Guerre en Ukraine : les agriculteurs bourguignons redoutent la hausse des prix

Publié le
Écrit par Sophie Mercier et Cédric Pueyo

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le jeudi 24 février, le cours des céréales s’est envolé. En Bourgogne les agriculteurs se préparent aussi à une hausse des prix des engrais et de la viande.

Quelle influence sur le cours des céréales ?

La guerre qu’a déclenchée Poutine en envahissant l’Ukraine jeudi 24 février, a d’ores et déjà un impact sur l’agriculture française, notamment sur le marché du grain. L'Ukraine et la Russie pèsent en effet lourd dans le marché mondial des céréales : les deux pays représentent 29% des exportations de blé mondial (17% pour la Russie, 12% pour l'Ukraine).

Ainsi, quelques heures après les premiers bombardements, le cours du blé a atteint un pic totalement inédit sur Euronext à 344 euros la tonne. Le précédent record pour le blé remonte au 24 novembre 2021, il avait alors atteint 313,5 euros la tonne. Ce lundi 7 mars, les cours avaient dépassé les 400 euros la tonne. 

Est-ce qu’on redoute une instabilité des prix ?

Les conséquences de l'attaque lancée dans la nuit par la Russie sont encore difficiles à prévoir pour les marchés agricoles. Selon Walter Huré, président de la coopérative 110 Bourgogne, « plus le conflit sera long et plus les prix seront instables. Si un embargo est imposé sur la production russe, il y aura des stocks là-bas, mais qui ne seront pas disponibles, donc mécaniquement, il y aura une hausse des cours. »

Pour le moment, les ports de Marioupol et Odessa en Ukraine sont inopérants en raison des bombardements. Dans ce contexte, les exports au départ de la mer Noire sont interrompus, ce qui provoque mécaniquement une hausse des prix. Après l'invasion russe de la Crimée en 2014, les prix avaient augmenté de 15 à 20 % sur les marchés, avant de dégonfler au bout de 4 à 5 mois.

Est-ce que des pénuries sont à craindre ?

La France dispose de réserves suffisantes en blé, c’est le premier producteur de blé tendre en Europe. Mais les céréaliers devront tout de même s’aligner sur les prix du marché mondial. Quand le prix du blé augmente, cela a un impact relativement faible sur le prix du pain. Il faut savoir que le prix de la farine représente au maximum 10% du prix final de la baguette.

Il n’y a donc pas de pénurie à craindre, mais une hausse des coûts, notamment pour les éleveurs. « L’alimentation du bétail, elle sera forcément plus chère, car la matière première qui sert de nourriture animale sera plus chère. À un moment, il faudra répercuter cette hausse sur le prix final. Il faudra que le consommateur accepte de payer plus cher que ce soit pour la viande rouge ou blanche » explique Walter Huré.

Mais le conflit pourrait également avoir un autre impact sur les agriculteurs. Le prix dans engrais pourrait s’envoler. « Si un embargo est mis sur toutes les productions russes, il va y avoir un problème. Car pour fabriquer des engrais azoté, il faut du gaz. Même si l’engrais est fabriqué par une usine française, il faut du gaz, et ce gaz azoté, il est acheté majoritairement en Russie. Donc forcément il y aura une hausse des prix» affirme Walter Huré qui se veut tout de même rassurant. « Pour le moment, on est couvert au niveau de l’achat des stocks d’engrais, on avait anticipé. Par contre la question va se poser pour le printemps 2023. »