Nouveau tracé du futur tram de Tours : les arbres du boulevard Béranger sauvés

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Écrit par Thomas Hermans avec Benoît Bruère et Philippe Tanger

Les 22 maires de la métropoles de Tours ont approuvé, à l'unanimité, l'étude d'un nouvel itinéraire pour la future ligne de tram B par le boulevard Jean-Royer ce 20 juin. L'objectif : sauver des platanes. Le prix à payer : une efficacité moindre.

Serait-ce enfin la fin des polémiques botaniques ? Ce lundi 20 juin, les 22 maires de la métropole de Tours ont tranché : les arbres du boulevard Béranger vivront, et les rails du futur tram B devront s'implanter boulevard Jean-Royer. 

La future ligne B commençait de plus en plus à prendre des airs de serpent de mer, butant sur les racines des platanes du mail du boulevard Béranger. C'est là que le tram devait passer, dans le scénario privilégié par la municipalité depuis 2018. Plantés au XVIIe siècle en plein cœur du centre-ville, les alignements sont protégés par plusieurs textes de loi, mais aussi et surtout par l'attachement "des Tourangelles et des Tourangeaux" pour le "patrimoine arboré" de la ville, a expliqué le maire EELV Emmanuel Denis en conférence de presse ce lundi soir. Tellement attachés que l'édile avait reçu, en octobre 2021, des menaces de mort faisant référence aux dits arbres.

2 millions d'euros pour de nouvelles études

Élu en 2020, il avait fait de l'abattage des platanes sa ligne rouge pour la réalisation du tronçon ouest de la ligne B, en direction de La Riche depuis le centre-ville. Une ligne rouge franchie avec l'avis de trois experts, présentés hier aux maires de la métro : "Il y a une problématique sanitaire, un risque d'asphyxie hydrique et un risque sur l'implantation racinaire" des platanes, a listé Emmanuel Denis.

Autant d'éléments qui ont convaincu les élus de s'accorder, à l'unanimité, sur la nécessité de faire du boulevard Jean-Royer le nouveau barreau de connexion entre le tronçon ouest et le tronçon sud-est, en direction de Chambray et de l'hôpital Trousseau. "Cette solution coche toutes les cases : elle permet la construction de la ligne complète, qui relie les deux hôpitaux, et qui assure les financements parce qu'il n'y aura pas de surcoût", se réjouit le maire de Tours.

Seules dépenses -a priori- supplémentaires à engager : 2 millions d'euros à dégager pour de nouvelles études de faisabilité, et trouver, vite, les fonds nécessaires. "Les taux vont augmenter, donc il est urgent de le faire maintenant", explique le vice-président de la métropole chargé des mobilités, également maire de La Riche, Wilfried Schwartz. Car, le sort des platanes sur toutes les lèvres, les projets d'emprunts avaient été suspendus.

À la recherche du temps perdu

Objectif désormais pour la métro : avancer, après des années de retard pour une ligne annoncée pour 2025. L'avantage, c'est que "la première concertation publique avait été faite avec l'alternative [par Jean-Royer]", précise Emmanuel Denis, évoquant la possibilité d'un "gain de temps" avant le rendu des études de faisabilité.

La consultation préalable avait effectivement évoqué de passer par le boulevard Jean-Royer, mais ne l'avait finalement gardé que comme plan B. "L'efficacité de la ligne sera nettement moindre, c'est assuré", prédit Vincent Degeorge, président de l'ADTT (Association pour le développement des transports collectifs en Touraine). "C'est pour ça que la consultation avait choisi Béranger.

Car le boulevard Jean-Royer est 1 km plus au sud que les platanes menacés, soit 1 km plus loin des Halles, de Clocheville, du centre-ville de manière générale. D'autant que la ligne B devait, au départ, partager les rails du tram A entre la station Verdun au sud et la place Jean-Jaurès.

"Une décision qui n'a aucun sens"

En passant par Jean-Royer, la ligne évitera le quartier Grammont, la gare, et ne s'approchera jamais du Vieux Tours. Pour Christophe Bouchet, maire (Parti radical) de Tours jusqu'en 2020, "c'est une décision qui n'a aucun sens" :

Le principal point d'arrivée à Tours, c'est la gare. Le principal employé, c'est Trousseau. Il faut faire une ligne qui va de la gare à Trousseau. Point.

Christophe Bouchet, ancien maire de Tours

Car, avec ce nouveau scénario, la ligne imposera une rupture de charge -un changement de la B vers la A- aux usagers souhaitant se rendre en centre-ville. Et, "on le sait, la majorité des trajets de Fil Bleu se font depuis ou vers le centre-ville", explique Vincent Degeorge de l'ADTT. L'association souhaite donc que "le changement à Verdun soit le plus rapide possible". Pour les usagers du sud-est, mais peut-être surtout ceux venant de l'est. Car relier le centre depuis La Riche demanderait, par le tram, de faire une coudée importante vers le sud, pendant que des bus circuleraient toujours sur le boulevard Béranger. "Si le temps de parcours est équivalent entre tram et bus, la ligne perdra son potentiel de voyageurs", prédit le président de l'ADTT. Avec la nouvelle hypothèse, la ligne viserait plutôt 40 000 passagers par jour, contre 50 000 par Béranger.

Entre béton et bitume

D'autant que le boulevard Jean-Royer présente, en soit, son lot d'inconvénients : largeur plus faible qui contraint la capacité de cohabitation entre trams, voitures et mobilités douces, ainsi qu'un grand nombre d'intersections sur toute sa longueur. "Jean-Royer, on l'a étudié cinq fois, dix fois, cent fois, on sait que ça ne marche pas", ne décolère pas l'ancien édile Christophe Bouchet. 

Autre regret pour l'association d'usagers : 

Le boulevard Béranger, c'est 43 mètres de large, 43 mètres de bitume. On aurait pu l'embellir, le végétaliser, mais il va rester complètement goudronné.

Vincent Degeorge, président de l'ADTT

Selon lui, "on ne place par le curseur bénéfice-risque au même endroit" que les anti-Béranger. 

Au tour de la C

Mis devant le fait accompli, Vincent Degeorge est bien contraint d'accepter la décision des maires, et assure que l'ADTT sera attentive à plusieurs attentes : avoir une bonne vitesse sur le tronçon Jean-Royer, une meilleure association des citoyens au débat public, et la mise sur la table de la question d'une éventuelle ligne C dans les plus brefs délais. Cette future ligne C, le président de la métropole Frédéric Augis l'a évoquée ce lundi soir lors de la conférence de presse, une ligne qui devrait relier à terme Saint-Pierre-des-Corps à Saint-Cyr-sur-Loire

Sauf que la C, depuis Saint-Pierre, arriverait boulevard Heurteloup, dont la configuration est exactement la même que Béranger, avec mail et alignements de platanes. "Pour l'instant, la seule étude en cours se focalise sur ce tracé, mais ça ne se fera pas pour les mêmes raisons que la ligne B, c'est certain", assure Vincent Degeorge. D'où sa revendication de lancer, dès maintenant, des études sur d'autres tracés potentiels. L'ADTT milite, de son côté, pour un passage par les emprises ferroviaires entres les gares de Tours et de Saint-Pierre.

Même si la décision des 22 maires paraît solennelle, le dossier tram B semblant enfin débloqué, quelques étapes importantes demeurent. Il devrait passer en commission générale avant un vote du conseil métropolitain, pour terminer par une délibération à la mairie de Tours. Autant dire le tram B n'est pas encore complètement sur les rails.