de l’église qui va financer la restauration de l’église", explique le maire. 

 

Il est également possible de contribuer à la restauration de l’église en faisant des dons par chèque directement à l'association de sauvegarde de l'église de Varenne-l'Arconce (Aseva) ou via le site internet de la fondation du patrimoine. Près de 39 000 euros ont déjà été collectés sur cette plate-forme mais c'est pour le moment loin d'être suffisant. "Par rapport aux besoins pour restaurer l’église, ce n’est pas grand chose" estime le maire.

Le président de l'association, Mihran Amtablian, a fait également une demande au loto du patrimoine. "Je ne sais pas sur quoi cela peut aboutirEt maintenant, il faut qu'on cherche à récolter 160 000 euros pour la deuxième tranche de travaux de l'église mais ce n'est pas gagné." 

La mairie peut recevoir des dons ou des legs. Si vous souhaitez les aider, il est possible de les contacter au 03 85 25 84 23. 

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