Elections régionales en Bretagne. L'alliance surprise de Daniel Cueff, une "trahison" pour la plupart de ses colistiers

L'alliance de l'écologiste Daniel Cueff avec Loïg Chesnais-Girard pour le second tour des élections régionales a surpris surtout ses principaux colistiers, qui ne s'y retrouvent plus. Entre autres Olivier Roellinger, Anne Quéméré et Jean-Luc Bleunven ont décidé de quitter le navire.

Au lendemain du premier tour des élections régionales en Bretagne, les listes du socialiste Loîg Chesnais Girard et de l'écologiste Daniel Cueff fusionnent - 21 juin 2021
Au lendemain du premier tour des élections régionales en Bretagne, les listes du socialiste Loîg Chesnais Girard et de l'écologiste Daniel Cueff fusionnent - 21 juin 2021 © B. Van Wassenhove - FTV

La décision d'Anne Quéméré, n'a pas tardé. A peine l'annonce de l'alliance de l'écologiste Daniel Cueff au socialiste Loïg Chesnais-Girard pour le second tour des élections régionales en Bretagne, la navigatrice, tête de liste de "Bretagne ma vie" dans le Finistère, a fait savoir via Facebook qu'elle se retirait de la liste, "fidèle à ma volonté de ne m’associer à aucun parti politique, et suite à l’accord passé par Daniel Cueff".

 

Colère et amertume

Depuis Chypre où elle est en tournage d'un documentaire sur le climat, Anne Quéméré, "encore sous le choc", ne cache pas son incompréhension : "Notre position à Bretagne ma vie était claire dès le début, nous étions une liste non-partisane et en cas de second tour, aucune coalition n’était envisagée à moins d’une forte menace du RN. Cette menace n’existe pas aujourd’hui, je ne comprends donc pas le choix de Daniel Cueff qui ces derniers jours encore reprochait les petits arrangements entre partis. Je quitte le navire Bretagne ma vie et n’ai aujourd’hui aucune réponse aux questions que nous sommes nombreux à nous poser. Je lis beaucoup de colère, d’amertume et de sentiment de trahison chez de nombreux colistiers." 

Ce mardi matin, c'est une autre "figure" de la liste, connue du grand public, qui annonçait également son retrait. Via Twitter, le chef cuisinier de Cancale Olivier Roellinger met en avant la même raison que la navigatrice finistérienne pour justifier son départ : le fait que Daniel Cueff ne soit pas resté sur sa ligne de conduite. "L’engagement de ne pas fusionner était clair" écrit-il.

 

Une alliance vécue comme une trahison 

Ainsi, pour Jean-Luc Bleunven, divers gauche, présent sur la liste Bretagne ma vie, avec l'ambition de "faire de la politique autrement, en dehors des partis politiques", la déception est grande.

Comme beaucoup de personnes sur la liste, on a l'impression de s'être fait avoir.

Jean-Luc Bleunven, membre de Bretagne ma vie

Pour l'ancien député DVG du Finistère et ancien maire de Plabennec, "la question de la fusion et du ralliement de Daniel Cueff à Loïg Chesnais-Girard s'est décidée en dehors de tout débat qui aurait dû avoir lieu, car nous sommes dans la volonté de faire les choses différemment. Or, là, ça s'est fait à l'ancienne, donc c'est insupportable".

Même si Jean-Luc Bleunven conçoit que des décisions doivent être prises en très peu de temps, il regrette fortement que "la décision n'ait pas été débattue".

Selon lui, la décision non concertée de l'alliance est mal vécue par une majorité des membres de la liste Bretagne ma vie, et ils sont nombreux "à faire savoir leur désaccord et s'en vont". Et d'ajouter : "Tous ceux qui sont venus avec l'esprit de changer la politique, ont le sentiment de s'être fait piégés".

A la question de savoir si cette alliance est vécue comme une trahison, l'ancien député répond juste "quand on voit que tout le monde s'en va, on n'en est pas loin".

Une autre colistière se dit un peu perdue. Après avoir cru en "cet homme indépendant", elle avoue ne pas comprendre ce revirement et "ne plus trop savoir pour qui voter au second tour".
 

Daniel Cueff, l'écolo sans parti, plus politique qu'il n'y parait

L'accord trouvé entre Daniel Cueff et Loïg Chesnais-Girard pour le second tour des élections régionales remet en selle l'écologiste. Au-delà des six à huit places négociées sur la liste de fusion et des quelques éléments de programme non-négociables (un engagement fort pour la mer et le breton et contre la misère et les pesticides) inscrits dans le nouveau projet commun, cette alliance va permettre à Daniel Cueff d’exister au sein du futur Conseil régional en cas de victoire.

Un siège au Conseil régional que Daniel Cueff connaît pour l'avoir occupé de 2010 à 2015, comme délégué à l'écologie urbaine et au foncier, appartenant ainsi à l'exécutif régional. Co-fondateur de Bretagne Ecologie en 2009, il avait fait le choix en 2010 avec certains écologistes de se positionner dès le premier tour sur la liste du candidat favori, Jean-Yves Le Drian, ce dernier refusant à l'époque toute alliance avec la liste d'Europe Ecologie Les Verts entre les deux tours, créant ainsi un clash.

Durant toute la campagne électorale de ce premier tour passé, Daniel Cueff, s'est présenté comme l’homme anti-partis, disant à qui voulait qu'il ne s'allierait pas et qu'il ne donnerait pas de consignes de vote. Il fustigeait même l'accord de fusion souhaité par la candidate EELV-UDB Claire Desmares-Poirrier avec Loïg Chesnais-Girard. Suite à l'alliance de sa propre liste avec ce même Loïg Chesnais-Girard, Daniel Cueff, l'ancien maire de Langouët (35) de 65 ans devenu populaire avec son combat anti-pesticides, justifiait ainsi son choix : "Notre projet politique ne disparaît pas. Il est conforté par cette alliance. Nos propositions sont acceptées, validées. Nous sommes dans une synergie. Comment louper cette chance historique ? On a une proposition fraternelle, comment la refuser ?"

Des propos et une position politique que de nombreux colistiers et électeurs ne partagent pas au lendemain de cette fusion. Un sentiment de trahison qui peut laisser des traces et changer la donne au second tour.

 

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