Ligne ferroviaire Belfort-Delle : un "fiasco" selon une association d'usagers

Deux ans après sa réouverture, la ligne Belfort-Delle est très loin de faire le plein : au lieu des 1600 voyageurs quotidiens, elle n'en transporte que 400 à 600 chaque jour... Un "fiasco" selon la FNAUT, la Fédération Nationale des Associations d'Usagers des Transports. Et la COVID dans tout ça ?
La ligne Belfort-Delle inaugurée le 6 décembre 2018
La ligne Belfort-Delle inaugurée le 6 décembre 2018 © Manon Klein/Radio France/Maxppp
Cette ligne ferroviaire avait fermé en 1992. Après 26 ans et 110 millions, elle avait été réouverte en décembre 2018. 
Le financement avait été assuré par la Région, la France et la Suisse, à hauteur de 25 millions. 
Les attentes étaient fortes pour cette ligne longue de 22 kilomètres : avec 16 aller-retour quotidiens, 600 000 voyageurs attendus par an . Il faut dire qu'elle a des atouts : la Suisse est toute proche, Delle se situe à 7 kilomètres de la frontière, l'hôpital du Nord Franche-Comté peut être desservi et l'école d'ingénieurs l'UTBM, également.
C'est ce qu'on appelle un "potentiel important".

Les raisons d'un échec


Selon la FNAUT, seulement 400 à 600 voyageurs utilisent ces TER au lieu des 1600 attendus. Ce manque de fréquentation s'explique, toujours selon l'association d'usagers, par plusieurs facteurs : cette ligne ferroviaire est concurrencée par les bus, les correspondances avec le TGV de la gare de Meroux ne sont pas bien organisées ou encore les voyageurs doivent changer de train entre Belfort et Delle.

La FNAUT attribue un billet rouge à cette ligne mais fait aussi des propositions pour augmenter la fréquentation. Entre autres : améliorer la coordination entre TER et TGV, supprimer la concurrence entre bus et TER... Pour Patrick Noblet, responsable FNAUT de la région : "Nous étions pour cette ligne ferroviaire Belfort-Delle, mais c'est dommage d'investir de telles sommes pour si peu de voyageurs. Notre espoir, c'est une montée en charge à venir."


Michel Neugnot réagit vivement


Pour le 1er vice-président, chargé des Transports, à la région de Bourgogne - Franche-Comté, l'analyse n'est pas tout à fait la même : cette ligne ferroviaire court trois lièvres à la fois et l'épidémie de Covid19 joue aussi son rôle dans les mauvais résultats.

Il ne partage pas du tout l'analyse de la FNAUT : "La concurrence ne se fait pas déjà avec le bus mais avec la voiture. Tout le monde prend encore sa bagnole. La FNAUT fait aussi semblant d'oublier qu'il s'est passé quelque chose depuis mars, l'épidémie de Covid et les trains, ici et ailleurs, et à de rares exceptions près, sont vides ou presque..." estime l'élu.

Michel Neugnot explique que cette liaison a été conçue pour remplir trois fonctionnalités : "C'est conduire à la gare TGV les Suisses, les Belfortains et en plus transporter les habitants tous les jours pour aller travailler... C'est un mixte qui ne donne satisfaction à personne."

Il refuse de donner des chiffres de fréquentation "qui ne veulent rien dire en période d'épidémie. J'attends de la part de la FNAUT des propositions, s'ils en ont.... " ajoute Michel Neugnot.

Le vice-président chargé des transports est furieux sur le battage médiatique autour de ce billet rouge décerné par l'association des usagers. Lui dit travailler sur le moyen et long terme car "cette ligne est là et il faut en tirer le meilleur parti !" estime-t-il.

La Région mène actuellement des discussions "avec nos amis suisses car en 2023, c'est l'ouverture à la concurrence et en 2026 la Suisse refond complètement son organisation ferroviaire. On pourra aller avec cette ligne jusqu'à Delemont. On ne sera plus lié, à ce moment-là, aux contraintes horaires suisses. On en fera une desserte plus attractive" conclut Michel Neugnot.
 
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