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Du lait bio à prix sacrifié au supermarché: faut-il s'inquiéter ?

Du lait bio à tout petit prix, la grande distribution, surfant sur l'intérêt des consommateurs pour ces produits, attire ses clients en écrasant les prix. Résultat, du lait bio, marque distributeur vendu moins cher que le lait conventionnel. De quoi interpeller les producteurs.  

 

Par Krystell Veillard


Manger mieux et moins cher, les grandes enseignes en ont fait depuis longtemps l'un de leurs slogans préférés, et comme le bio marque des points auprès des consommateurs, la grande distribution développe le bio à petits prix. De nombreuses enseignes ont ainsi lancé des campagnes commerciales offensives sur le prix du bio, pour ce qui est du lait et des œufs en particulier, produits d'appel du secteur.
 

Du lait bio moins cher que du conventionnel 

Des prix qui peuvent interpeller. Le lait bio de marque distributeur, par exemple est vendu aujourd'hui à moins de 0,90€ le litre dans plusieurs grandes surfaces, soit moins cher que le lait bio de grandes marques, ou que le lait dit équitable (0,99€ le litre) et même moins cher aussi parfois que le lait conventionnel (0,94€). Alors sur les réseaux sociaux, des éleveurs s'en émeuvent.
 

 


Pour Loïc Guines, président de la FDSEA d'Ille-et-Vilaine producteur de lait en conversion bio, c'est un mauvais signal envoyé au consommateur et au producteur, parce que ça veut dire dit-il qu'"on ne respecte pas le producteur" et il ajoute que le prix doit correspondre au respect de la qualité.  
 

Une profession confiante

Pour l'instant, ces opérations de promotions impacteraient peu les producteurs de lait bio, qui entendent rester fermes sur leurs prix. La profession reste donc plutôt confiante, car actuellement, les mille litres de lait bio, se vendent un tiers plus cher que le lait conventionnel, 465€ contre 310/320€. Les producteurs en bio savent aussi que les volumes de production ne sont pas extensibles, ce qui devrait garantir un prix élevé. Mais Christian Mogis, producteur à Pacé (35), précise malgré tout qu'"il faut que la grande distribution comprenne que le prix c'est une chose, mais la qualité s'en est une autre. On ne peut pas avoir de la qualité à un prix bas". Sur 2000 producteurs de lait en Bretagne, 450 sont en agriculture biologique.
 

Les méthodes toujours identiques de la grande distribution

Mais Olivier Mével, chercheur à l'UBO, Université de Bretagne occidentale est lui beaucoup plus sceptique. Il explique ainsi que le "gâteau" du lait bio a grossi, le marché passant de 270 à 330 millions d'euros en 8 ans. "Il y a de la demande, les consommateurs répondent et les producteurs ne voient peut-être pas que derrière, la grande distribution et les industriels vont appliquer les mêmes méthodes qu'ils ont appliqué sur le lait conventionnel et on sait aujourd'hui où en est la filière du lait conventionnel."
Pour lui, le prix du litre de lait bio ne doit pas être inférieur à un euro. Une fois de plus, la balle est dans le camp des industriels et des grandes surfaces, mais surtout dans le camp des consommateurs. L'avenir d'une filière en plein développement en dépend.
 

Le reportage à Saint Marc-sur-Couesnon, à Pacé (35) d'Isabelle Rettig, Christophe Rousseau

Du lait bio bon marché en grande surface : faut-il s'inquiéter ?
Le reportage à Saint Marc-sur-Couesnon, à Pacé (35) et à Brest (29) d'Isabelle Rettig, Christophe Rousseau, Mathieu Herry, Jean-Michel Piron et Florence Malésieux Interviews : Loïc Guines, président FDSEA 35 - Christian Mogis, producteur de lait bio/administrateur de l'Organisation de Producteurs Seine-Loire - Olivier Mevel, maître de conférences UBO, consultant en marketing des filières alimentaires

 

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