TEMOIGNAGE. Quatre ans après une sévère crise cardiaque, Arnaud s'attaque au Marathon de Paris. De tout son coeur.

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Ce dimanche 3 avril, comme des milliers d’autres participants au Marathon de Paris, Arnaud Fay accrochera son dossard sur son tee-shirt puis se rendra sur la ligne de départ. Cela fait cinq ans qu’il attend ce moment. En 2017, alors qu’il était déjà inscrit pour la course mythique, il s’est écroulé sur la ligne d’arrivée d’une autre épreuve sportive. Mort subite ressuscitée. Il a repris l’entrainement et cette année il va courir pour aider la recherche médicale.

Le 8 octobre 2017, Arnaud Fay est sur la ligne de départ de Tout Rennes court. Il a 36 ans. Sportif affuté, il joue au foot depuis qu’il a 5 ans et court régulièrement. Il s’élance donc confiant pour les 21 kilomètres. Pour lui, c’est presque une formalité. Arnaud s’est déjà inscrit pour le marathon de Paris qui doit avoir lieu le 8 avril 2018.  

Le trou noir

La course se déroule parfaitement. Arnaud avance à son rythme, il ne ressent rien de particulier.  Et puis, devant lui, la ligne d’arrivée. Arnaud la franchit, arrête le chronomètre à son poignet et s’écroule subitement. Son cœur ne bat plus.

Arnaud ne se souvient de rien. C’est le trou noir.

Par chance, une équipe médicale se tient juste derrière la ligne. Elle commence immédiatement un massage cardiaque en attendant l’arrivée d’un défibrillateur et réussit à faire repartir le cœur d’Arnaud. Le jeune sportif revient à lui.

Je suis un mort ressuscité, ça fait bizarre de dire cela

Arnaud Fay

 

"Les médecins m’ont dit que j’avais une chance sur dix de m’’en sortir !"  confie-t-il.

 Arnaud est immédiatement transporté à l’hôpital en soins intensifs pour subir des examens. "Et puis quelques semaines après, je suis sorti et on m’a dit, reprenez une vie normale ! Ça a été très compliqué " se souvient-il.  

165 battements par minute

"Ma grande hantise, c’était de ne plus pouvoir faire de sport. Je faisais un peu de marche mais j’étais vite essoufflé." Sur les conseils de la chirurgienne, Arnaud s'inscrit pour faire de la réadaptation cardiaque. et petit à petit, il recommence à trottiner, puis à trotter, puis à courir. Il a désormais un défibrillateur. 

"Au début, je ne devais pas dépasser 165 pulsations par minutes, maintenant, je dois faire attention à ne pas monter dans le rouge, mais je peux participer au Marathon de Paris. Les médecins sont d’accord. Cinq ans après, cela boucle la boucle ! C’est un aboutissement."    

"Je suis vivant mais je ne sais pas pourquoi" 

Chaque année en France, 1 000 personnes décèdent en pratiquant un sport. Plus de 100 sportifs, professionnels, ou amateurs de moins de 35 ans, meurent d'un arrêt cardiaque. Deux morts par semaine.

Arnaud est vivant, mais ne sait pas pourquoi son cœur s’est soudain mis à dérailler. "J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé "analyse-t-il. "J’ai rencontré des gens qui ont perdu un être cher, un fils, un mari, un frère. C’est terrible pour eux de ne pas savoir ce qui est arrivé à leur proche."

  Un marathon du cœur

 Arnaud Fay va donc courir pour récolter des fonds pour le projet Résoudre. Un projet porté par la Fondation Coeur & Recherche

"Dans 40% des cas d’arrêts cardiorespiratoires des jeunes sportifs, explique le professeur François Carré, cardiologue au service du sport au CHU de Rennes, on ne trouve pas la cause de ces arrêts du cœur. On constate malheureusement que le cœur a déraillé mais on ne sait pas l’expliquer et effectivement, pour les familles, c’est très difficile à comprendre. Il était jeune, il était sportif et il s’est effondré ! Nous devons leur donner des réponses."

Arnaud courra donc sous les couleurs de Cœur et Recherche. Le projet Résoudre a été estimé à 500 000 euros sur deux ans. "Nous souhaitons faire intervenir les médecins de réanimation qui prennent en charge ces morts subites. Puis si les personnes ne sont pas réanimées, il faut faire des autopsies et des analyses génétiques et si elles sont revenues à la vie faire aussi des analyses génétiques pour mieux connaitre les causes et ainsi prévenir et informer les enfants des éventuels risques que l’on aurait identifiés. "

"Ainsi, souligne le médecin, la mort subite du sportif ne se limitera pas à une fin mais sera aussi un espoir pour éviter d’autres accidents dans sa famille." 

Des gestes qui sauvent

En foulant le bitume parisien, Arnaud Fay souhaite également attirer notre attention sur les gestes de premiers secours. Il s’est effondré au pied des médecins, mais ne peut pas s’empêcher de se demander ce qui se serait passé si son malaise était survenu quelques minutes plus tôt, sur le parcours de la course. "Le temps que les secours interviennent, y avait –il au bord de la route une personne qui savait faire un massage cardiaque ? "

Le professeur Carré acquiesce. "Une étude a été menée : quand une personne fait un arrêt cardiorespiratoire en pratiquant un sport, dans 90% du temps, il y a un témoin de son malaise. Quand le témoin agit et qu’il y a un défibrillateur à proximité, dans plus de la moitié des cas, le patient est réanimé. Si le témoin n’intervient pas, les chances de réanimation chutent à 4 %. "

Arnaud ne sait pas encore exactement ce qu’il ressentira en enfilant ses baskets et son short dimanche, mais il est vivant, il va courir le Marathon de Paris, défendre des causes et c’est déjà une victoire !