“Une fermeture des écoles, nous fait extrêmement peur”, les enseignants de Franche-Comté fatalistes et en colère

Alors que le président de la République prend la parole ce mercredi 31 mars à 20h, l’hypothèse d’une fermeture de toutes les écoles plane. En Franche-Comté, aux yeux de nombreux enseignants, cette issue est désormais quasi inévitable. Ils dénoncent les choix qui ont été faits.

© Hugues Perret - France Télévisions

“On va fermer je pense” Alexandra Bourgeois, enseignante, et secrétaire départementale de l’UNSA 25, le dit sans fard, “c’est mon sentiment, on va fermer parce que le système risque de ne plus tenir”. Comme tous les professeurs de Franche-Comté, la directrice d’école maternelle est dans l’expectative, ce mercredi 31 mars au matin. Alors que le président de la République doit prendre la parole à 20h, les rumeurs se multiplient autour de la fermeture des écoles, collèges et lycées. D’autant plus qu’en Franche-Comté, les taux d’incidence chez les enfants, et en particuliers les 10-19 ans, s’envolent : au-dessus de 350 dans le Territoire de Belfort, 450 dans le Jura, 470 dans le Doubs au 28 mars, dernière date connue. 

Résignés, mais inquiets pour leurs élèves

Face à ces constats, tous les enseignants que nous avons contactés sont fatalistes. “Je pense que la fermeture est inévitable à court ou moyen terme” confirme Alexandra Bourgeois. “Une fermeture des écoles, c’est quelque chose qui nous fait extrêmement peur”, explique Karine Laurent, co-secrétaire départementale du SNUipp - FSU 25, “notre demande était plutôt de maintenir les écoles ouvertes le plus possible, mais s’il est considéré par les médecins que c’est trop dangereux, à un moment donné on entend que c’est pas nous les experts pour savoir s’il faut fermer.”

Les professeurs sont nombreux à évoquer leur inquiétude pour leurs élèves les plus fragiles. “On est conscient que la fermeture a un impact extrêmement négatif sur la scolarité des élèves les plus éloignés de la scolarité”, explique Alexandra Bourgeois, “mais là le système de santé et le système scolaire ne tiennent plus”. Une référence aux fermetures de classes, lorsqu’un cas positif au variant brésilien ou sud-african est détecté, et à la pénurie de remplaçants, dans les rangs des enseignants comme des autres personnels de l’éducation, qui se multiplient. “Est-ce que fermer ne permettrait pas de reprendre dans de meilleures conditions ?”, s’interroge-t-elle. 

Les regrets des enseignants

Le constat est similaire pour Karine Laurent : “On a un protocole sanitaire qui préconise de ne pas brasser les élèves, on a échelonné les récréations, on a arrêté les activités de groupes d’élèves”, expose-t-elle, mais, du fait du nombre d’enseignants malades ou isolés, “finalement, quand un enseignant est absent, on répartit ses élèves dans l’école, et on s’assoit complètement sur le protocole sanitaire”. Pour Nathalie Faivre, co-secrétaire académique SNES-FSU : “Ce n’est absolument pas étonnant que l’on se retrouve dans cette situation-là”. La professeure d’Allemand au lycée Victor Hugo s’agace “tout cela aurait sans doute pu être évité, si le ministère avait pris des mesures efficaces et consacré les moyens matériels et humains nécessaires”. Elle ajoute, “le ministre n’arrête pas de dire que l’école est une priorité, mais il ne s’en donne pas les moyens”, citant les purificateurs d’air en Allemagne, ou encore “en Autriche, les enfants font un test salivaire deux fois par semaine”. Pour Karine Laurent non plus, “tout n’a pas été fait pour éviter d’en arriver là”. “Du personnel remplaçant aurait pu être engagé” cite-t-elle notamment, “on aurait pu réquisitionner des locaux pour faire des plus petits groupes”. L’enseignante regrette également que les professeurs ne puissent pas se faire vacciner, au même titre que les soignants. “Le ministre nous dit qu’on est indispensables, mais on a pas le droit d’être vacciné” regrette également Nathalie Faivre. 

Le retour aux cours en distanciel ? 

Si les écoles, collèges et lycées sont fermés, les enseignants devront renouer avec des cours entièrement en distanciel. Selon le rectorat, qui ne se prononce pas sur l’éventualité de cette fermeture, “depuis le début de la crise sanitaire, il y a un an, les équipes des écoles et établissements scolaires ont mis en place la continuité pédagogiques”. Selon la réponse qui nous a été adressée lorsque nous les avons sollicités, “les enseignants ont pu conforter leurs pratiques dans le cas de l'enseignement à distance et de nombreuses ressources et formations ont été mises à leur disposition par notre délégation régionale au numérique pour l'éducation.” Le rectorat ajoute que “cellule de continuité pédagogique" accompagne les lycées pour la mise en place de cours à distances. 

Mais pour les professeurs que nous avons contactés, le compte n’y est pas. “Depuis septembre, il n’y a eu aucune réflexion sur comment s’y prendre au niveau pédagogique avec les élèves pour en perdre le moins possible" s’inquiète Nathalie Faivre, “et il n’y a eu aucun effort pour équiper les élèves qui n’ont pas le matériel nécessaire”. “A part les efforts des collègues qui sont en auto-formation continue, il n’y a rien” annonce la professeure au lycée. Karine Laurent le rappelle “tout ça est extrêmement difficile, et ça n'est pas satisfaisant : enseigner à distance n’est pas notre métier, les parents qui doivent réceptionner et mettre en œuvre, ce n’est pas non plus leur métier…”. Alexandra Bourgeois le reconnaît “on a pris des habitudes et des aptitudes, on est plus prêt que l’année dernière, mais le distanciel reste de moindre qualité”.

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