Auxerre : l'accès restreint aux déchèteries fait exploser les décharges sauvages

Selon les élus écologistes, l'accès restreint aux déchetteries de l'Auxerrois a eu pour incidence une recrudescence des dépôts sauvages d'ordures aux alentours d'Auxerre. Ils alertent le président de la communauté d'agglomération et formulent des propositions pour tenter d'endiguer le problème. 

Depuis quelques mois, certains habitants de l'Auxerrois font remonter aux collectivités une recrudescence des décharges sauvages comme ici rue du Carré Pâtissier à Auxerre.
Depuis quelques mois, certains habitants de l'Auxerrois font remonter aux collectivités une recrudescence des décharges sauvages comme ici rue du Carré Pâtissier à Auxerre. © DR

Alors même que les déchèteries fonctionnent à nouveau normalement ou presque, de plus en plus de communes dénoncent des dépôts sauvages d'ordure dans la nature. Leur fermeture pendant des semaines semble avoir fait naître une tendance durable au tas d'orudres jeté n'importe où. C'est le cas dans l'Auxerrois comme ont pu le constater plusieurs habitants, randonneurs ou vététistes. Certains ont décidé d'interpeller les collectivités et les élus. Denis Roycourt et Florence Loury, élus d'opposition sur la liste Auxerre écologie à la ville d'Auxerre, ont reçu "des dizaines de signalements".

"Des gens se tournent vers nous car ils ont individuellement envoyé des photos et sollicité la ville, sans réponse" explique Florence Loury. "Personnellement, je fais pas mal de randonnée et de VTT dans les communes situées au sud d’Auxerre et c’est assez choquant de voir cette recrudescence. Des dépôts sauvages, il y en a toujours eu mais là, cela s’accumule."

Pour eux, il y a donc urgence à faire quelque chose. "Le problème, c’est que quand il y a un tas de déchets, cela appelle d’autres déchets. Cela n’arrête pas de grossir", explique Denis Roycourt. Les deux élus écologistes ont donc décidé d'interpeller la maire (LR) et président de la communauté de l'Auxerrois, Crescent Marault sur ce sujet.

L'accès restreint aux déchèteries pointé du doigt

Pour expliquer ce phénomène, les élus écologistes avancent plusieurs raisons, notamment celle de l'accès restreint aux déchèteries. Depuis le 9 novembre, en raison des contraintes sanitaires et afin de limiter le nombre de personnes, les déchetteries ne sont accessibles que sur rendez-vous. "On ne dit pas que c’est parce que les déchèteries ne sont pas ouvertes en continu qu’il y a ce phénomène mais cela l’a accentué", précise Denis Roycourt.

Ils demandent aujourd'hui une réouverture rapide des déchèteries "avec des horaires accessibles y compris aux gens qui travaillent la semaine". 

Mardi dernier, Crescent Marault a réuni un conseil des maires de la communauté d'agglomération. A l'unanimité, les maires ont décidé de l'interpeller sur la question de l'accès aux déchèteries. "La quasi totalité des maires sont d’accord pour redemander une réouverture des déchèteries" souligne Patrick Barbotin, maire (SE) de Jussy, présent à cette réunion. "Mais ce que constatent beaucoup de maires, c'est qu'il y a beaucoup plus d’incivilités dans les communes où il y a des déchèteries" ajoute l'élu. "Je pense que c’est par dépit."

Pour Epona, membre du collectif la belle au bois d'ordures, "le fait de restreindre davantage l'accès est évidemment une source d’abandon d'ordures sauvages."

Un dépôt d'ordures sur le chemin qui longe les jardins familiaux situés à quelques centaines de mètres de la déchèterie des Cassoirs, à Auxerre.
Un dépôt d'ordures sur le chemin qui longe les jardins familiaux situés à quelques centaines de mètres de la déchèterie des Cassoirs, à Auxerre. © DR

Un assouplissement des règles à compter du 15 mars

Contacté hier, Crescent Marault n'écarte pas l'idée que la gestion actuelle des déchèteries puisse accentuer le phénomène de dépôts d'ordures sauvages. "On est dans un mode dégradé" explique le président de la communauté de l'Auxerrois. "Des usagers grincent un peu des dents et cela amplifie peut-être certains comportements irrespectueux."

