Plan de lutte contre le harcèlement scolaire. "Six ans ont passé, mais rien n’a changé" : les associations de victimes restent sceptiques

Après la mort de Lindsay en mai dernier, celle de Nicolas début septembre, le plan de lutte contre le harcèlement scolaire est présenté ce 27 septembre. Le ministre de l’éducation Gabriel Attal en a déjà dévoilé les grandes lignes, confiscation du téléphone portable des harceleurs, bannissement des réseaux sociaux, création de brigades dédiées dans chaque rectorat. "La peur doit changer de camp" répète le ministre. Les associations de victimes attendent de voir.

"On le traitait de gros, de pédé. On le bousculait". Le 17 avril 2017, après quatre années de harcèlement, Christopher s’est donné la mort, à son domicile en Bretagne.

Sa mère, Sandrine, a découvert ce qu’il avait subi quelques jours plus tard en ouvrant son ordinateur. Il vivait l’enfer au collège, puis l’enfer sur les réseaux sociaux. Avant de se suicider, il a laissé un message à ses agresseurs, "à tous ceux qui m’ont fait du mal, Ciao ! Vous ne me verrez plus ! "

"Six ans ont passé, mais rien n’a changé", déplore Sandrine Fallais. Avec une autre maman d’élève harcelée, elle a fondé l'association Marcelment pour lutter contre ces comportements.

A chaque fois qu’un jeune met fin à ses jours, on revit ce que notre enfant a vécu, ce que nous-mêmes nous avons vécu

Sandrine Fallais

La mère de Christopher se dit fatiguée, lasse d’entendre les histoires dramatiques qui se répètent, de savoir que des enfants souffrent et se donnent la mort. "A chaque fois qu’un jeune met fin à ses jours, on revit ce que notre enfant a vécu, ce que nous-mêmes nous avons vécu."

Lindsay en juin, Nicolas en septembre… "Ce qui nous agace, c’est qu’au lendemain de chaque décès, le pays semble découvrir le harcèlement. Alors qu’en fait, rien n’est mis en place. A part pleurer à la télé, dire qu’on va mettre des choses en place, rien n’est fait."

Lire : Harcèlement scolaire. Une heure de prévention. "Si on avait fait quelque chose, ces enfants seraient encore en vie".

Un énième plan de lutte contre le harcèlement

Ce 27 septembre, le plan de lutte contre le harcèlement est dévoilé. Elle ne croit guère aux annonces du ministre de l’éducation. "Retirer les téléphones portables des harceleurs, c’est impossible !" résume-t-elle d'un mot. "Comment faire ? Il faudrait d’abord identifier les harceleurs… il va falloir créer des postes", prévient-elle. Aujourd’hui, selon les chiffres, on estime qu’entre 800 000 et million d’élèves sont victimes de harcèlement.

"Retirer un portable ? Non !  Ni le gouvernement, ni les gendarmes ne peuvent s’immiscer dans la vie des familles". Ewann Delaunay, président et fondateur de Jeunesse France Harcèlement partage son scepticisme. Entre ses 6 et ses 12 ans, le jeune homme a subi coups, insultes et vexations. Comme il préférait la compagnie des filles, on le traitait de "tafiole". Un jour, au collège, on a tenté de le tuer. Il a décidé qu’il ne pouvait plus se taire et a porté plainte.

"Ca m’a sauvé la vie", confie aujourd’hui Ewann. Mais il a fallu que je change d’école !"

Le harceleur contraint de chancher d'établissement

Le plan de lutte contre le harcèlement prévoit que cela change. Que ce soit désormais le harceleur qui quitte l’école, et non plus le harcelé ! Ewann peine aussi à croire en la mesure. "Cela a pourtant un côté double peine pour les victimes, non seulement on a souffert, mais en plus il faut partir. Mais le harcèlement, c 'est souvent l'affaire d'un petit groupe. Comment on fait ? On les met dans plein d'écoles différentes ? Et comment on fait quand il y a un seul collège ?"

"Et puis, interroge Sandrine Fallais, si on se contente de changer le harceleur d’école, on ne fera que déplacer le problème. Qu’est ce qui va se passer ? Il va harceler un autre enfant dans un autre établissement."

"Nous recevons régulièrement des appels de familles qui nous racontent que le harceleur est réintégré dans l’établissement après le conseil de discipline, témoigne-t-elle, et que rien n’est fait pour protéger sa victime."

Lire : Harcèlement scolaire. "A l'école, il y a Gautier ", le clip de la petite école bretonne qui a ému l'Education Nationale.

Des plaintes classeés sans suite

Les plaintes d’Ewann, comme celle des parents de Christopher ont été classées sans suite."Il n’y a jamais eu une seule condamnation pour des faits de harcèlement scolaire. Aucune, insiste Sandrine Fallais. Ni d’un harceleur, ni d’un directeur d’établissement. Tant qu’un cas de harcèlement ne sera pas arrivé dans une salle de tribunal, ça continuera." Le harcèlement scolaire est pourtant un délit depuis le mois de février 2022. 

Ewann Delaunay a été reçu par la première ministre Elisabeth Borne. "Nous ce que l’on souhaite, c’est que tous les professeurs principaux et que tous les délégués de classe soient formés à la lutte contre le harcèlement scolaire et qu’ensuite tous les élèves soient informés. On veut du concret, il y a urgence."

"Il aurait fallu que le plan s’intéresse aussi aux victimes, regrette Sandrine Fallais, qu’elles puissent être aidées à se sortir de ce mauvais pas, aidées pour se reconstruire. Il faut que l’on entende leurs voix. Quand les enfants ne se sentent pas écoutés, ils n’osent plus parler, plus faire confiance et se taisent.

Il faut que les choses changent, et vite conclut-elle. C’est la vie de nos enfants qui est en jeu."

Un numéro vert est disponible pour toute personne susceptible de rencontrer des difficultés en milieu scolaire : le 3020.

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