Suspension temporaire des accouchements à la maternité de Guingamp. "Je suis inquiète et je ne suis pas la seule"

L'annonce de la suspension temporaire des accouchements à la maternité de Guingamp, qui entrera en vigueur le 26 avril, a ravivé l'inquiétude des femmes actuellement suivies dans cette structure " à taille humaine et de proximité". Elles vont devoir se rendre à Saint-Brieuc pour donner naissance à leur enfant. Témoignage.

L'annonce de la suspension temporaire des accouchements à la maternité de Guingamp est tombée "comme un couperet" dit Laurence Le Pessot, enceinte de 7 mois. La jeune femme, qui donnera naissance à des jumeaux en juin prochain, explique avoir appris la nouvelle "par voie de presse alors qu'il y a trois semaines, ajoute-t-elle, l'agence régionale de santé (ARS, ndlr) nous disait que tout allait bien, qu'il n'y aurait pas de fermeture".

"Je suis inquiète"

Pour justifier cette mesure, qui entrera en vigueur le 26 avril, l'ARS Bretagne invoque "de fortes tensions concernant les effectifs de sages-femmes. Malgré l’appui des centres hospitaliers de Saint-Brieuc, de Lannion, de l’hôpital privé des Côtes-d’Armor, des renforts apportés par la réserve sanitaire et l’appel à la solidarité lancé par l’ARS auprès de tous les établissements de santé de la région et auprès des professionnels libéraux, l’effectif de sages-femmes reste à ce jour incomplet, ainsi que celui des gynécologues obstétriciens et des médecins anesthésistes".

On fait le choix de la proximité parce qu'on a l'impression d'être plus chouchoutées dans ce genre d'hôpital

Laurence

Enceinte de 7 mois

Laurence, dont le suivi de grossesse est assuré par la maternité de Guingamp, ira donc accoucher à Saint-Brieuc dans un mois et demi. Contrainte et forcée. "Je suis inquiète et je ne suis pas la seule, confie celle qui est aussi membre de l'association des femmes enceintes de Guingamp. J'ai un rendez-vous pour planifier la suite mais pour beaucoup de femmes, c'est le flou encore plus. On fait le choix de la proximité parce qu'on a l'impression d'être plus chouchoutées dans ce genre d'hôpital, c'est à taille humaine et c'est rassurant. Je suis inquiète pour l'avenir car le temporaire, il va durer jusqu'à quand ?".

Laurence essaie de voir le positif car, dit-elle, "à Saint-Brieuc, je sais que je serai bien entourée. Mais il faut tout relancer alors que mon mari et moi, on connaissait l'équipe qui me suivait et là il faut aller ailleurs. On aurait envie d'être tranquilles et n'avoir à se concentrer que sur la grossesse jusqu'à la fin. Si j'accouche à Saint-Brieuc, y-aura-t-il de la place pour que je reste après l'accouchement puisque je viens me rajouter à une liste d'autres femmes ?" interroge-t-elle.

"Une lutte de tous les jours"

Léna Boisard-Le Coat, elle, vit en milieu rural, à mi-chemin entre Carhaix, où la maternité est elle aussi menacée, et Guingamp. "On s'y attendait car cela fait plusieurs années que des menaces de fermetures pèsent sur la maternité de Guingamp et que l'on se bat avec le comité de défense de l'hôpital" relate-t-elle, pointant notamment le rapport de Bruno Rossetti, expert mandaté par l'ARS, qui préconise la fermeture de la maternité. "Nous, ce que nous demandons, c'est que le rapport Rossetti soit enterré" précise-t-elle.

La jeune femme, qui a accouché d'un petit garçon à la maternité de Guingamp en août 2021, déplore "cette casse permanente du service public que l'on ressent en milieu rural. Il y a cette question de l'accès aux soins qui est compliqué, mais il y a aussi le sujet du maintien des classes, parfois de l'agence postale, d'un commerce etc. C'est une lutte de tous les jours".

Léna n'a pas oublié l'accompagnement "formidable" des équipes de la maternité quand elle a donné naissance à son fils. "Je me souviens encore des prénoms de toutes les personnes qui m'ont accompagnée, de cette sage-femme qui a passé une nuit entière avec nous. Je ne crois pas que ce soit possible dans une grosse maternité car les personnels n'ont pas le temps, relate-t-elle. A Guingamp, il y a ce travail de plusieurs années qui a permis l'obtention du label 'Initiative hôpital ami des bébés', lequel induit un véritable respect des femmes et de leurs choix".

Dans l'hypothèse d'une fermeture définitive des maternités de Guingamp et Carhaix, Léna, qui n'exclut pas une deuxième grossesse, n'aurait pas d'autre choix que d'accoucher à Saint-Brieuc. "Il ne resterait plus que cette maternité publique dans les Côtes-d'Armor, souligne-t-elle. Saint-Brieuc, c'est entre 50 minutes et une heure de route de chez moi. Vous imaginez bien ce qui peut arriver en une heure de temps de route. C'est une forme d'externalisation du risque puisque le risque, il va exister sauf qu'il n'aura pas lieu au sein de l'hôpital. Il aura lieu sur les routes, au domicile des patientes. Je suis très inquiète pour les femmes qui habitent en Centre-Bretagne aujourd'hui".

(Avec Sandrine Ruaux)