Urgences de Carhaix. "Construire sans outrance et sans violence". L'appel au calme des médecins dans une lettre ouverte

Dans une lettre ouverte, rendue publique ce 13 octobre 2023, les responsables médicaux du CHU Brest-Carhaix appellent à "l'apaisement" concernant les urgences de Carhaix. Ils disent leur "engagement" pour cet hôpital de proximité et émettent le souhait de "construire un chemin collectif dans la durée, sans outrance et sans violence"

Jusque-là silencieux, les chefs de service et présidents de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Brest-Carhaix ont décidé de prendre la plume et de rédiger une lettre ouverte, rendue publique ce 13 octobre 2023.

La régulation des urgences à Carhaix, fermées de 18h30 à 8h30 depuis l'été, provoque la réaction des opposants à cette nouvelle organisation, matinée d'échanges tendus avec la direction du CHU et l'agence régionale de santé (ARS).

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Le 14 septembre, lors d'une rencontre entre les représentants de l'ARS, du CHU et une délégation du comité de vigilance de l'hôpital de Carhaix, les manifestants ont occupé les locaux de l'agence régionale de santé à Quimper, retenant pendant plusieurs heures ceux avec qui ils étaient venus discuter. Le centre hospitalier de Brest a annoncé avoir porté plainte.

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"13 postes vacants dans l'équipe d'urgentistes"

Dans leur lettre, les médecins disent prendre la parole "pour partager des éléments factuels plus à même de refléter la réalité". "La régulation des urgences mise en œuvre à Carhaix, comme dans de nombreux autres établissements de santé en Bretagne et en France, n’est qu’un reflet de la crise de la démographie médicale qui affecte tous les territoires, écrivent-ils. En dépit de nos efforts, 13 postes sont actuellement vacants au sein de l’équipe d’urgentistes de Brest-Carhaix, situation qui s’est malheureusement dégradée en fin d’été, obligeant les personnes présentes à se réorganiser et à effectuer des heures supplémentaires pour maintenir une prise en charge adaptée".

Et de citer également la situation des anesthésistes qui, en septembre, se sont mis en grève, entraînant le report de près de 400 opérations chirurgicales. Épuisés par les heures supplémentaires, ces médecins ont "arrêté la réalisation de temps de travail additionnel pour pallier la dizaine de postes vacants", conséquence notamment de l'entrée en vigueur de la loi Rist qui encadre la rémunération des praticiens intérimaires.

Régulation versus fermeture

Selon les signataires du courrier, "cette crise aiguë de la démographie médicale prendra du temps à être résorbée. Former un praticien prend au minimum 10 ans, affirment-ils. Pour autant, nous ne nous résignons pas à ne rien faire. Cela passe par des ajustements permanents pour organiser collectivement les parcours les plus adaptés, avec une garantie d’accès aux soins pour tous sans perte de chance".

Ils insistent sur le fait que "même régulées, les urgences de Carhaix restent ouvertes. La porte de l'hôpital n'est pas fermée. La lumière n'est pas éteinte. Des soignants et un médecin sont présents et les patients continuent d'être accueillis".

Tout est question de sémantique et de point de vue. Les défenseurs de l'hôpital de Carhaix considèrent cette régulation comme une fermeture. La direction du CHU de Brest et l'ARS contestent cette vision des choses. De même que les responsables médicaux de l'hôpital qui parlent de "contre-vérité ne générant qu'angoisse pour une population inutilement inquiétée".

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"Retrouver un cadre de travail apaisé"

Ils mettent en avant leur "engagement collectif depuis maintenant près de 15 ans au service de la population du bassin carhaisien. À aucun moment, à aucun instant, les interlocuteurs qui nous accusent à tort de vouloir "fermer" l’hôpital de Carhaix ne rappellent la réalité de ce que nous avons fait et de ce que nous avons réussi, relèvent-ils. Plus de 60 médecins exercent aujourd’hui en temps partagé entre Brest et Carhaix et les nouveaux recrutés sont nombreux à s’engager dans cette voie".

Les responsables médicaux veulent "retrouver un cadre de travail apaisé et du respect dans les échanges. Nous ne voulons pas faire croire à des solutions miracles qui n'existent pas, remarquent-ils dans leur courrier. Nous sommes convaincus de la nécessité de l'hôpital de Carhaix au bénéfice de la population. Nous souhaitons construire un chemin collectif dans la durée, sans outrance et sans violence".

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