L'Ehpad de Saint-Agnan pourra-t-il rouvrir ses portes ? La direction conteste sa fermeture

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Écrit par Auberi Verne

La direction du groupe Bridge a fait part à France 3 Bourgogne de son intention de contester la suspension définitive des activités de l'Ehpad de Saint-Agnan (Yonne), prononcée jeudi 1er décembre par l'ARS Bourgogne-Franche-Comté. Une procédure judiciaire est en cours.

Le couperet est tombé le 1er décembre dernier, lorsque le nouveau directeur de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté Jean-Jacques Coiplet a annoncé la suspension définitive des activités de l'Ehpad de Saint-Agnan, dans l'Yonne. "C'est une décision exceptionnelle parce que quand on fait des inspections, il y a des graduations dans les préconisations", a-t-il précisé à France 3 Bourgogne. Pour rappel, l'établissement avait été sommé de corriger de nombreux dysfonctionnements dès le 18 mai dernier, date à laquelle ses activités avaient été temporairement suspendues.

De nombreux dysfonctionnements... mais des solutions mises en place

À l'époque, l'ARS avait relevé des dizaines de manquement au sein de la résidence Flore. Le rapport, que nous avions pu consulter, faisait notamment état de surpopulation, manque de personnel et de cas de dénutrition chez "plus de la moitié des résidents". Pourtant, ce dernier point - le plus grave - n'aurait finalement pas été retenu par les services de l'État dans son rapport contradictoire transmis fin août au groupe Bridge, qui gère l'établissement. "Brutalement, on se retrouve sur le devant de la scène accusés d'une situation qui repose sur du verbatim et du discours, mais pas sur des éléments factuels", pointe Najiba Duretête, directrice des opérations du réseau Bridge.

Reste que des doutes planent toujours sur ces cas supposés de dénutrition. La sœur d'un ancien résident, qui loge depuis dans un autre Ehpad, s'est dite "plus rassurée" que son frère vive dans un établissement différent. En plus de déplorer un manque de contact avec le personnel soignant, elle soutient que son parent "avait toujours faim". "Je lui amenais un quatre-heures à chaque fois que je venais. Il me réclamait toujours", dit-elle.

Depuis la suspension temporaire des activités de la résidence Flore mi-mai, la direction affirme toutefois avoir tout mis en œuvre pour pallier les problèmes notés par l'ARS. Dès la fin du mois, un médecin coordinateur et deux infirmières, dont une elle-même coordinatrice, ont été recrutés - des postes cruciaux dont l'absence a été pointée par l'agence de santé. "Partant du principe que l'ARS pensait qu'en manquant de ce personnel on pouvait mettre quelqu'un en danger, on a recruté immédiatement", assure Najiba Duretête. "Avoir trouvé un médecin dans l'Yonne, une zone déjà plus déficitaire qu'ailleurs en France, ce n'est pas rien. Et ces personnes sont toujours là aujourd'hui, on les a maintenues en place."

À ce jour, 15 salariés sont toujours présents sur site. Vendredi 2 décembre, date à laquelle nous nous sommes rendus sur place, ils ont même bénéficié de deux formations différentes. "On continue de se projeter, de les aider à donner du sens au quotidien", glisse la cadre. Et si l'établissement n'héberge plus aucun résident - ils ont tous été relogés dans des résidences limitrophes, selon le directeur de l'ARS -, Bridge s'est engagé à maintenir le salaire complet des employés, "un enjeu extrêmement important".

Aucun contact avec l'ARS, déplore Bridge

Si le groupe continue de miser sur la résidence Flore, c'est parce qu'il conteste la suspension de ses activités. Une procédure de référé a été lancée devant le tribunal administratif de Dijon. L'occasion, espère Bridge, de finalement rencontrer l'ARS pour évoquer la situation, ce qui d'après la directrice des opérations, a systématiquement été refusé depuis le mois de mai. "On les a sollicités moultes fois pour les rencontrer, mais ils refusent de nous parler ou de se poser avec nous pour analyser la situation."

Nous avons pu constater par nous-mêmes deux de ces sollicitations. En l'occurrence, deux courriers respectivement datés du 13 juillet et du 28 novembre 2022, signés de la main du président du groupe Bridge et destinés pour l'un à Pierre Pribille, ancien directeur de l'agence de santé, et pour l'autre à Jean-Jacques Coiplet. Le 1er novembre, ce dernier assurait cependant qu'au cours d'un processus de suspension définitive, "on continue évidemment à échanger, à préconiser des recommandations". Depuis, l'ARS s'est refusée à tout commentaire, invoquant la procédure judiciaire. "Nous réservons donc au seul tribunal la réponse à vos interrogations", nous a-t-on répondu. L'audience est fixée au 13 décembre prochain.

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