"De l'or, des métaux rares, on ne s'attendait pas à ce genre de demande", une compagnie minière cible quatre communes du Morbihan

Kervignac, Languidic, Nostang et Hennebont viennent de recevoir la visite d'une société minière canadienne. L'entreprise basée à Toronto a déposé auprès de la préfecture une demande de "permis exclusif de recherche" pour étudier les sous-sols.

"C'est une surprise totale par rapport à notre territoire car on ne s'attendait pas à être concernés un jour par cette demande de permis minier". Jean-Pierre Gourden, maire de Nostang depuis 16 ans, est encore stupéfait. "On a cru que c'était une blague" ajoute Michèle Dollé, la maire de la commune d'Hennebont.

En février dernier, tout comme les maires de Kervignac et Languidic, ils ont reçu un invité inattendu : le porteur de projet de la société "Breizh Ressources", elle-même propriété d'Aurania Resources Limited. Depuis 39 ans, son patron Keith Barron gère des explorations minières dans près de 20 pays. Ses cibles : l'or, mais aussi des métaux rares comme le lithium, l'argent, le cuivre, l'antimoine ou encore le platine et les terres rares.

"Des recherches à l'aide de drones et d'hélicoptères"

Cette rencontre a été programmée pour expliquer les démarches de la société minière. En novembre dernier, elle a déposé, auprès de la préfecture du Morbihan, une demande de "permis exclusif de recherche" (PER). C'est le premier pas indispensable avant d'entamer toute exploration des sous-sols

"On nous a dit que c'est un permis de recherches avec des drones, des hélicoptères et des petits sondages de terrain qui pourront à terme permettre de faire des forages plus importants sur une centaine de mètres" explique le maire de Nostang. Après cette première visite, une seconde a eu lieu début avril, cette fois avec les quatre conseils municipaux.

Un communiqué de la préfecture, rendu public le 6 avril 2024, indique que le code minier français prévoit "différentes démarches comme la consultation du public ainsi que les enjeux environnementaux avant d'aboutir à l'exploitation éventuelle de ressources."

Je pense qu'il y avait des ressources en or en ancienne Gaule dont on a perdu la trace

Keith Barron

Pdg "Breizh Resources" et "Aurania Resources Limited"

De son côté, Keith Barron, le Pdg d'Aurania Resources Limited, ne cache pas ses espoirs. Dans un entretien filmé, il dévoile une pièce unique qu'il tient dans ses mains : un morceau de roche avec en surface, de multiples éclats d'or.

Ce morceau de quartz  a été retrouvé à Languidic en 1875 par des cantonniers qui réparaient un chemin. "Ce caillou de 3,5 kg contient près de 500 grammes d'or, cela fait 460 grammes à la tonne. C'est incroyable" s'enthousiasme Keith Barron.  Un trésor géologique qui, selon lui, serait la preuve de la présence d'or dans le pays et plus spécialement en Bretagne.

Il indique aussi avoir réalisé de nombreuses recherches dans les archives françaises. Des recherches qui l'ont mené sur les traces de Jules César et de ses Guerres des Gaules entre 58 et 52 avant JC. "Jules César a fait la guerre contre de nombreuses nations gauloises et il en est revenu très riche, dit-il. Je pense qu'il y avait des ressources en or en ancienne Gaule dont on a perdu la trace."

L'entrepreneur ne sait pas où précisément peut se situer ce trésor mais est bien décidé à le trouver. "On va travailler avec les autorités françaises et j'espère qu'on en trouvera bien plus que ce que j'ai dans la main."

Le chercheur d'or canadien est aussi à l'affût de lithium ou encore de d'antimoine. "Ce sont des minerais qu'on va chercher en Russie par exemple. Le président Macron a lancé un grand plan pour les batteries électriques alors il faudra du lithium et des métaux rares" conclut-il dans cet entretien filmé.

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La Bretagne, une terre aurifère 

L'or a déjà fait parler de lui en Bretagne notamment dans la région de Kervignac. Jacques Le Queré est l'un des plus grands connaisseurs du précieux minerai en Bretagne. Il est aussi le dernier chercheur d'or de la région. Pendant ses 10 ans de recherches, il a pu mettre au jour plus de 2 kg d'or.

Cette demande de permis minier ne le surprend pas. "Il y a un triangle de l'or en Centre-Bretagne du côté de Pontivy, Loudéac et Mûr de Bretagne, souligne-t-il. Mais c'est ce qu'on appelle de l'or alluvionnaire".

Jacques Le Queré évoque aussi "l'or en filon". De l'or qui est présent dans les filons de quartz né de bouleversements géologiques importants. "Je sais qu'il y a une grande ligne de quartz qui passe sous Languidic et sous le Blavet, indique-t-il. C'est une grande veine. Alors, est-ce que c'est dans celle-là qu'il y a de l'or ?".

Les filons d'or sont souvent aussi les révélateurs de la présence d'autres métaux précieux. Une présence que les élus des communes morbihannaises prennent avec beaucoup de précaution.

Quant à une éventuelle exploitation, la réponse des élus est claire. "Je suis plus que réservée, car cela risque de générer d'importants problèmes d'environnements" lance Michèle Dollé, la maire d'Hennebont.

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Seulement, l'avis des élus n'est que consultatif. Seul l'État aura le dernier mot en sachant que les métaux rares sont de plus en plus indispensables pour l'électronique ou l'informatique. Autre élément non négligeable, le prix de l'or a connu une augmentation de 500 % en 20 ans.