"L'abandon de notre patrimoine industriel est inadmissible". Pourquoi ce barrage hydroélectrique pourrait disparaître

À l'arrêt depuis 2014, le barrage hydroélectrique de Pont-Rolland, dans les Côtes-d'Armor, pourrait être détruit afin de rendre au site son état naturel. Les défenseurs de cette usine se mobilisent afin de relancer "une production d'électricité locale pour une consommation locale".

Le collectif citoyen pour la remise en état du barrage de Pont-Rolland, dans les Côtes-d'Armor, veut toujours y croire. Malgré la mise en vente du site par l'État, en 2017 puis en 2020, qui n'a abouti nulle part. Et malgré la décision récente du ministère de la Transition écologique de mettre fin à sa vocation énergétique. Autrement dit : le barrage, à l'arrêt depuis 2014, pourrait être détruit.

Électricité en circuit court

L'idée même qu'il disparaisse du paysage hérisse le poil d'André Ollivro, membre du collectif et ancien ingénieur chez Gaz de France. L'homme, pionnier de la lutte contre les algues vertes sur le littoral breton, rappelle que le barrage, situé entre Hillion et Morieux, en baie de Saint-Brieuc, a été conçu pour produire de l'électricité. "Le relancer ne serait pas absurde, assure-t-il. Il a besoin d'être mis aux normes, on pourrait réusiner les turbines et les adapter à de l'électronique plus moderne. Et ce, pour développer de l'énergie locale pour la consommation locale".

André Ollivro parle d'une puissance électrique de l'ordre de "5 mégawatts pour alimenter près de 2.000 usagers, explique-t-il. Dans ce projet, la base de la centrale récupère l'énergie hydraulique à laquelle on adjoint des énergies solaires ainsi que des micro-éoliennes le long de la vallée. On serait sur une redistribution de l'électricité en circuit court".

Le défi est de taille mais les défenseurs du barrage de Pont-Rolland sont déterminés. Une pétition, lancée au mois de février, a déjà recueilli plus de 1.000 signatures. "Cet abandon de notre patrimoine industriel, producteur d'électricité renouvelable, non polluante, est incompréhensible et inadmissible, écrivent les auteurs du texte. Un re-turbinage du barrage bien géré évacuerait au large, la pollution du Gouessant, par un effet de « chasse d'eau » : moins de nourriture pour les algues vertes, le désenvasement de la baie, et éviterait l'intoxication des 10% de la production française de nos parcs à moules".

"La gestion des sédiments, on sait faire"

La centrale hydroélectrique de Pont-Rolland a été construite dans les années 30. Son barrage, de 20 mètres de haut et 100 mètres de long, retient les eaux du Gouessant. Le site de 25 hectares a produit 2.700 MWh en moyenne chaque année jusqu'en 2014.

Lorsque la concession signée avec EDF est arrivée à échéance et que la production d'électricité s'est arrêtée, l'État est resté propriétaire du barrage et de l'usine, avant de chercher un repreneur. En vain. Les appels à projet n'ont rien donné. Selon le collectif citoyen pour la remise en état du barrage, la démolition coûterait "entre 2 et 4 millions d'euros".

André Ollivro alerte également sur les conséquences écologiques d'une destruction et notamment sur la question des sédiments sous la masse d'eau, "on parle de 7 à 10 mètres de sédiments qui, si le barrage est détruit, se retrouveront dans la baie" note-t-il.

"La gestion des sédiments, on sait faire" rétorque Jean-Luc Barbo, président de la commission locale de l'eau (CLE), lequel rappelle que "la fuite des sédiments vers le milieu naturel est contraire à toutes les obligations environnementales. La gestion des sédiments se déroulera en plusieurs phases, sans doute sur deux ou trois années, précise-t-il. En Bretagne, des barrages ont été effacés et les sédiments n'ont jamais été un obstacle insurmontable".

LIRE : Désenvasement de la Rance : la déshydratation accélérée des sédiments serait-elle la solution ?

Continuité écologique

Jean-Luc Barbo souligne aussi que le barrage est "infranchissable pour les espèces qui accomplissent une partie de leur cycle de vie en mer et l'autre dans les eaux douces", citant le saumon, l'alose et l'anguille, "classée en danger critique d'extinction au niveau mondial". "La libre circulation de l'eau, des espèces et des sédiments est inscrite dans le droit français, indique le président de la CLE. C'est au nom de cette continuité écologique que la loi doit être respectée et le barrage détruit entièrement ou en partie".

Selon lui, la rentabilité du barrage hydroélectrique de Pont-Rolland reste à prouver. "Si EDF a abandonné son exploitation, c'est qu'il y a une réalité économique derrière" affirme-t-il. Jean-Luc Barbo pointe "les très faibles débits du Gouessant qui s'accentuent avec le changement climatique", "les gros investissements qu'il faudrait faire, plusieurs millions d'euros, pour une production électrique minime". "La seule énergie possible aujourd'hui, c'est celle qu'il va falloir mettre au service du vivant et de la nature car elle au moins, elle bénéficiera à tout le monde" conclut le président de la CLE.

Un discours qui ne convainc pas les défenseurs du site de Pont-Rolland. "Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage" ironise André Ollivro qui déplore "un manque d'ambition et d'idée chez les élus locaux pour sauver le barrage" et mentionne "l'article 49 de la loi climat de 2021 qui ne rend plus possible la démolition des barrages devenus obsolète". Le collectif citoyen sera reçu ce jeudi 14 mars par la direction départementale des territoires et de la mer.