Saisie de drogues et d'argent à Avallon : garde à vue prolongée pour la maire Jamilah Habsaoui

La maire d'Avallon, dans l'Yonne, est déférée devant un juge ce mercredi 10 avril 2024 en milieu de journée. Elle avait été arrêtée, avec six autres personnes, après la découverte de 70 kg de résine de cannabis à son domicile.

Après la série d'interpellations et les perquisitions survenues dimanche 7 avril 2024 à Avallon dans le cadre de la lutte contre les trafics de stupéfiants de l'Yonne, sept personnes étaient en garde à vue, dont la maire, Jamilah Habsaoui et deux de ses proches.

MISE À JOUR : 72 heures de garde à vue plus tard, la maire d'Avallon, Jamilah Habsaoui, a été mise en examen ce mercredi 10 avril 2024 à l'issue de sa garde à vue pour trafic et détention de stupéfiants. Elle a été placée en détention provisoire. Cinq autres personnes, dont deux frères de la maire, ont été mises en examen et placées en détention provisoire.

Une saisie de stupéfiants, d'or et d'argent en espèces 

Les perquisitions ont permis de trouver 70 kilogrammes de cannabis au domicile familial de Jamilah Habsaoui, la maire d'Avallon. Les forces de l'ordre ont également mis la main sur deux lingots d'or, 7 000 euros en espèces et près d'un kilo de cocaïne, comme nous le précise le procureur de la République d'Auxerre, Hugues de Phily. Les perquisitions ont eu lieu dans plusieurs domiciles, à la mairie ainsi que dans la pharmacie où travaille Jamilah Habsaoui comme préparatrice. Le procureur précise à France 3 Bourgogne que l'édile est "potentiellement mise en cause pour détention de stupéfiants" mais elle n'est pas, pour l'heure, mise en examen.

Six autres personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, dont deux des frères de Jamilah Habsaoui. Ils sont suspectés de se servir du domicile de l'élue pour "stocker la marchandise". Les deux hommes sont connus de la justice pour des infractions à la législation sur les stupéfiants.

Une enquête de "longue haleine"

Le procureur d'Auxerre précise que ces interpellations sont l’aboutissement d’une enquête menée par la brigade de recherches d’Avallon depuis plusieurs semaines.

"C’est un travail de longue haleine qui a trouvé son aboutissement [ce dimanche 7 avril] avec l’interpellation de plusieurs personnes pour un trafic de stupéfiants dont on peut penser qu’il a une certaine ampleur". 

"Rien ne me laisse penser qu’il pourrait y avoir de la drogue dans cette maison"

Dans les rues d'Avallon, c'est la stupéfaction : "Je suis choquée, ne serait-ce que pour les enfants, ce n’est pas un exemple pour eux. Le maire représente l’image de la ville, ça la fiche mal", confie une Avallonnaise. D'autres habitants se désolent de la présence de drogues dans cette petite ville : "Ça ne m’étonne pas parce qu’à Avallon, à partir de 22h30, il y a de la drogue à Avallon, en revanche, il n’y a pas de police.

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Un voisin de la maison familiale de Jamilah Habsaoui témoigne de ses bonnes relations avec l'élue et sa famille avant d'ajouter : "Je n’ai jamais vu d’allées et venues qui pourraient laisser penser à de la clientèle. Rien ne me laisse penser qu’il pourrait y avoir de la drogue dans cette maison. On sait que l’un de ses frères est un peu borderline. Mais est-ce que la maire était au courant, je ne sais pas."

Qui est Jamilah Habsaoui ?

À 46 ans, native d'Avallon, Jamilah Habsaoui a été élue maire (divers gauche) en mars 2021. Préparatrice en pharmacie, l'édile était conseillère municipale depuis 2014, puis a été première adjointe de l'ancien maire, Jean-Yves Caullet. Contacté, celui-ci ne souhaite pas s'exprimer. Elle est également conseillère régionale déléguée en charge de la ruralité pour la région Bourgogne-Franche-Comté.

Quelles sanctions possibles pour son mandat ?

Pour le moment, la maire n’est pas mise en examen. Dans le cas où elle serait condamnée dans cette affaire, son avenir politique pourrait aussi être menacé. 

Les sanctions encourues par les élus dans ce type de situation peuvent être l’inéligibilité ou la destitution. En pratique, la destitution est rare. Depuis le début de la Ve république en 1958, seuls six maires ont été destitués en France. L’article L2122-16 du Code général des collectivités territoriales précise que "le maire ne peut être révoqué que par décret motivé pris en conseil des ministres".

Dans le cas où la maire d'Avallon serait condamnée et incarcérée, elle ne serait pas destituée d’office, c’est le premier adjoint qui assurerait l’intérim.