Selon l'étude de l'OCDE, les deux défis majeurs de la Corse dans les décennies à venir sont le changement climatique et le vieillissement de la population

L'organisation intergouvernementale s'est penchée sur le cas de la Corse, listant ses points forts et ses points faibles en matière d'attractivité économique, avant d'ouvrir des pistes de réflexion pour préparer au mieux le tournant des décennies à venir, où les cartes vont être durablement rebattues.

L'OCDE, ou Organisation de Coopération et de Développement Economiques, est une organisation intergouvernementale qui réunit 38 pays membres, parmi les plus puissants du monde (France, Allemagne, Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni...).

Ses bureaux, disséminés dans le monde entier, comptent des centaines d'experts, qui "cherchent des réponses à des problèmes communs, identifient les bonnes pratiques et coordonnent les politiques nationales et internationales".

Diagnostic

En juin 2023, ces experts se sont rendus en Corse, afin d'effectuer "une série de visites sur le terrain et de séminaires avec des acteurs représentants du territoire (élus, chefs d'entreprise, agriculteurs, fonctionnaires d'Etat et territoriaux, acteurs de la formation, investisseurs, etc", précise la Présidence de l'Assemblée de Corse.

Ce travail de recherche s'inscrit dans le cadre du projet Corsica Pruspettiva 2050, porté par Marie-Antoinette Maupertuis. Un cycle de réflexion qui permettra d'aider "les décideurs publics à mieux comprendre la position de l'île dans le nouvel environnement mondial, notamment en termes de qualité de vie, de connectivité, de logement, et plus généralement de toute composante pouvant former l'attractivité du territoire". 

Le résultat de cette étude a été publié le 24 janvier.

Le document, long de 34 pages, débute par un état des lieux, nécessaire, afin d'établir un diagnostic précis. 

Au rang des points forts de la Corse, les experts retiennent : 

  • L'Environnement
    "Combinant une grande richesse environnementale qui bénéficie de nombreux dispositifs de protection et une faible densité de population, la Corse reste un territoire encore préservé où les espaces naturels occupent une place importante"

  • Les rapports humains
    "Les habitants de la Corse expriment une plus grande satisfaction à l'égard de leur qualité de vie. Ils se sentent plus en sécurité, et sont plus satisfaits des possibilités de nouer des liens là où ils vivent, en partie grâce à un fort sentiment d’appartenance au territoire"

  • Le savoir-Faire
    "Les secteurs agricoles et agroalimentaires, premiers exportateurs de l’île, ont su valoriser des savoir-faire et des produits à forte typicité en nouant des partenariats fructueux entre acteurs de la filière, avec des centres de recherche et en obtenant des signes de qualité et d’origine distinctifs. En effet, la Corse est l’une des régions françaises qui a obtenu le plus grand nombre de signes officiels de qualité, avec une exploitation sur trois sous signe de qualité (label, IGP, ...) et plusieurs démarches de certification en cours"
  • La culture
    "La collectivité de Corse
    se distingue par des dépenses culturelles/habitant plus élevées  que les autres collectivités territoriales de France"

  • Le marché de l'emploi

    "La Corse affiche le 2ème taux d'emploi des îles européennes, tout en bénéficiant du 2ème taux de chômage le plus bas en France (6 % en 2023), ce qui la place presque en situation de plein-emploi structurel". (L'OCDE précise néanmoins que cela entraîne des difficultés pour de nombreux employeurs à "pourvoir leurs besoins en main-d'œuvre")

Au rang des points faibles, qui pèsent sur l'attractivité de la Corse, on trouve,:

  • Le niveau de vie moyen
    "La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté (19,8 %) est plus élevée que les moyennes de France métropolitaine (17,63 %) et européenne (17,26 %), alors même que le coût  de la vie y est aussi plus élevé"

