"Il faut se détendre" : des élus de Bourgogne soutiennent Aya Nakamura, cible d'attaques racistes "indignes"

Plus sur le thème :

Pressentie pour chanter lors de la cérémonie d'ouverture des JO 2024, Aya Nakamura fait l'objet d'attaques virulentes depuis plusieurs jours. En Bourgogne, des élus ont choisi d'afficher publiquement leur soutien à la chanteuse. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

"Pop Queen ! L’artiste française la plus écoutée, dont les titres ont été les plus téléchargés dans le monde, pour ouvrir les JO ? Excellente idée ! Plein soutien à Aya Nakamura !" Ce message est signé Nicolas Soret, maire (PS) de Joigny dans l'Yonne et vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté en charge des finances. Posté sur sa page Facebook lundi 11 mars, ce billet a immédiatement déclenché une vague de réactions... plus ou moins bienveillantes.

"Mac Donald's vend des milliards de sandwichs.. Est-ce pour autant de la qualité ???" interroge Sylvain. Aya Nakamura est "juste un produit sur-médiatisé et sur-exploité", juge Zoé. "Drôle d'image de la France qu'on va donner. Mais bon, on n'en est plus à ça", critique Antoine. "Elle ne sait pas chanter en français", "Ce qu'elle dit ne veut rien dire", peut-on encore lire. Certains internautes, comme Régine, se lâchent. 

Je la déteste

Régine

internaute

Mêmes réactions outrées à la publication de Sylvain Mathieu, président du parc naturel régional du Morvan. "Aya Nakamura est la chanteuse française et francophone actuellement la plus connue et la plus écoutée dans le monde. Donc qu'on aime ou pas ce qu'elle fait (personnellement ce n'est pas ma tasse de thé...), il semble logique qu'elle chante en ouverture des JO de Paris, événement planétaire et cosmopolite par excellence", écrit-il le 13 mars.

Là encore, chacun y va de son avis. "Elle est d'une vulgarité, j'ai demandé à mes enfants et petits-enfants et eux aussi trouvent ça lamentable", écrit Mireille. Plusieurs internautes donnent leur avis sur les chanteuses qu'ils auraient préféré voir ouvrir la cérémonie : Juliette Armanet, Clara Luciani, Chimène Badi, Vitaa... 

"Elle est un symbole"

"C'est comme si on disait : je n'aime pas Picasso. OK, et alors ?" lance Sylvain Mathieu, contacté par France 3. Il le dit tout de suite : lui-même n'est pas fan de la chanteuse. "C'est vrai qu'elle est hyper-sexualisée et je suis d'accord pour dire que ce n'est pas terrible pour l'image de la femme. Mais elle est aussi un symbole."

"Personnellement, sa musique ne me plaît vraiment pas, mais elle est l'artiste française la plus diffusée dans le monde. C'est un fait. Elle est aussi connue que Beyoncé ou Rihanna. Donc ça me semble assez logique qu'elle ouvre la cérémonie des JO."

Sylvain Mathieu

président du parc naturel régional du Morvan

Mais pourquoi Aya Nakamura, qui totalise à 27 ans 6 milliards d'écoute sur toutes les plateformes, dont 954 millions pour son titre "Djadja", déchaîne-t-elle autant les réseaux sociaux ? Pour comprendre, il faut remonter à l'origine de la polémique.

"Fantasme du grand remplacement"

Le 29 février, L'Express publie des révélations affirmant qu'Emmanuel Macron souhaite voir Aya Nakamura chanter Edith Piaf lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 cet été. 

Immédiatement, cette annonce déclenche une avalanche de réactions, tantôt enthousiastes, tantôt dénigrantes...  Voire carrément racistes. Un groupuscule d'extrême-droite parodie les paroles de "Djadja" et brandit une banderole : "Y a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako." Pour rappel, Aya Nakamura est franco-malienne, elle est née à Bamako et a grandi à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

"C'est simple : les réactions que je vois depuis une semaine relèvent tout simplement du racisme", tance Sylvain Mathieu, du parc naturel régional du Morvan. "Les Cnews, Zemmour, et toute cette frange 'réac' vivent dans une espèce de fantasme du grand remplacement."

"La plupart de ces gens qui critiquent, aucun n'avouera que c'est parce qu'elle est noire ; ils vont parler de son français approximatif, de son attitude... Mais dans le fond c'est ça, leur problème."

Sylvain Mathieu

président du parc naturel régional du Morvan

L'élu estime pour sa part : "Le fait que ce soit une chanteuse, noire, ça correspond à la France 2024. Il n'y a pas plus cosmopolite que les JO. Et puis si on ne voulait pas de Noirs et d'Arabes en France, il ne fallait pas les envahir et les coloniser !"

"Le monde entier adore Aya, sauf nous"

Sylvain Mathieu conclut : "Il n'y a rien de choquant, rien de grave ! Il faut se détendre ! Ça reste une chanson en ouverture des Jeux Olympiques."

Contacté, Nicolas Soret de son côté ne souhaite pas s'épancher sur le sujet. "Je n'ai pas tellement envie d'y revenir. Je trouve indignes les propos utilisés par certains. Et moi, j'aime bien Aya Nakamura !" sourit-il. Il note aussi : "Sur ma publication, si vous comptez, il y a en fait plus de réactions positives que négatives."

Il est vrai que beaucoup d'internautes, également, partagent leur soutien à Aya Nakamura. "Y'a peut-être plus préoccupant comme information. Et si on lui laissait sa chance ? Réjouissons-nous", estime Zoé. "Le monde entier adore Aya, sauf nous. C'est bien dommage", regrette Christopher.

Face aux attaques racistes visant la chanteuse depuis fin février, la Licra (ligue antiraciste) s'est saisie de l'affaire. Ce 14 mars, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra et la ministre de la Culture Rachida Dati ont fermement condamné ces nombreux propos injurieux. Quant à la chanson d'ouverture des JO, rappelons qu'il ne s'agit à ce stade que d'une rumeur... confirmée ni par Aya Nakamura, ni par l'Élysée.

L'actualité "Politique" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Bourgogne-Franche-Comté
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité