PHOTOS. Perchées à 8 mètres de haut, Magali et Stéphanie restaurent les vitraux de l'église de Valdoie

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Hienard

Près de Belfort, les deux artisanes du verre redonnent un nouveau souffle à l'église de Valdoie. Un rafraîchissement des vitraux Rencontre avec Magali Saillet et Stéphanie Hoareau.

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Au cœur de l’église de Valdoie, dans le Territoire de Belfort, un échafaudage et deux femmes à plus de huit mètres de hauteur. « Les vitraux, c’est sportif ! », lance Stéphanie Hoareau. Son écho lui répond. Elle et sa camarade Magali Saillet se sont lancées dans la restauration des rosaces valdoyennes. Un chantier de plus trois mois ; parfois au sein de l’édifice et la plupart du temps dans un atelier.

« Des petites surprises, des découvertes »

A Chèvremont (Territoire de Belfort), la fabrique de Magali Saillet est à peine plus grande qu’une chambre d’enfant. Sur la table, des morceaux de verre amarante, chlorophylle et sable jouxtent des traverses. Un vitrail en cercle, composé de losanges, à l’ouvrage. Celui de l’église terrifortaine. Un pinceau parcourt par endroit les chemins de plomb. La main de l’artisane.

« Ce qui m’intéresse dans la restauration des vitraux, c’est de voir comment travaillaient les anciens, c’est essayer de retrouver leur technique, être au plus proche de ce qu’ils faisaient, commence-t-elle, le regard vif. C’est toujours des petites surprises, des découvertes. » L’artisane s’est reconvertie, il y a dix ans, dans la restauration de vitraux, mais elle travaille le verre depuis bien plus longtemps. Elle raconte : « J’étais opticienne, et à 45 ans, j’ai décidé d’arrêter. »

Le verre, la belle matière

Un choix radical en raison du consumérisme qui envahissait une profession qu’elle aimait tant. « Je travaillais pour une grande chaîne. J’avais choisi ce métier pour trouver les produits, les plus adaptés, pour les clients, détaille-t-elle. Et à la fin de ma carrière, les tâches ne correspondaient plus à mes idéaux. Le côté commercial devenait de plus en plus malsain. » C’est sa collègue Stéphanie Hoareau – « c’est même une amie ! » – qui l’a formée, puis embauchée sur quelques chantiers en CDD. Depuis, Magali a monté sa propre entreprise. « On se voit ni trop, ni pas assez ! », blague-t-elle. Le duo s’est bien trouvé.

Opticienne ou artisane, continuer à manier ce matériau sonnait comme une évidence, pour la reconvertie : « C’est une matière qui est très belle et qui est assez noble, elle fait passer les couleurs. Elle peut faire des brillances. Elle peut même changer de forme. Elle nous surprend tout le temps, pas toujours dans le bon sens. » L’artisane a choisi de ne pas en vivre « pour que le travail ne devienne pas une contrainte ».

Un travail de longue haleine

Avant de restaurer un vitrail, il faut d’abord en faire un calque pour comprendre le motif. « Surtout s’il s’agit de personnages. Ici, c’est simple, il n’y a que des losanges ! », remarque Magali. Puis il faut démonter et enlever les chemins de plomb et numéroter toutes les pièces. Un à un, la restauratrice prend chaque morceau de verre pour les nettoyer, avec soin. Elle reprend : « On connaît la matière. On ressent quand elle va casser, on ressent la fragilité. »

« Ce sont des vitraux du 20e siècle », précise la Terrifortaine. Le travail rigoureux et long s’effectue ainsi avec les techniques de l’époque. Il faut remonter au plomb, ressouder chaque angle, puis mastiquer, c’est-à-dire rendre le vitrail étanche en appliquant une pâte sous chaque plomb. Et il reste encore quelques étapes … « On resserre les plombs et les attache-vergettes, explique Magali Saillet. Ce sont des armatures qui vont tenir le vitrail. Au lieu d’être souple, il va se rigidifier et ne pas s’écraser sur lui-même. »

« On ne compte pas nos heures »

Sept heures de travail transportés par une poulie. En haut de l’échafaudage, Stéphanie Hoareau. « C’est bon ! », lance-t-elle à sa collègue, transportant à bout de bras, dix kilogrammes de verre. L’artisane de 39 ans est venue d’Alsace pour ce chantier. Une profession qu’elle exerce depuis plus de quinze ans : « J’étais vraiment intéressée par le patrimoine. Et ce métier, c’était à la fois manuel et artistique, et surtout, je pouvais travailler en extérieur ! »

De grands travaux et des activités pour les particuliers à côté pour tenir. « Parfois, on enchaîne plein de chantiers ; d’autres mois, non. Il faut savoir gérer la trésorerie, reconnaît Stéphanie Hoareau. Monter sur l’échafaudage, monter le matériel, changer la poulie, poser le vitrail, cela prend vite du temps. On ne compte pas nos heures. C’est un métier, où on a juste assez pour vivre. » Le salaire dépend grandement des communes et du budget alloué au patrimoine.

A l’identique ?

Soudain, le froid envahit l’église ; la plaque de bois, placée au niveau de la rosace pour protéger l’édifice, est retirée pour y mettre le vitrail, flambant neuf. Les mains se recroquevillent sous la température. « C’est là où tout se joue, où l’on peut voir si l’on a bien travaillé », rit Magali. Les ajustements se font au millimètre près. Des coups de lime par-ci, des coupes de plomb par-là, la rosace est retravaillée en hauteur, pour rentrer dans la cloison. Près d’une heure de travail en suspension pour ajuster au mieux les dimensions. Magali confie : « On a toujours une appréhension… Pourvu qu’on ait fait les bons choix ! Car lorsque c’est posé, ce n’est pas la même chose sur le papier ! »

Reste à attacher les vergettes pour fixer le vitrail. « Ce sont les vergettes d’origine, avec des fils en acier – même si généralement, cela se fait avec du plomb », précise Stéphanie. Les deux artisanes tentent de s’approcher au maximum de la pièce qu’elles ont eu à restaurer, même si les mœurs sont en train de changer. « On ne sait plus si on doit refaire le vitrail à l’identique, même lorsque les restaurations précédentes n’ont pas été bien réalisées, s’interroge Magali Saillet. Est-ce qu’on doit les reproduire pour montrer l’histoire du vitrail, ou est-ce qu’on doit essayer de faire quelque chose de plus adapté, et peut-être plus proche de la base ? » Les cloches retentissent alors. Il est midi lorsque les deux camarades terminent la pose des deux rosaces. Il reste encore quelques réparations avant que l'église puisse enfin souffler...et les artisanes aussi.