  • Le coût de la vie
    "La quantité de marchandises débarquées en Corse en provenance du reste du monde (y compris de France continentale) par voie maritime était 5,8 fois plus importante que celle embarquée depuis l’île. Cette dépendance aux importations pour satisfaire les besoins de leur population expose les îles à des prix plus élevés et les rend vulnérables aux chocs externes. En Corse, elle participe à créer des prix de 7 % plus élevés qu’en France de province, avec un surcoût encore plus important pour les produits alimentaires (+14%)"
  • Une économie peu diversifiée
    "L‘économie de l’Ile est d’abord marquée par le poids de la fonction publique, qui représente autour d’un emploi salarié sur cinq. (...) Les trois secteurs clés de son économie sont le tourisme, les commerces et services de proximité. Ils cumulent plus de 50 % du PIB"

  • L'accès à la santé
    L'OCDE souligne "la désertification médicale en zone rurale", et rappelle que "la Corse est la seule région française à ne pas disposer d’un CHU, contraignant de nombreux habitants à devoir se rendre sur le continent pour se faire soigner" 

  • Le réseau de transports
    "La topographie et le relief corses, ainsi que la faible densité de population, expliquent en partie les difficultés à mettre en place et exploiter un réseau de transport en commun, en particulier dans les zones enclavées".
    "En raison du manque d'alternative de transport, et de l'étalement urbain, les résidents, les entreprises et les visiteurs sont extrêmement dépendants de la voiture"


  • La pyramide des âges
    "En 2070, la Corse abritera la population la plus âgée des régions métropolitaines hexagonales (36 % de 65 ans et plus), et connaîtra le plus important recul de la part des jeunes"

  • Le logement

    "Les prix des loyers et de vente sont parmi les plus élevés de France, alors que la région connaît le 2ème plus faible revenu médian du pays. Ainsi, le loyer mensuel moyen est le 2ème plus élevé de France métropolitaine (10€/m² pour une maison ; 11,36€/m² pour un appartement, pour des moyennes nationales de 8,20€, et 9,38€). Ces écarts posent un réel défi en termes d’attractivité et de maintien des talents sur le territoire, dans un contexte où les prix à la consommation sont également plus élevés que dans le reste de la France hors Île-de-France"

Pour celles et ceux qui vivent en Corse, ces constats ne sont pas nouveaux. 

Néanmoins, le travail de l'OCDE, qui offre une vision globale et ramassée, permet une mise en perspective qui peut inquiéter. 

Ce n'est pas le propos de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques, qui se veut même plutôt rassurante. "A court et moyen terme, [la Corse] est très bien positionnée pour attirer à la fois des visiteurs, ainsi que des talents".

Mais pour s'en assurer, il faudra "attirer les investissements français et étrangers, transformer son secteur touristique, opérer la transition d'un modèle économique fondé sur la consommation vers la production, et répondre aux pénuries de main-d’œuvre de demain". 

Vivre avec le réchauffement climatique

Le sujet de l'étude est une projection sur les décennies à venir. Et il est difficile, désormais, d'ignorer que le réchauffement climatique sera un élément majeur à prendre en compte. Les experts ont examiné les effets de celui-ci sur l'économie de l'île, et sur son principal poumon, le tourisme : "en premier lieu, l’impact négatif du changement climatique sur l’attractivité touristique des territoires, notamment en Europe méridionale, est mis en lumière par de nombreuses études soulignent des baisses de fréquentations liées à des variations climatiques importantes, un déclin, de la biodiversité, un risque accru d’incendies, à la volonté de ne plus prendre l’avion"

Il convient de s’accorder sur de nouveaux objectifs et indicateurs de succès afin de dépasser l’objectif d’accueillir « plus », en nombre de visiteurs, et tenir compte des enjeux environnementaux et sociaux pour que ce secteur évolue

L'OCDE met en avant "un vrai besoin de repenser la mesure du « succès » des destinations se fait sentir, dans un contexte où les phénomènes touristiques dépassent pour certains Corses les limites de l’acceptable. Il convient de s’accorder sur de nouveaux objectifs et indicateurs de succès afin de dépasser l’objectif d’accueillir « plus », en nombre de visiteurs, et tenir compte des enjeux environnementaux et sociaux pour que ce secteur évolue". 

Mais le tourisme ne sera pas le seul secteur d'activité qui va devoir apprendre à vivre avec le réchauffement climatique : "l’agriculture est également très concernée puisque la productivité et la qualité des cultures dépendent directement de la température et des précipitations".

