Climat. L'été 2022, un marqueur du réchauffement ? "On assiste à une méditerranéisation de la Bretagne"

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Écrit par Carole Collinet-Appéré et Thierry Peigné

Sécheresse, incendies, orages violents... En Bretagne, l'été 2022 a été marqué par des phénomènes météo exceptionnels. Des signaux qui alertent sur un changement climatique inexorable ? Eléments de réponse avec Anne-Marie Treguier et Vincent Dubreuil, co-présidents du Haut Conseil breton pour le climat.

De plus en plus de journées chaudes, voire très chaudes, en été, de moins en moins de jours de gel en hiver, des printemps plus doux, des automnes plus chauds sont autant de paramètres qui permettent de constater le changement climatique en Bretagne.

Une progression lente marquée par des épisodes extrêmes comme celui de la sécheresse de l'été 2022. "Dans un climat qui se réchauffe, explique Anne-Marie Treguier, co-présidente du Haut Conseil breton pour le climat,  les extrêmes, rares dans le passé, vont devenir de plus en plus fréquents".

Cette océanographe, également directrice de recherche CNRS à Brest et co-auteur du 6e rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), rappelle que l'observation des changements ne s'opère pas en comparant une année à la précédente, "mais selon une perspective de plusieurs décennies". Une précision importante si l'on veut prendre la juste mesure de ce qui est en train de se produire à l'échelle de la planète.

Un manque crucial d'eau...

Qui aurait pu affirmer que la Bretagne connaîtrait, un jour, un déficit pluviométrique. C'est pourtant une réalité. Les nappes d'eau souterraine affichent un niveau bas selon un bulletin publié par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) fin août 2022. Cette diminution de la ressource s'explique en partie par un hiver 2021-2022 très peu pluvieux.

Prenons, par exemple, la carte animée ci-dessous comparant les niveaux d’urgence des arrêtés sécheresse encore en vigueur en Bretagne fin septembre 2021 et 2022. Elle permet de constater que les mesures de restrictions prises par les départements bretons n’ont rien à voir avec celles de l’année dernière. 

Ainsi, à la date du 20 septembre 2022, la totalité de la région Bretagne demeure en alerte "crise sécheresse", alors qu’en 2021, seuls deux départements, le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, étaient encore en alerte et au plus bas des seuils, celui de la "vigilance".

A noter également que les restrictions sur l'usage de l'eau imposées par ces arrêtés ont été pris dès le début du mois de mai où le Morbihan a été  placé en alerte "vigilance".


Cette comparaison flagrante sur une année ne peut être considérée que comme l'un des indices de la multiplication à venir de périodes de sécheresse annoncées par les climatologues. 

.... Et des incendies à répétition

Les incendies ont ravagé cet été 2022 de nombreuses forêts, principalement en Gironde. Fin août, plus de 62.000 hectares avaient brûlé sur l'ensemble de l'Hexagone. 

Et la Bretagne, en pleine période de sécheresse, n'a pas été épargnée par les incendies. En particulier le Finistère où 2.588 hectares ont été détruits dans les Monts-d'Arrée cet été. Auxquels s'ajoutent plusieurs incendies dans le Morbihan, notamment en forêt de Brocéliande.


"Sur 20 ans, la surface brûlée en Bretagne est assez exceptionnelle,
relate Anne-Marie Treguier. La région n'est plus à l'abri de ces phénomènes qui, autrefois, touchaient davantage le sud de la France".

Un climat méditerranéen en Bretagne ?

Selon Vincent Dubreuil, géographe et climatologue, on assiste à ce qu'il appelle "la méditerranéisation" du climat en Bretagne. Tout comme Anne-Marie Tréguier, il co-préside le Haut Conseil breton pour le climat. Cette instance indépendante, mise en place au mois de mai dernier, a pour mission d'apporter son expertise scientifique dans les politiques publiques en matière de lutte contre le dérèglement climatique. 

Dérèglement, un terme que Vincent Dubreuil emploie peu. Lui, il préfère parler de changement "dont on a une manifestation concrète en Bretagne dit-il. Par exemple, le nombre de journées chaudes à Brest, à savoir plus de 25 degrés, est passé en moyenne de 6 jours par an après la Seconde guerre mondiale à 12 jours par an ces trente dernières années. A Rennes, on est passé de 28 jours à 45 jours par an".

Rennes, c'est La Rochelle ou Bordeaux il y a cinquante ans en termes de température

Vincent Dubreuil

Climatologue et co-président du Haut Conseil breton pour le climat

Les jours de gel ont diminué dans les deux villes sur la même période. A Brest, après la guerre, il gelait en moyenne 18 jours par an, contre 14 jours ces trente dernières années. A Rennes, même scénario : le nombre de jours de gel est passé de 43 à 30 par an. "Rennes, c'est La Rochelle ou Bordeaux il y a cinquante ans en termes de température" analyse Vincent Dubreuil.

Quand la mer monte

Une planète qui se réchauffe sous le coup des émissions de gaz à effet de serre produites par l'activité humaine, des épisodes de sécheresse plus intenses et prolongés, des pluies plus violentes et soudaines... et le niveau de la mer qui monte, lentement mais sûrement, se traduisant, sur le littoral breton, par un recul du trait de côte et des risques de submersion.

"C'est un problème identifié comme majeur en Bretagne, note Anne-Marie Treguier. Evidemment, la montée du niveau de l'océan n'est pas perceptible comme ça. Ce que nous allons percevoir, par exemple, c'est un quai, inondé une fois tous les 3 ou 4 ans au moment d'une grande marée, qui va l'être systématiquement désormais. C'est ce genre d'épisodes remarquables qui donne la tendance".

Pour limiter et stabiliser le réchauffement de la planète d'ici 2100, "il faut passer des beaux discours aux actes" affirme Vincent Dubreuil. Selon le climatologue, "toutes les années perdues nécessiteront encore plus d'efforts pour les rattraper. Plus on agit vite, moins la transition sera brutale".

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