Noël. "J’ai vu beaucoup de personnes racler le fond de leur porte-monnaie" : les associations se mobilisent pour le réveillon

En cette fin d'année 2023, de nombreuses associations organisent des réveillons solidaires. Une mobilisation essentielle, en direction de publics fragiles, mais compliquée par un contexte économique difficile.

"Ça nous tenait à cœur d’être ouvert le 25 décembre et le 1er janvier", se réjouit Hajiba Abouz, directrice de la Halte-accueil à Brest. "On est le seul accueil de jour ouvert sur ces dates." Pourtant, le réveillon de Noël a tout simplement failli ne pas avoir lieu. "D’habitude, notre mécène nous finance en collectant des tickets restaurants auprès de ses salariés. Mais cette année, avec la dématérialisation, ça n’a pas été possible", raconte Hajiba Azouz. "Il nous a contactés vers le milieu du mois de décembre, il a donc fallu qu’on réagisse vite." 

Ça fonctionnait très très bien, on n’avait pas pensé que ça pourrait poser problème.

Hajiba Azouz

Directrice de la Halte solidaire à Brest (29)

La Halte-accueil a donc lancé une cagnotte en ligne et récolté 1 500 euros pour servir une centaine de repas le 25 décembre. "Il fallait marquer le coup, fêter Noël avec des animations, des conteurs. Ce sera une journée riche", prévoit la directrice de la Halte-accueil.

En ces fêtes de fin d’année 2023, cette association n'est pas la seule à rencontrer des difficultés pour organiser des réveillons à destination de publics précaires. D’autant que cette année, les fêtes tombent un week-end et que les bénévoles sont souvent partis visiter leurs familles.

Des raisons conjoncturelles et structurelles

"Les 24 et 31 décembre, on est obligé de fermer", déplore Hajiba Azouz, à cause du manque de bénévoles, 65 au total sur la Halte-accueil. "Sur une journée, de 9h à 17h, on a besoin de 6 à 7 bénévoles, qui servent en plus un repas chaud le midi, donc avec des contraintes de service, d’hygiène et de sécurité." Des journées bien chargées et exigeantes, auxquelles s’ajoutent une évolution du public.

"Depuis le Covid, on accueille plus de monde, on est passé de 65 personnes en 2022 à 95 personnes cette année. On a donc besoin d’encore plus d’encadrants", souligne Hajiba Azouz. "Et les profils des personnes accueillies ont changé, elles sont plus vulnérables, avec notamment plus de troubles psychiques."

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Faire face à l’inflation

Les associations rencontrent aussi des difficultés pour assurer le menu du réveillon de Noël. Des problèmes d’approvisionnement liés au développement du "0 gâchis et des applications anti-gaspillage, qui limitent les collectes dans les supermarchés", selon Chantal Smith-Boulic. La vice-présidente de la Cantoche, un restaurant solidaire brestois, récapitule toutes les charges qui pèsent sur le budget de l’association : "des frais énormes sur le matériel, des charges salariales pour le cuisinier, notre seul salarié, les factures d’énergie qui flambent, avec 850 euros par mois, l’achat d’aliments…" La Cantoche n’était d’ailleurs qu’ouverte que le midi pour le dernier jour de l’année.

On voulait faire un repas amélioré avec apéritif et chocolats, mais c’était dommage.

Chantal Smith-Boulic

Vice-présidente de la Cantoche

Le prix des repas est fixé en fonction des revenus. Mais le restaurant solidaire a dû augmenter ses prix : "On est passé de 2 euros à 2,50 euros pour les revenus les plus bas. On trouvait que un euro, comme on a fait pour les autres catégories, c’était beaucoup", explique la bénévole. "J’ai vu beaucoup de personnes racler le fond de leur porte-monnaie." Cette augmentation permet d’acheter une semaine d’aliments, soit environ 400 euros.

Pour autant, pas question de rogner sur la qualité des menus. Au menu du réveillon du 22 décembre 2023, un velouté de potimarron, Saint-Jacques et fondue de poireaux, émincé de poulet avec pommes de terre et sauce champignon. En dessert, tarte normande et gâteau au chocolat.

Un menu qui a régalé Jean, retraité brestois et habitué de la Cantoche. "Personnellement, j’ai beaucoup aimé, c’était très bon", se rappelle-t-il. "Je viens souvent à la Cantoche, j’ai une petite retraite. Là, je peux avoir un bon repas, et surtout voir les bénévoles et avoir du lien social."

Partager un bon moment

Le Secours populaire constate lui aussi que les collectes alimentaires ne sont pas aussi efficaces qu’avant. "On ne distribue que ce qu’on a, il y a moins d’aides européennes et les promesses de l’État ne sont toujours pas arrivées", explique Thierry Cloatre, secrétaire du Secours populaire 29. L’association distribue des colis de fête, l’équivalent de 21 repas par personne. "On a plus de familles nombreuses cette année. On essaie d’avoir de tout : de la viande, du poisson, des fruits et des légumes, et des produits plaisirs", détaille-t-il.

On veut que personne ne soit mis sur le bord de la route.

Thierry Cloatre

Secrétaire du Secours populaire 29

Le Secours populaire organise aussi des repas festifs en partenariat avec les Bouffons de la Cuisine. Des chefs investissent des restaurants pour cuisiner des repas à des personnes précaires invitées pour l’occasion. "Le problème, ce n’est pas de trouver des chefs, ils sont souvent motivés et c’est aussi l’occasion pour eux de travailler ensemble. Non, le problème, c’est de trouver des salles, alors que les chefs ne veulent pas s’occuper de l’administratif", d’après Alain Crivelli, le trésorier de l’association. "Et fermer des restaurants, c’est compliqué depuis le Covid."

Le chef constate aussi qu’il peut être difficile de trouver assez de personnes à inviter. "On avait travaillé avec les Restos du cœur, et préparé 125 repas à emporter. On a eu du mal après à trouver 20 personnes pour un repas au restaurant, et finalement on a invité dix personnes sur dix communes", regrette-t-il.

L’association a tout envisagé, selon Alain Crivelli : "on avait pensé faire des repas de gala et redistribuer l’argent récolté, mais on ne sait pas vraiment où arrive l’argent. Là, on fait plaisir aux gens, avec un moment de partage."