Témoignage. "On est passés de la stupéfaction à l’horreur indicible, sans perspective aucune". Deux Bretons bloqués en Cisjordanie racontent

Publié le Écrit par Maylen Villaverde

Dominique et Joëlle étaient partis en Palestine pour participer à la cueillette d’olives et de raisin. Ces deux militants de l’association France Palestine Solidarité sont aujourd’hui bloqués en Cisjordanie et témoignent de la situation.

Voilà près de 30 ans que Joëlle et Dominique connaissent la Palestine. Ces deux Bretons, habitant près de Rennes, sont les cofondateurs du comité rennais de l’association France Palestine Solidarité.

Depuis 2001, ils proposent aux adhérents de l’association de participer à la cueillette des olives auprès des paysans palestiniens menacés d’expropriation. Un travail agricole qui doit se faire en octobre et novembre.

Cette année, le voyage a tourné au cauchemar.

La sidération après les massacres du 7 octobre

En tant que co-organisateurs de la mission, Joëlle et Dominique, sont partis les premiers, tout début octobre. Ils étaient dans le sud de la Cisjordanie, près de Hébron, quand le massacre du 7 octobre a eu lieu.

"Nous avons appris ce qu’il se passait par des amis palestiniens qui revenaient de Jérusalem. Ça a été un moment de sidération, raconte Dominique. Notre première réaction, et celle de nos hôtes, a été : ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible de faire cela à des enfants, des femmes, des vieux ! ".

Pour le groupe d'amis, les horreurs du 7 octobre viennent rallonger la liste des crimes et exactions commis dans la région depuis près de 70 ans

La stupéfaction a vite laissé place à l’inquiétude et la gestion du quotidien. Car l’armée israélienne s’est rapidement déployée dans toute la Cisjordanie, et a bloqué l’ensemble des accès routiers.

Tension extrême et répression en Cisjordanie

Joëlle et Dominique se trouvent actuellement chez des amis à Ramallah, ville située au nord de Jérusalem. C’est là qu’ils sont bloqués depuis l’annulation des vols d’Air France depuis Tel Aviv.

Au fil des jours et des semaines, les deux Bretons ont vu la répression se durcir, et les tensions monter. "Au cours de la troisième semaine, on a vu les jeeps et les bulldozers israéliens venus obstruer les routes et chemins. Les entrées et sorties des villes et villages sont bloquées. Il n’y a plus moyens de rejoindre un village voisin ou une grande ville, ce qui rend le quotidien très difficile " relate Dominique.

Les paysans ne peuvent plus se rendre sur leurs terres, et les marchandises ne peuvent plus circuler. Ces derniers jours ils ont vu des commerçants prendre d'énormes risques pour aller chercher de la marchandise à Jérusalem. Un trajet qui prend 7 ou 8 heures pour 50 kms et dont l'issu peut être fatale.

Depuis début octobre, 7 adultes et un enfant ont été tués par les Colons. Selon l’ONU ce sont 135 palestiniens dont 42 enfants qui ont été tués en Cisjordanie par l’armée Israélienne 

Dominique, militant des droits de l'homme

Mais les tensions croissantes entre les Palestiniens d’un côté, l’armée et les Colons israéliens de l’autre, font craindre le pire à chaque instant. "L’ordre a été donné de tirer à vue sur les gens qui approchent des axes routiers, et Ben Gvir, le ministre de l’Intérieur israélien d'extrême droite, a distribué 20.000 armes de guerre aux Colons" s’indigne l’ancien professeur d’arts plastiques.

"Depuis début octobre, 7 adultes et un enfant ont été tués par les Colons, et selon l’ONU, 135 Palestiniens, dont 42 enfants ont été tués en Cisjordanie par l’armée israélienne" détaille encore le militant des droits de l’Homme, qui rappelle que depuis le début de l’année ce sont 382 Palestiniens qui ont été tués.

Des bombes, des tirs et des bombardiers

Compte tenu des tensions extrêmes et des risques, Joëlle et Dominique limitent leurs sorties et passent leur temps à s’informer de l’évolution de la situation, auprès des habitants, des médias arabes, israéliens et internationaux. Mais le quotidien reste éprouvant.

"Nous voyons des images de bombes qui explosent en direct à la télévision et quelques minutes après nous entendons les bombardiers qui passent au-dessus de nos têtes. Il y a quelques jours, des tirs ont éclaté non loin d’ici " racontent les deux Bretons. " Finalement, la nuit, quand on arrive à s’endormir, c’est le silence qui nous réveille " témoignent-ils, déconcertés.

Gaza c’est deux fois plus petit que Rennes Métropole, et la Cisjordanie c’est comme l’Ille-et-Vilaine

Joëlle, membre de France Palestine Solidarité

Alors, ils s’occupent à récolter des informations et à les transmettre à leurs amis et contacts en France. Une façon, pensent-ils, de donner du sens à leur séjour forcé.

"Il faut que le monde sache ce qu’est la vie des Palestiniens aujourd’hui" estime Joëlle, qui rappelle que 25.000 tonnes de bombes ont été lâchées sur Gaza en moins d’un mois. "Gaza, c’est deux fois plus petit que Rennes Métropole, et la Cisjordanie, c'est comme l’Ille-et-Vilaine ! " précise l’ancienne institutrice.

En restant actif, les deux retraités militants, évitent de trop réfléchir au présent et au futur. Ils avouent penser souvent à ces enfants palestiniens qu'ils ont accueillis en Bretagne il y a des années. Sont-ils morts ? La question restera sans réponse.

"Cette situation a de quoi rendre fou. On est passés de la stupéfaction à l’horreur indicible sans perspective aucune. Résume Joëlle. Mais nous, nous n’avons pas le droit de craquer ici "...

Pas de paix possible sans respect du droit international

Quant à l'avenir, leur vision de la situation est claire "tant que le droit international ne sera pas appliqué, tant que les Palestiniens seront victimes de l'appartheid, la paix ne sera pas possible dans cette région du monde."

Les deux bénévoles de France Palestine Solidarité, attendent désormais des nouvelles du Consulat français pour savoir, comment et quand ils pourront rentrer en France. Leur association prévoit d’organiser un moment de rencontre pour que Joëlle et Dominique puissent témoigner de ce qu’ils ont vécu.

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