Diversification

La solution prônée est la diversification : "pour que les habitants et les acteurs économiques soient en mesure de faire face à ces défis climatiques, ils doivent d’abord être en capacité de les anticiper, pour ensuite pouvoir s’adapter, se tourner si besoin vers des activités plus résilientes, et en exploiter les potentiels effets bénéfiques". 

Là encore, c'est le changement climatique qui donnera largement le La. "Les enjeux d'adaptation au changement climatique, de réduction des émissions et de destruction des écosystèmes doivent faire partie de manière plus structurelle des stratégies de développement régional".

La transition démographique est le deuxième grand axe sur lequel l'OCDE conseille les élus insulaires de se concentrer. L'étude consacre une place de taille à la question du vieillissement de la population, du retour de la diaspora, du besoin de formations et d'emplois incitants à rester les plus jeunes, et enfin, "la question de l'accès au logement adéquat, cruciale, et conditionnant largement l'attractivité de l'île". 

Coordination des acteurs publics

À plusieurs reprises, l'OCDE souligne les initiatives innovantes prises par les entreprises, l'Université de Corse et la CdC, dans le secteur des énergies renouvelables, par exemple, ou dans les transports, en incitant à l'utilisation du chemin de fer.  

Mais c'est encore insuffisant. 

Pour réussir, il faudra travailler ensemble.

Les experts qui se sont penchés sur le cas de la Corse insistent largement sur la nécessité que "les acteurs et les institutions collaborent pour relever des défis communs, et créer des synergies tant à l'échelle locale qu'avec l'Etat".

La décentralisation, en particulier l’autonomie fiscale, en permettant une meilleure réponse aux préférences locales, présenterait des avantages pour mieux répondre aux disparités territoriales

Se pose sans surprise la question du statut particulier de la Corse, et de l'autonomie qui est en ligne de mire en 2024. 

L'OCDE en convient, "Plusieurs études décrivent les impacts positifs d’une plus grande autonomie – ici compris comme « le transfert partiel ou complet de compétences spécifiques sur le plan économique, social, culturel et environnemental » - sur certains aspects du bien-être des populations. La décentralisation, en particulier l’autonomie fiscale, en permettant une meilleure réponse aux préférences locales, présenterait des avantages pour mieux répondre aux disparités territoriales, soutenir l’innovation des petites firmes, inciter la collaboration entre firmes et centres de recherche, fournir des réponses spécifiques aux problématiques de santé, d’éducation, d’inégalités de revenus et de genre, ou encore de qualité des institutions".

Néanmoins, précise l'étude, "le facteur déterminant est la qualité de son fonctionnement en termes de cohérence entre les différents aspects de la décentralisation (administrative, financière, politique) et entre les niveaux de gouvernement (national, régional et local)".

Dans ce domaine, l'OCDE préconise une meilleure coopération entre les acteurs publics, et soumet l'idée à la CdC de repenser le périmètre des intercommunalités, afin d'"inciter à la coopération entre les communes constitutives d’un même territoire socio-économique et pour que cette coopération se matérialise dans des résultats concrets", un ressort majeur, et trop souvent négligé selon elle, de l'attractivité d'un territoire. 

Validation ?

Dans un communiqué de presse, la présidence de l'Assemblée de Corse s'est félicitée de cette étude, qui permettra "une libre appropriation de ses conclusions par les organisations qui ont été sollicitées pour sa réalisation – qui forment désormais une communauté de travail dans le cadre de Corsica Pruspettiva – mais également, plus largement, par les acteurs du territoire soucieux de disposer d’un état des lieux synthétique, transversal, et d’inspiration internationale".

Elle n'a pas manqué, enfin, de voir dans les conclusions de l'OCDE, "un certain nombre de difficultés structurelles en lien avec celles développées dans la délibération Autonomia de juillet 2023, comme l’accès au logement, ou la gouvernance pluri-niveaux des investissements structurels", et "certains arguments pouvant être interprétés en faveur d’une plus grande décentralisation ou dévolution de compétences (impact positif de la décentralisation fiscale sur les PIB régionaux, nécessaire réorganisation administrative du territoire,…)

Retrouvez la totalité de l'étude de l'OCDE ici. 

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