Covid : six dates clés de la crise sanitaire en Corse

En Corse, les premiers cas de coronavirus sont enregistrés un mois et demi après le début de la crise sanitaire sur le continent. Retour sur six dates clés de la crise sanitaire dans l'île.

Selon la nouvelle classification des départements en fonction de l'intensité de l'épidémie de coronavirus du gouvernement, la Corse est considérée comme zone d'alerte.
Selon la nouvelle classification des départements en fonction de l'intensité de l'épidémie de coronavirus du gouvernement, la Corse est considérée comme zone d'alerte. © JEFF PACHOUD / AFP
En France, les premiers cas de coronavirus ont été enregistrés le 24 janvier 2020. À cette date, trois cas sont enregistrés, un à Bordeaux et deux à Paris. 

Les trois patients reviennent d'un séjour dans la région de Wuhan, en Chine, berceau de l'épidémie. Tous sont hospitalisés et placés à l'isolement. 

Dans l'île, les premiers cas apparaissent un mois et demi plus tard. Retour, en six dates-clefs, sur l'épidémie de Covid-19 en Corse.
 Dans une conférence de presse, le 5 mars 2020, le préfet de Corse d'alors, Franck Robine, et la directrice de l'Agence Régionale de Santé (ARS) de Corse, Marie-Hélène Lecenne, annoncent l'hospitalisation de trois patients, à Ajaccio, contaminés par le coronavirus. 

Il s'agit de trois retraités de retour d'un voyage à Mulhouse où ils ont participé à un rassemblement évangélique. Cet événement, qui s'est tenu du 15 au 24 février, a réuni environ 2.000 personnes originaires de tout le pays. Ces trois premiers cas sont alors considérés comme "importés", issus du cluster de Mulhouse. À cette date, la directrice de l'ARS de Corse assure que le virus ne circule pas sur le territoire insulaire. Une enquête de l'entourage des patients pris en charge est lancée. Une trentaine de personnes sont identifiées, parmi lesquelles quelques enfants.
 
En tout, cinq fidèles du centre chrétien Bethel de Corse se sont rendus en Alsace. En accord avec les autorités sanitaires, l'église ferme ses portes durant deux semaines. En moins d'une semaine, le nombre de contaminations ne cesse d'augmenter à Ajaccio. Le 8 mars 2020, 28 personnes sont infectées en Corse (23 à Ajaccio et cinq à Bastia). Trois personnes sont en réanimation au centre hospitalier de la Miséricorde à Ajaccio. 

Alors que trois jours plus tôt, les cas ajacciens étaient "importés", le virus circule désormais dans la cité impériale. Ainsi, la ville devient un "cluster", une zone de circulation active du virus. À cette date, elle est le septième foyer d'épidémie répertorié en France avec l'Oise, le Val d'Oise, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, Mulhouse et le Morbihan. Les services de l'État prennent de nouvelles mesures dans le but de limiter la propagation de l'épidémie. Ainsi, les rassemblements et manifestations de plus de 50 personnes, ensuite, sont interdits à Ajaccio, du 9 au 22 mars inclus. 

Les bars, restaurants et commerces pourront continuer à ouvrir "normalement, à condition qu'ils n'accueillent pas plus de 50 personnes" en même temps. 

Durant ces 14 jours, toutes les manifestations sportives sont interdites dans la cité impériale à moins que ces dernières ne se jouent à huis clos, c'est-à-dire sans public, indique le préfet. Les piscines de la ville resteront également fermées.

Les élections municipales, dont le premier tour est prévu le 15 mars, elles, sont maintenues. 
 La Corse enregistre son premier décès lié au coronavirus avec la mort d’un homme de 89 ans à l’hôpital d’Ajaccio dans la nuit de dimanche à lundi 9 mars annonce l'ARS de Corse.

À cette date, 38 patients atteints de la Covid-19 sont pris en charge dans les centres hospitaliers de l'île (5 à Bastia et 33 à Ajaccio). Dans le même temps, la ville ferme immédiatement ses crèches, collèges, lycées, établissements périscolaires, centre de formations d'apprentis et structure collective d'accueil des mineurs dès le lundi 9 mars pour une durée initiale de 14 jours. 

Une première en France où l'ensemble des établissements scolaires ont fermé leurs portes une semaine plus tard, le 16 mars. Pour tous les élèves concernés, une continuité pédagogique sera assurée par le biais d'un enseignement à distance, assure alors la rectrice de Corse, Julie Benetti. 
 Le service de réanimation du centre hospitalier d'Ajaccio sature. Le 22 mars, Le Tonnerre, porte-hélicoptères de la marine nationale, arrive dans le port d’Ajaccio. Il doit évacuer 12 personnes atteintes de la Covid-19 vers Marseille.
Le porte-hélicoptère Tonnerre dans le port d'Ajaccio à 7 heures, dimanche 22 mars.
Le porte-hélicoptère Tonnerre dans le port d'Ajaccio à 7 heures, dimanche 22 mars. © JCC / FTV
Cette évacuation permet de désengorger complètement le service de réanimation de l’hôpital d’Ajaccio.

