Belfort : Le groupe américain GE est-il en train de profiter de la crise du Covid pour accélérer des délocalisations ?

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La crise sanitaire du coronavirus va-t-elle fragiliser un peu plus le site de Belfort déjà meurtri par 455 suppressions de postes en 2019 ? C’est la crainte de l’intersyndicale. A Belfort, l’activité des turbines à gaz pourrait à nouveau être réduite par GE.

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le Covid est l’opportunité pour GE de ne pas tenir ses engagements » lance Philippe Petitcolin, délégué CGC.

L’intersyndicale CFE-CGC- CGT-Sud exige dans un communiqué publié ce jeudi 14 mai « l’intervention urgente de l’Etat français afin que GE respecte les engagements stipulés dans les accords de 2014 et 2019, et particulièrement l’accélération du projet industriel et de la GPEC (gestion  prévisionnelle des emplois et compétences) pour garantir la pérennité du site de Belfort... au lieu de délocaliser... avant qu’il ne soit trop tard ! ».


Faire réparer les rotors des turbines à gaz ailleurs qu'à Belfort


Mercredi 13 mai, la direction du groupe américain a présenté lors d’un CSE, conseil social et économique à Belfort, un projet d’adaptation de la charge des ateliers lié au contexte de la crise du Covid. Selon l’intersyndicale, ce projet vise à délocaliser aux USA et en Arabie saoudite, la maintenance des rotors de turbines à gaz.

Avec l’état d’urgence sanitaire, l’ordonnance du 22 avril réduit les délais de consultation des instances représentatives dans les entreprises, le fameux conseil social et économique. La manoeuvre pourrait se faire dans un délai de 11 jours seulement, ce qui fait voir rouge à l'intersyndicale.

Actuellement, les ateliers du groupe américain à Belfort tournent à 75% pour des raisons sanitaires. L’entreprise a recourt au chômage partiel. "L’activité de maintenance des rotors était une activité clé pour développer le site de Belfort" estime Philippe Petitcolin. Le site belfortain a perdu 455 emplois ces derniers mois suite au plan de suppressions d’emplois du groupe en France. « On devait devenir le centre de réparation en Europe. Cette activité de maintenance, elle représente 20% de l’activité du site de Belfort. Et un potentiel de 30 à 50.000 heures de travail actuellement par an, voire 100.000. Avec tout ce qu’on a perdu, le site n’est déjà plus guère viable, alors si on laisse partir ça…. » s’inquiète Philippe Petitcolin.

Délocaliser en raison de la crise du Covid, un prétexte pour le syndicaliste qui ne comprend pas l’urgence de la situation. « Ces rotors sont physiquement dans nos ateliers, les transférer vers les USA prendra un à deux mois. Les clients n’en ont pas besoin de façon urgente » estime l’élu.
 

Le Covid, un prétexte pour accéler des délocalisations souhaitées par le groupe américain ?


Selon le communiqué de l’intersyndicale, le groupe GE a des projets de délocaliser en Hongrie, Pologne, Inde. Des projets contraires aux accords signés avec l’état français en 2014 lors de l’acquisition de l'activité turbines à gaz d'Alstom.
 

General Electric traine des pieds voire ne compte plus respecter ses engagements
 


« A peine 6 mois après la signature des accords de 21 octobre 2019 marquant la fin d’un conflit de 5 mois à Belfort, toutes les mesures de réduction des coûts et les efforts consentis par les salariés ont été négociés et sont en cours de mise en œuvre : 455 départs volontaires enregistrés, suspension pendant 3 ans de nombreux acquis sociaux, fermeture de plusieurs bâtiments... Mais concernant les contreparties négociées par l’intersyndicale pour garantir la pérennité du site, General Electric traine des pieds voire ne compte plus respecter ses engagements. La création de 200 emplois dans l’aviation semble compromise.  GE accélère le transfert de la fabrication en Hongrie qui avait été décalé d’un an » explique les syndicats.

Concernant le projet de faire réparer les rotors ailleurs qu’à Belfort, « cette délocalisation d’activités lucratives dégraderait encore davantage la compétitivité de l’entité belfortaine et les finances de l’état français » estiment les syndicats qui se disent prêts à réfléchir à de nouvelles actions pour défendre le site de Belfort.


GE avait déjà demandé à ses fournisseurs de baisser leurs prix en raison de la crise sanitaire


La présidente de région Marie-Guite Dufay avait déjà tiré la sonnette d’alarme , début mai en écrivant au ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Elle se disait inquiète pour les fournisseurs des sites GE de Belfort et Bourogne. Le groupe américain leur a demandé dans un courrier en date du 20 avril de baisser les prix de 20% en raison de la pandémie de coronavirus Covid-19. Jugeant le site de Belfort moins compétitif que d’autres sites européens, GE prend comme prétexte l’absentéisme et la diminution temporaire de l’activité liée à la  pandémie de Covid19 pour accélérer une délocalisation vers son usine de Hongrie. Avec un an d’avance, certaines pièces à faible valeur ajoutée sont transférées mais d’autres fabrications suivent comme les aubes directrices qui ne font pas partie de l’accord de 2019" écrivait -elle au ministre. Marie-Guite Dufay a demandé à Bruno le Maire d'interpeller rapidement les dirigeants de GE "afin de retrouver l’esprit des accords d’octobre 2019".