Des subventions sportives pour les non-binaires. Au-delà de la polémique, la réaction des clubs

À chaque inscription d'une personne non-binaire, une subvention plus importante sera versée au club. C'est ce qu'a voté la ville de Rennes lors de son dernier conseil municipal. Si cette mesure a provoqué de vives réactions politiques et dans les médias nationaux, la mesure est diversement accueillie par les associations sportives.

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"Ça n'a pas à faire de débat, ce n'est pas un sujet. Si on veut du sport pour tous, tout le monde doit être accueilli, ça s'arrête là !", déclare Frédéric Bourcier, adjoint au maire délégué aux sports. Le 18 septembre 2023, à l'occasion du conseil municipal de rentrée, de nouveaux critères ont été votés liés aux subventions versées aux associations sportives de la ville. À présent, les clubs qui verront s'inscrire des personnes non-binaires* recevront une subvention plus importante que pour l'inscription d'hommes binaires.

Déjà instaurée pour l'inscription des femmes dans ces clubs depuis plusieurs années, cette mesure vient renforcer l'objectif de la municipalité de poursuivre une valorisation du sport pour tous à Rennes.  "Pour les femmes, on part du constat qu'elles sont moins nombreuses que les hommes à faire du sport. Donc, on donne, depuis des années, un coefficient plus important quand des femmes adhèrent à un club. Pour les personnes non-binaires, c'est la même chose. Certaines associations sportives nous avaient manifesté lors de réunions leur souhait d'une meilleure inclusion des personnes non-binaires dans le sport. Ça n'avait choqué personne," souligne Frédéric Bourcier.

Et selon l'élu, il peut être parfois difficile pour ce public de s'inscrire dans un club de sport. Il irait ainsi de soi que "ces clubs aient des moyens à disposition pour faire ces efforts d'accompagnement".

Des réactions mitigées

Du côté des clubs, les avis sont mitigés. Gyslaine Guillard, responsable administrative de l'ASPTT, trouve que de donner la possibilité aux personnes non-binaires de se déclarer sur les fiches d'inscription, "c'est une bonne idée, mais ça risque d'être stigmatisant". Elle déclare : "Je ne suis pas sûre que toutes les personnes non-binaires aient envie de le faire savoir". Selon elle, "le regard des gens n'est pas encore bienveillant à ce sujet, d'autant plus si leur prise en charge est différente que pour les autres".

Nathalie Guitton, présidente du club REC volley, s'interroge sur la mise en œuvre du procédé. "Les gens qui veulent s'inscrire à notre club s'inscrivent pour des championnats non mixtes. Même si les personnes non-binaires cochent la case "neutre" à l'inscription administrative, elles devront bien choisir une équipe fille ou garçon pour les matchs", témoigne la présidente du club. Se pose également la question des infrastructures : "Pour le moment, nous n'avons pas de vestiaires non-binaires adaptés non plus".

"Si les entraîneurs sont au courant, pour moi, ça permettra au contraire de briser cette gêne"

Geoffrey Lemaire, président de l'association GLS

Pour Geoffrey Lemaire, président de l'association sportive GLS, "c'est dramatique d'entendre que cette mesure va poser des problèmes et va soi-disant stigmatiser les personnes non-binaires". Selon lui, "s'il y a encore des personnes qui ont peur de dire à Rennes qu'elles se considèrent comme non-binaires dans des clubs, c'est problématique". Le président de cette association ouverte plus particulièrement aux LGBTQ+, pense au contraire que "ce genre de réaction motive encore plus qu'il faille mettre en place ces décisions politiques, car cela veut dire qu'il y a encore du mal-être dans le sport pour cette minorité".

Au sein de son club, Geoffrey Lemaire raconte que certaines personnes non-binaires avaient été gênées de demander au personnel de l'enceinte de s'adresser à elles avec le bon pronom, quand il pouvait y avoir des erreurs. "Si les entraîneurs sont au courant, pour moi, ça permettra au contraire de briser cette gêne et de suivre le souhait de la personne. Quand on nous demande notre prénom, personne n'aimerait qu'on nous appelle par un prénom différent, n'est-ce pas ?"

Des débats qui "n'ont pas lieu d'être"

Cette annonce n'est pas passée inaperçue sur la toile. Reprises par la presse nationale, les réactions ont parfois été vives sur les réseaux sociaux.

Une attitude surprenante pour certains clubs. "On a du mal à comprendre pourquoi ça s'énerve autour de ça. On souhaite simplement prendre en compte ce public, comme on prend en compte tout public. D'ailleurs, on n'a pas attendu la délibération de la mairie pour s'intéresser à ce sujet. Je ne comprends pas pourquoi ça a fait un tel raffut", s'étonne Roman Pons, président du club de la Tour d'Auvergne.

Ce dernier l'assure : "On ne va pas marquer les personnes non-binaires comme étant à part. Ce serait la pire des discriminations. C'est dans l'air du temps, ça n'a pas à faire de débat". 

Selon Frédéric Bourcier, "peut-être que les gens s'affolent car c'est nouveau, ça bouscule nos systèmes de représentation". Ailleurs dans le monde, comme dans les "pays scandinaves ou l'Allemagne", cela fait "bien longtemps que ce genre de dispositifs est en place".

"Peut-être que ça doit commencer par là pour faire avancer les choses"

Geoffrey Lemaire

"À titre personnel, ça ne me surprend pas", avoue Geoffrey Lemaire. "Je ne pensais pas que ça allait être le sujet du moment dans le sport et les subventions. J'ai l'impression que c'est la première fois que les gens s'intéressent autant aux associations sportives", ironise-t-il. Le président de l'association GLS considère que permettre aux clubs de mieux accueillir les minorités "ne devrait pas faire autant de bruit, ça devrait être naturel".

Pour le président de l'association GLS, pouvoir cocher le genre par lequel on se définit, ne serait-ce que pour un formulaire administratif, constitue "une première étape". "C'est la première marche. C'est symbolique, mais peut-être que ça doit commencer par là pour faire avancer les choses" estime-t-il.

"Le sport, c'est l'émancipation, l'acceptation de soi, de son corps. C'est important pour tout le monde, pour la santé physique, et mentale" conclut-il.

*Non-binarité est un terme générique utilisé en sciences sociales et dans le lexique LGBT+ pour catégoriser les différentes identités de genre non binaires ou genderqueer qui ne s'inscrivent pas dans une norme binaire, c'est-à-dire que les personnes non binaires ou genderqueer ne s'identifient ni strictement homme, ni strictement femme, mais entre les deux, un mélange des deux, ou aucun des deux.