Présidentielle 2022 : “Ce qui fait le racisme, c’est la méconnaissance des autres“, des Français originaires du Bénin appellent à faire barrage à Marine Le Pen

Le Conseil des Béninois de France et plusieurs associations* lancent un appel à voter Emmanuel Macron au second tour dimanche 24 avril, pour faire barrage à l'extrême droite et à Marine Le Pen.

Jean-Charles Ahomadegbe est Français, et vote en France depuis 1990. À 67 ans, cet enseignant chercheur travaille notamment avec l’institut de cancérologie Gustave Roussy à Villejuif. Il enseigne à la faculté de pharmacie à Amiens. Il préside le Conseil des Béninois de France et appelle ces derniers à aller voter Macron au second tour. “On est inquiets, nous sommes les migrants. Nous sommes les descendants des migrants. Les gens quand vous passez, vous regardent comme si vous étiez responsables de tout... Marine Le Pen veut réformer le droit d’asile. Nous allons être les premiers à trinquer” confie-t-il ému au téléphone, même s’il dit ne pas être d’accord avec l’immigration à tout prix.

“Nous lançons cet appel pour les Béninois, pour les migrants, on appelle pour tous ceux qui ont peur” dit-il.

Voici l’appel lancé par le Conseil des Béninois de France

“Le Rassemblement National de Marine le Pen est l’héritier du Front National de Jean-Marie le Pen, même si Marine le Pen se cache désormais derrière une fausse image ouverte et bienveillante. Marine le Pen veut détruire le modèle Républicain Français assis sur la fraternité entre les uns et les autres, en remettant en cause le droit d’asile, en affirmant que lutter contre l’immigration permettrait de résoudre tous les maux de la France, oubliant au passage comment la France s’est construite à travers les siècles. Les premiers qui « paieront très cher » l’arrivée de Marine le Pen au pouvoir seront ceux qui sont différents, c’est-à-dire, nous et tous les autres ; On voit bien les politiques que mènent d’autres gouvernements d’extrême droite en Europe” écrit le Conseil des Béninois de France.

Ce qui fait le racisme, c’est la méconnaissance des autres.

Jean-Charles Ahomadegbe, président Conseil des Béninois de France

Pour celui qui prend la parole au nom des personnes d'origine béninoise vivant dans l’hexagone, le racisme est une menace. Mais, “les Français ne sont pas aussi racistes que cela” tempère-t-il. Jean-Charles Ahomadegbe a présidé le Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations (FORIM). Il se souvient avoir accompagné François Hollande vers Kinshasa au sommet de la Francophonie en 2012 pour défendre ces valeurs de fraternité, de richesse des communautés francophones. “En 2017, quand Emmanuel Macron s’est retrouvé au second tour face à Marine Le Pen, j’ai eu moins peur, je me disais qu’elle ne pourrait pas accéder au pouvoir” ajoute ce Béninois d’origine.

"Mon problème avec Marine Le Pen, il est économique et social"

La perspective de voir Marine Le Pen accéder au pouvoir taraude la communauté venue du Bénin. Ce pays, ancienne colonie française, a obtenu son indépendance en 1960. De nombreux Béninois nés avant l’indépendance ont rejoint la France et obtenu la nationalité.

C’est le cas d’Epiphane Deguenon, 62 ans, informaticien spécialisé dans les bases de données. Il est arrivé en France en 1988, et y a fait une partie de ses études. Lui se dit aussi inquiet pour l’avenir de la France si Marine Le Pen entrait à l’Elysée. “Moi, mon problème avec Marine Le Pen, il est économique et social. Je vois le développement de la France, et son essor. Aujourd’hui, le monde est ouvert, on ne peut pas se fermer par rapport à l’Europe et au monde” pense le Belfortain. “Il faut aussi en France de la cohésion sociale, que la France continue à trouver sa place dans le monde, que le quotidien des citoyens soit amélioré, et que les gens vivent en harmonie” ajoute-t-il.

Selon, Epiphane Deguenon, au moins 30.000 Français d’origine Béninoise vivraient en France, selon un recensement du consulat datant de 2012. Ils sont sans doute plus. “Au fond de la France, il y a toujours un Béninois” dit en souriant Epiphane Deguenon.

Voter Macron, oui mais….

Le texte publié par le conseil des Béninois de France et transmis aux médias, précise que :

“Voter Macron ne signifie nullement être d’accord avec toute la politique qu’il a menée ou qu’il se propose de mener, mais c’est éviter de nous retrouver face à un gouvernement dont les boucs émissaires seraient les migrants et leurs descendants”.

A quatre jours du second tour, Emmanuel Macron l'emporterait au second tour de la présidentielle avec 56% des voix contre 44% à Marine Le Pen, selon un sondage Ipsos/Sopra Steria mercredi 20 avril pour Le Monde, la fondation Jean Jaurès et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

* Les associations membres du Conseil des Béninois de France : 

action pour la santé et l'éducation; agir pour le développement du Bénin; Alogo Afrique diaspora; amicale des ressortissants d'Abomey; amika; assistance et développement; association béninoise de Toulouse pour l'échange culturel l'entraide et la solidarité; association des anciens élèves du collège père aupiais en France; association des béninois de Montpellier; association des béninois de Rhône Alpes; association des ressortissants béninois en France; association des volontaires au service de la santé et du développement; association franco-béninoise pour l'apprentissage et le soutien scolaire; association humanitaire pour l'Afrique; association humanitaire pour le développement des pays du tiers monde; association pour la promotion sanitaire au Bénin; bas-mono développement; Bénin enfance éducation et santé; bénin horizons nouveaux; Boronou France/Benin; cœur en partage; do masse; enfance jouets éducation; espérance Afrique; fas-artium; France Benin Vendée; gbedokpo; gbobeto; ifemi; ifeoman; kwabo; les acteurs béninois de l'éducation en France; merveilles du Bénin; orphelido; union générale pour le développement de Ouidah Ugdo-France; union pour le développement et la solidarité sans frontière.