Ce jeudi 11 mars, la communauté d'aglomération vient d'annoncer la fin du dispositif de prise de rendez-vous pour accéder aux déchèteries. A partir du 15 mars, les déchetteries seront donc en accès libre aux jours et horaires habituels.

Après avoir dialogué avec les élus de l'agglomération, Crescent Maraut s'était dit ouvert à un assouplissement des règles d'accès. "La crainte des élus aujourd’hui, c’est la période de taille. On va arriver sur la période printanière avec un afflux massif de déchets verts. Il faut donc libérer les vannes pour absorber l’afflux." 

Le président de la commnauté d'agglomération dit aujourd'ui réfléchir à assouplir le fonctionnement des déchèteries. "Dans l'hypothèse, ce serait un mix entre horaires libres et prise de rendez-vous", explique Crescent Marault. 

Un phénomène qui a un coût financier et environnemental

Mais ce phénomène n'est pas propre à l'Auxerrois. C'est un constat national. Avec la fermeture puis la réouverture partielle des déchèteries, pendant plusieurs mois, les incivilités ont bondi dans de nombreuses communes et cela a un coût, environnemental et financier. 

Ces dépôts sauvages ont un coût d'enlèvement important entre 100 et 500 euros la tonne.

Denis Roycourt, élu Auxerre écologie.

Car comme le rappelle Denis Roycourt, ces décharges sauvages peuvent engendrer des problèmes importants de pollution des sols, de l'air et de l'eau. "L'autre problème est financier. Ces dépôts sauvages ont un coût d'enlèvement important entre 100 et 500 euros la tonne, parfois au-delà de 1000 euros pour des produits dangereux comme l'amiante" précise l'élu.

Que dit la loi  sur le dépôt d'ordures sauvages ? 

Selon la loi L541-1 et suivants du code de l’environnement, les particuliers sont tenus de respecter les conditions de remise de leurs déchets en fonction de leurs caractéristiques. Ces conditions sont fixées par arrêté du maire ou du président de l’établissement public de coopération intercommunale compétent.

Dès lors qu’un déchet est abandonné sans respecter les conditions de remise, il y a dépôt sauvage. Le règlement de collecte et de traitement des ordures ménagères fixe les conditions de remises en déchèterie et aux points d’apports volontaires, ainsi que l’organisation de la collecte hebdomadaire des déchets (heures, dates, déchets traités).

Pour rappel, tout dépôt sauvage expose un professionnel à une amende de 75 000 € et un risque d'emprisonnement jusqu'à deux ans. Pour les particuliers contrevenants, l'amende pour un dépôt sauvage d'ordures ménagères s'élève à 68 euros. Pour les encombrants, le délit peut coûter entre 1500 et 15 000 euros. 

Quelles solutions ?  

Pour lutter contre ce fléau, il propose de metre en place des actions préventives et de communication, ainsi que de constituer une brigade verte comme cela se fait dans d'autres collectivités comme à Sens (Yonne). 

"Il faut quelqu’un d’assermenté pour pouvoir fouiller dans les déchets et essayer de trouver le responsable. Mais il faut des gens spécialisés" explique Denis Roycourt.

Je pense qu’il faut qu’on sensibilise et qu’on responsabilise."

Crescent Marault, président de la communauté de l'Auxerrois.

De son côté, Crescent Marault répond "que c'est un peu comme les gens qui grillent les feux rouges, il faut mettre un gendarme à chaque feu rouge pour les sanctionner. Je pense qu’il faut qu’on sensibilise et qu’on responsabilise."

Le maire d'Auxerre se projète plus sur le long terme et entend développer dans les deux ans un écopôle du déchet. "Je crois à l’émergence à un écosystème autour des déchets dans l’agglomération auxerroise. Les industriels que j’ai rencontrés sont capables de porter certaines initiatives." 

Selon lui, il faut "travailler sur l'économie circulaire et sur la mise en place de structures type recyclerie". Des projets sur lesquels il rejoint les élus écologistes. Pour Denis Roycourt, l'implantation d'une recyclerie à proximité des déchèteries doit être étudiée.

Tous sont d'accord pour dire qu'il est important aujourd'hui de moderniser les déchetteries et d'opérer une véritable professionnalisation des agents. "Il faut que le statut et la conception des gens qui travaillent dans les déchèteries changent" souligne Denis Roycourt. "Aujourd’hui, c’est un vrai métier, il faut être formé sur le traitement des déchets."

 

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