50 ans après, le mystère de la disparition de Ben Barka reste entier

Un rassemblement a eu lieu à 18 h devant la brasserie Lipp à Paris. 29 octobre 1965, c'est le dernier endroit où l'opposant au régime marocain était vu en vie. 

Des dizaines de personnes sont rassemblées devant la Brasserie Lipp
Des dizaines de personnes sont rassemblées devant la Brasserie Lipp © Marie Chambrial


Dissous dans de l'acide, enterré sous une mosquée ou dans une ancienne prison secrète? 50 ans après l'enlèvement de Mehdi Ben Barka à Paris, le corps de l'opposant marocain n'a jamais été retrouvé et les circonstances de sa mort restent un mystère qui se heurte à la raison d'Etat.

L'enquête sur la disparition de Mehdi Ben Barka, la plus ancienne instruction en France, court depuis 1975. De nombreuses questions restent en suspens.

Quel est le degré d'implication des autorités françaises ? Où a-t-il été transporté, où a-t-il été enterré ? C'est le black-out total"

déplore son fils, Bachir Ben Barka qui vit à Belfort. Pour Bachir Ben Barka, "la seule façon de débloquer l'enquête est de déclassifier" l'affaire.

Où est le corps de Ben Barka ? 

De multiples scénarios ont été avancés. Son corps aurait été coulé dans du béton à proximité d'une autoroute, découpé en morceaux, dissous dans une cuve d'acide, enterré dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye ou sous la mosquée d'Evry.
"Sa tête a été rapatriée au Maroc, présentée au roi Hassan II, et enterrée dans une ancienne prison secrète de Rabat, le PF3", affirme de son côté Joseph Tual, journaliste qui enquête depuis 24 ans sur cette affaire.

29 octobre 1965 puis plus rien

Figure de proue du mouvement tiers-mondiste, l'opposant, en exil Mehdi Ben Barka a rendez-vous le 29 octobre 1965 à la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, avec un journaliste et un cinéaste.
Sur le trottoir, il est interpellé par deux policiers de la "mondaine", Louis Souchon et Roger Voitot, qui l'invitent à monter dans une voiture banalisée, conduite par Antoine Lopez, un informateur du Sdece (ancêtre de la DGSE).

Les trois hommes l'emmènent à Fontenay-le-Vicomte (Essonne) dans la maison d'une figure du banditisme, Georges Boucheseiche. Personne ne le reverra.

L'enquête établira rapidement que l'enlèvement a été planifié par les services secrets marocains avec la complicité de policiers et de truands français.
Pour Me Maurice Buttin, avocat de la famille depuis 50 ans, "derrière tout cela, il y a Hassan II". L'ancien roi du Maroc ne sera jamais officiellement mis en cause.


Il y a 50 ans : l'affaire Ben Barka

Une mort accidentelle ? 

Entretemps, l'audition en 2009 d'un truand, affirmant avoir recueilli les confidences de Georges Boucheseiche, pourrait éclairer l'enquête.
Deux heures après être arrivé dans la villa de Fontenay-le-Vicomte, Ben Barka, qui croit attendre un émissaire marocain, "s'est impatienté et s'est levé pour partir", selon ce témoignage relaté par une source proche du dossier.
"Boucheseiche lui a alors asséné un coup sur les cervicales qui s'avèrera mortel".
"La piste du meurtre accidentel ressort aujourd'hui du dossier d'instruction", estime Me Maurice Buttin. "Il fallait ramener Ben Barka vivant au Maroc", où il avait été condamné à mort par contumace en 1964.

Un dossier très politique

"La vérité est à portée de main", estime Patrick Ramaël. Mais, "l'affaire Ben Barka n'est pas une priorité", note Kader Abderrahim, spécialiste des relations franco-marocaines à l'Institut de relations internationales et stratégiques.
Après près d'un an de brouille diplomatique, l'heure est à l'apaisement entre Paris et Rabat.

"Le Maroc est un allié très important dans la lutte contre l'État islamique (EI) et personne, à part la famille, n'a intérêt à réactiver ce dossier explosif", souligne Kader Abderrahim.
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