USON Nevers, Élan Chalon : confrontés à une chute de leur budget, les clubs sont dans l'incertitude

À l'aube d'une nouvelle saison, les clubs professionnels de rugby et de basket doivent aussi faire face à d'importants problèmes financiers. Pour cause, l'essentiel de leurs revenus provient du sponsoring. Et les entreprises ont revu leur donation à la baisse...
En 2017, lors de l'accession en Pro D2.
En 2017, lors de l'accession en Pro D2. © PHOTOPQR/JOURNAL DU CENTRE/MAXPPP
" Ce que j'attends ? C'est que le Covid se barre vite fait, qu'il parte loin qu'il meure ! " ce cri du coeur que beaucoup partagent, c'est Régis Dumange, le président de l'USON, club de rugby de Nevers, qui le lance. Le samedi 5 septembre, son club a repris le chemin de la compétition en Pro D2, la deuxième division professionnelle. Mais cette saison débute avec un nombre incalculable d'interrogations.

À commencer par le budget. Une nouvelle fois, le club de la Nièvre présentera le plus gros budget du championnat, estimé à 11,6 millions. Un budget que le président, par ailleurs directeur du groupe Textilot tient à nuancer : Quand on a élaboré le budget, il y a un mois et demi ou deux mois on n’était pas du tout dans la même configuration qu’aujourd’hui. On pensait que c’était terminé, on se disait que ça allait redémarrer normalement en septembre.
On a budgété avec une baisse de partenariats, avec une baisse des salaires, onze joueurs sont partis, on en a recruté que trois. Mais ça ne suffit pas ! "

 

Un modèle économique basé sur la présence au stade

Depuis son arrivée à la tête du club à l'orée de la saison 2008-2009, Régis Dumange a bâti son modèle économique sur un taux de remplissage important de son stade. Plus le stade est remplit, plus les contrats des quelques 180 partenaires sont élevés. 

En deuxième division de rugby professionnel, Nevers est le club qui présente le taux de remplissage de son stade le plus important. Un taux qui flirte avec les 90 % dans une enceinte qui peut accueillir jusqu'à 7500 spectateurs. À la mi-saison, au mois de janvier dernier, l'USON comptabilisait en moyenne 6425 spectateurs par match.La quatrième affluence de la division.

Problème, pour l'instant la préfecture de la Nièvre maintient la barrière maximale des 5000 spectateurs. L'homme d'affaire s'attend même à recevoir moins de monde : " Les gens ont peur et c’est logique. Nous allons tout faire pour les accueillir avec le maximum de sécurité, mais pourquoi aller se mettre dans des endroits où il y a des risques ? Expliquez-moi. "
   

" Si je reste à 3000-3500 spectateurs par match, mais que mes partenaires restent présent on tiendra. Difficilement, mais on tiendra "


" Au mois de novembre c'est fini "

Cette saison, le club a lancé sa campagne d'abonnement en proposant des forfaits de 5 matchs à partir de 35 euros, en lieu et place des habituels abonnements pour la saison complète. Le président espère pouvoir attirer entre 3000 et 3500 spectateurs par rencontre au pré fleuri. Une baisse de fréquentation qui aura forcément des retombées sur les recettes du club les jours de match soit " 25-30% de nos recettes habituelles sur la boutique et la buvette " .

Dans ces conditions, Régis Dumange ne cache pas ses craintes. Si la situation se poursuit, le club pourrait en pâtir : Si cela continue comme ça, au mois de novembre c’est fini. Je ne sais pas comment au mois de novembre je vais faire les salaires " 

Des droits télé peu rémunérateurs 


Contrairement au football, où la principale ressource financière provient des droits télévisuels, ces derniers ne constituent qu'une part infime du budget des clubs de rugby et de basket. " Entre 15 à 18 % " affirme Régis Dumange.

Du côté du basket et la Jeep Elite, les droits télé représentent encore moins. Environ 4 % du budget des clubs. Depuis 2015, certains matchs du championnat étaient diffusés par RMC Sport, offrant donc une recette aux clubs. Mais alors que son contrat d'exclusivité arrivait à son terme, le diffuseur a décidé de ne pas le reconduire. En raison de l'arrêt du championnat pour la saison 2019-2020, il avait déjà décidé de ne pas payer l'intégralité des droits aux clubs l'an passé.

Pour l'heure, les clubs ne savent toujours pas si le championnat sera diffusé la saison prochaine. Ni par qui. Une nouvelle contrainte pour les écuries de Jeep Elite dans l'espoir d'attirer des partenaires, comme le résume Dominique Juillot, le président de l'Elan Chalon : "Pas de diffuseur, c'est pas d'annonceur et des contrats de partenaires revus à la baisse" . Et les partenariats représentent 70 % du budget de son club.


Comme à Nevers, ce système vit aussi grâce au remplissage de la salle les jours de match. Une nouvelle fois, la question de la fréquentation se pose. Dominique Juillot tranche :  " On ne peut pas jouer à huis-clos, c'est impossible. Cela voudrait dire rembourser les partenaires, les abonnés, il n'y aurait plus du tout de recettes. Même s'il y avait à nouveau du chomage partiel, on serait dans une situation extrêmement délicate. "
Le budget n'est pas encore bouclé, il devrait l'être autour de 5 millions d'euros. C'est légerement moins que la saison dernière
 

" En terme de perte de sponsoring on est à peu près dans ce que l'on avait imaginé "


La jauge maximale des 5000 spectateurs toujours en vigueur

Pour l'heure, il n'est pas encore question de disputer les rencontres à huis-clos. La jauge maximale des 5000 spectateurs est toujours en vigueur dans le basket. À Chalon-sur-Saône, cette jauge n'inquiète pas le président puisque sa salle, le Colisée contient 5000 places. Il pourra donc faire le plein les soirs de match. À condition que les supporters suivent. 

À quinze jours de la reprise, 66 % des abonnés ont reconduit leur abonnement. Un chiffre en deçà des espérances du président, Dominique Juillot : " Dans notre budget on avait imaginé que 80 % des supporters allaient se réabonner. Pour l'instant on est à 66 % , on ne sait pas encore si on y arrivera. " conclut-il.

Equation à plusieurs inconnues, la saison 2020-2021 débute dans le flou. Et pour l'instant, les problèmes économiques prennent le pas sur les problèmes sportifs. Mais les équipes ont des saisons à disputer... et des matchs à gagner.

 
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