"C’est un moment important, qui exprime la solidarité nationale et qui exprime aussi que l’heure est grave. Je souhaiterais passer aux Ajacciens, on met tous les moyens en œuvre, à eux maintenant de respecter les consignes, c’est complémentaire et on en a absolument besoin", déclare alors le préfet de Corse Franck Robine à l’arrivée du bateau.

À cette date, 13 lits sur 15 sont occupés. L'ARS de Corse annonce que dès la semaine suivante, le service de réanimation sera doté de 11 lits supplémentaires. Le 22 mars, la Corse enregistre 173 cas confirmés de Coronavirus et 7 décès. Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, appelle à la mise en place d'un passeport sanitaire qui porterait le nom de "GreenPass". L'idée est validée par l'assemblée de Corse le 7 mai. 

Selon les plans de Gilles Simeoni, le document obligerait toute personne voulant se rendre en Corse à présenter un test de dépistage négatif de moins de sept jours. 

C'est le meilleur moyen, pour le président du conseil exécutif de Corse, de "construire une offre touristique crédible, attractive, et sécurisée sur le plan sanitaire, et d'ériger la Corse en destination confiance, eu égard aux risques générés par le Covid-19". Problème une partie de la classe politique insulaire, des professionnels du tourisme et la chambre d'industrie et de commerce (CCI) s'y opposent fermement

"Nous continuons à considérer [le Green Pass] comme inopérant dans sa mise en œuvre et extrêmement dissuasif dans sa communication", estime alors Jean Dominici, président de la CCI de Corse.

Mais le lancement du passeport sanitaire n'a pas lieu, faute d'avoir obtenu l'accord du gouvernement. Comme le reste des régions françaises, la Corse entame son déconfinement le 11 mai. Si dans un premier temps, le nombre de contaminations et de décès semble stagner, voire diminuer drastiquement, l'arrivée de la saison touristique change la donne. 

Durant cette période, la Corse fait face à un rebond de l'épidémie. Ainsi entre le 1er juillet et le 1er août, seuls 33 patients positifs à la Covid-19 sont détectés dans l'île. En trente jours, du 1er août au 1er septembre le nombre d'infections est multiplié par 14, durant cette période 458 personnes sont enregistrées positives.
 
Pour certains, la raison est simple : les touristes importent le virus en Corse. Pour Marie-Hélène Lecenne, directrice de l’ARS de Corse, "indéniablement, ce sont les mobilités qui ont créé les conditions pour que le virus circule à nouveau."

Un brassage "tant du continent ou d’ailleurs vers l’île, qu’avec les Corses qui ont pris des vacances ou ont fait des séjours professionnels sur le continent". En juin, rappelle-t-elle, "on n’avait quasiment plus de cas."D'autres visent les jeunes. Car en Corse, l'été rime souvent avec soirées dans les paillotes. Établissements dans lesquels les gestes barrières et le port du masque n'ont pas toujours été respectés. 

Néanmoins, pour des professionnels de santé. Cette hausse des cas de coronavirus est due au simple fait que le nombre de tests réalisés a augmenté durant l'été. Classée en zone rouge - circulation active du virus - depuis le début de septembre, le 23 septembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, présente la nouvelle classification des départements en fonction de l'intensité de l'épidémie. Quatre niveaux d'alerte sont dorénavant établis, la Corse est placée en zone d'alerte

Ainsi, dans l'île, comme dans les 67 autres territoires classés en alerte, "les fêtes, mariages, tombolas, événements associatifs, anniversaires, communions devront se tenir en petit comité, à moins de 30 personnes", a annoncé Olivier Véran, ministre de la Santé, mercredi. 

Les préfets pourront également prendre de nouvelles mesures "pertinentes" si la situation continue de se dégrader.
69 territoires sont classé en zone d'alerte par le gouvernement.
69 territoires sont classé en zone d'alerte par le gouvernement. © Ministère de la Santé
Pour établir cette nouvelle carte, trois critères ont été pris en compte : le taux d'incidence (nouveaux cas) de la maladie dans la population, celui chez les personnes âgées (population la plus vulnérable) et la proportion des malades de la Covid-19 dans les services de réanimation.

Dans l'île, entre le 14 et le 20 septembre, le taux d'incidence s'élevait à 64,2 pour 100.000 habitants. Sur les 6.775 personnes testées, 218 cas positifs ont été enregistrés. Selon les chiffres de Santé publique France, 28 patients sont hospitalisés (15 à Ajaccio et 13 à Bastia), cinq sont en réanimation (trois à Ajaccio et deux à Bastia). 
 
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