Covid-19 : privés de compétitions et de recettes financières, les clubs de sport professionnel redoutent une crise

A Auxerre, le stade de l'Abbé-Deschamps devrait rester vide encore quelques temps / © France 3 Bourgogne
A Auxerre, le stade de l'Abbé-Deschamps devrait rester vide encore quelques temps / © France 3 Bourgogne

Alors que les mesures de confinement ont mis à l'arrêt le monde du sport, les dirigeants des clubs professionnels s'inquiètent pour leur santé financière. À l'image du reste de la société, le monde du sport se prépare à l'après coronavirus et à son impact économique.

Par Léo-Pol Platet


Nous sommes le mardi 24 mars 2020, le Comité International Olympique annonce que les Jeux Olympiques prévus entre les mois de juillet et août prochain n’auront pas lieu. Quelques jours plus tard, on apprend qu’ils seront reportés d’un an. Une décision lourde de conséquences, financières et sportives, dans un monde du sport qui était déjà à l’arrêt depuis quelques jours.
 


Dans les championnats domestiques où les principaux clubs professionnels de la région sont engagés, aucune décision n'a encore été prise quant à la suite des compétitions qui, pour l'heure, sont suspendues. Exception faite de la fédérale 1 de rugby, où le Stade Dijonnais et le CS Beaune ont pris acte de la fin de saison prématurée. 

Alors, dans l’attente de décisions sportives, les clubs s’affairent en interne à préparer l’avenir et surtout leurs capacités financières. La crainte de voir une économie ralentie après la crise sanitaire est grande et les pertes évaluées par les clubs sont énormes. 

Le gros manque à gagner des droits télé dans la football


En football, les chiffres donnent même le vertige. Economiste du sport, Pierre Rondeau nous explique : "On peut chiffrer les pertes assez facilement. Il suffit de regarder les revenus en terme de billetterie, de droits TV et des autres revenus commerciaux comme les partenaires, les sponsors, la publicité ou le marchandising. Pour la ligue 1 on estime entre 400 et 500 millions d’euros de perte directe à l’heure actuelle. 40 millions pour la billetterie, 220 droits TV et 140 revenus commerciaux". Seizième de ligue 1 avant la suspension de la compétition, le DFCO sera donc forcément impacté par ces pertes colossales.

Mais d'après cet économiste, la ligue nationale de football et la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion), le gendarme financier du football, seront contraints de se montrer moins regardant sur les budgets et les finances que beaucoup de clubs pourraient présenter dans le rouge. « Les instances vont plutôt être attentives sur la capacité des clubs à rembourser leur déficit. Autrement dit, un club peut être endetté mais s’il apporte des garanties financières il ne devrait pas être inquiété ». Et pour le coup, le DFCO fait plutôt figure de bon élève avec des finances saines.
 

Un accord pour une baisse provisoire des salaires


Mercredi 8 avril, les clubs de ligue 1, de ligue 2 ainsi que l'Union Nationale des Footballeurs Professionnels se sont mis d'accord sur une baisse provisoire des salaires des joueurs. Une manière de permettre aux finances des clubs de souffler un peu en cette période où les dépenses prennent le pas sur les recettes.
Cette baisse pourrait atteindre 50% pour les joueurs percevant un salaire supérieur à 100 000 euros par mois, revèle journal l'Equipe. Mais ces baisses ne sont que provisoires et ne devraient durer que quelques mois, puisqu'à l'issue de la saison 2019-2020, les footballeurs récupèreront la partie non versée de leur salaire. Autre précision, cette baisse de salaire doit se faire selon le bon vouloir des joueurs qui peuvent tout à fait la refuser. Mais pour l'heure, l'ensemble des joueurs semble l'avoir accepté.
 

La ligue 2 également touchée


A l’étage inférieur, en ligue 2, l’AJ Auxerre s’apprête à souffrir des mêmes maux financiers que ses homologues. Pour l'heure, le club tient le choc, comme nous l'explique son président, Francis Graille : « notre trésorerie nous permet de tenir pour les semaines qui viennent, pour la suite et les mois à venir, l’état va nous aider, comme pour les autres entreprises ».

En deuxième division, c'est une nouvelle fois les droits télévisuels qui représentent la principale source de revenus. Amputés des derniers matchs de la saison, le club s'apprête à devoir composer avec ce manque à gagner que les diffuseurs semblent décidés à ne pas verser. Une perte à laquelle s'ajoute la crainte de voir les partenaires, collectivités territoriales ou autres sponsors revoir à la baisse leurs investissements. Le club s'apprête à vivre un mercato d'été compliqué, où les spéculations sur la valeur marchande des joueurs devraient inévitablement être à la baisse.
Tout comme les salaires des joueurs. 

Loin de se laisser abattre, le club continue de réfléchir à "protéger [ses] acquis" sans pour autant oublier les objectifs sportifs : "on ne perd pas de vu que l'AJA doit être en ligue 1" prévient le président.

 Passé sous pavillon chinois depuis quatre saisons, le club icaunais semble donc pouvoir bénéficier de garanties financières solides de ce côté là. « Notre actionnaire a connu des difficultés dans ses activités, 30 de ses usines ont été fermées pendant trois mois. Mais il prouve tous les jours son attachement au club, s'il fait ça ce n’est pas pour s’en aller demain... »
 

Les sponsors et partenaires également impactés financièrement



Du côté du basketball, les deux clubs régionaux engagés en Jeep Elite sont pour l'heure totalement à l'arrêt. Toujours en course en champions league, la JDA Dijon Basket a été informée que les phases finales étaient remises au mois de septembre prochain. Aucune information n'a été officiellement communiquée pour le championnat de France.

Et ici, contrairement au football, les droits télé que perçoivent les clubs n'occupent pas une place principale dans le budget. Les principales entrées d'argent se font par l'intermédiaire des partenaires et des collectivités territoriales.

A Chalon par exemple, les partenaires représentent plus de 50 % du budget du club. Des entités qui seront également impactés par la crise économique qui suivra le coronavirus comme l’explique le président de l’élan, Dominique Juillot : « cette saison on va constater des pertes mais c’est surtout la saison prochaine où cela va être compliquée de faire le budget. Cela dépendra de l’état financier des partenaires, ils seront plus dans la recherche d’accompagnement financiers par les dispositifs d’état et de reconquête de chiffre d’affaire. C'est indécent d'aller leur parler de basket dans les semaines qui arrivent ».

 Inévitablement, le club aura recours à un emprunt et à une baisse drastique des salaires de ses joueurs qui devrait se situer entre 30% et 50 %. Tout comme le budget global qui connaîtra une baisse estimée de l'ordre de 30 à 40 %.

En football comme en basketball et plus généralement dans le monde des sports collectifs professionnels, cette crise sanitaire et ces conséquences économiques pourrait venir remettre en question tout un système. Les énormes pertes financières liées à l'absence d'événements sportifs amènent à repenser tout un modèle. En Jeep Elite, le président de l'Elan Chalon milite pour un plus grand nombre de club, une manière de permettre "plus de spectacle et éviter le stress causé par le spectre de la relégation dans les ligues inférieures". Chez son homologue de l'AJ Auxerre, cette situation est " l'occasion pour beaucoup de remettre en cause leur modèle".

Les prochaines semaines devraient permettre d'y voir plus clair concernant l'avenir du sport professionnel et des suites qui seront données aux compétitions. Les idées et autres propositions ne devraient pas manquer afin que chacun puisse tirer profit d'une situation que personne ne souhaitait.

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