Disparition de Lina : sa mère crée une association de soutien, "dans toute cette horreur, il faut relever le nez et avancer"

La mère de Lina, 15 ans, disparue le 23 septembre 2023 dans le Bas-Rhin, a créé une association. L'objectif est pluriel : soutenir la famille de l'adolescente, aider à la poursuite des recherches, mais aussi mieux informer les victimes de cyberharcèlement.

Les objectifs de l'association Les bonnes étoiles de Lina, inscrite le 23 janvier dernier au registre du tribunal de proximité de Molsheim, et présidée par Fanny Groll, la maman de l'adolescente, sont vastes :  "accompagner et soutenir dans sa souffrance la famille de Lina et ses proches, les recherches de Lina, la famille, ses proches et Lina à son retour" mais aussi "informer la population utilisatrice d'Internet sur le cyberharcèlement et ses conséquences".

Depuis ce samedi 23 septembre 2023, où sa fille s'est subitement volatilisée alors qu'elle marchait sur la route entre son domicile et la gare de Saint-Blaise-la-Roche, la vie de Fanny Groll a connu des bouleversements indicibles. En plus de ce cauchemar éveillé, et des innombrables questions sans réponses liées à la disparition de l'adolescente, la maman a dû faire face à du cyberharcèlement. Et a subi un nouveau "choc" en apprenant qu'une plainte pour un viol subi par Lina en 2022 avait été classée sans suite.

Pourtant, malgré la sidération et le désespoir, c'est une femme toujours debout, contre vents et marées. "C'est important pour moi de me battre et de faire valoir nos droits, explique-t-elle. C'est parti. C'est une bataille. Dans toute cette horreur, il faut relever le nez et avancer, ne pas se laisser faire."     

Soutenir la recherche de Lina

Cinq mois après la disparition, "retrouver Lina reste une priorité" absolue pour sa maman. Ainsi que pouvoir avoir au moins accès au dossier d'instruction. Mais cela a un prix. Il y a "une réalité financière, à savoir les frais d'avocat : ça coûte une fortune", reconnaît Fanny Groll. Et même si la famille aide à payer, ce n'est pas suffisant. D'où l'idée de "laisser accès à des dons."

Cependant, Fanny Groll ne voulait pas ouvrir une simple cagnotte en ligne. "Vous ne pouvez pas juste dire aux gens : Aidez-moi à payer l'avocat", estime-t-elle. Créer une association, dont le bureau est constitué de membres de la famille et d'amis, semblait donc une meilleure solution. "C'est bien plus clair, plus transparent" car "de ce fait, les gens savent avec certitude où va leur don."  

L'association Les bonnes étoiles de Lina a été inscrite sur la plateforme solidaire HelloAsso, qui accompagne les développements des projets associatifs. Désormais, toute personne qui se sent concernée par la détresse de la famille de Lina peut adhérer en ligne à l'association, pour 5 euros par an. Ou simplement faire un don.     

L'argent ainsi récolté sera destiné à "tout ce qu'on peut faire pour la recherche" précise la maman de Lina. Comme imprimer des flyers, ou encore contribuer aux frais d'essence des nombreux bénévoles qui ont fait et continuent à faire des battues. "Encore aujourd'hui, il y a des gens qui tournent, vadrouillent, précise Fanny Groll. J'ai des amis qui font beaucoup d'aller-retour. Donc si on peut un peu aider ces gens qui ont beaucoup donné, c'est bien." 

Aider des victimes de cyberharcèlement ou de viol

Dans un second temps, l'ambition de Fanny Groll serait de faire de sa nouvelle association un outil pour soutenir d'autres personnes qui, comme elle et sa fille, sont soudain devenues la cible de commentaires insoutenables sur les réseaux sociaux.

"C'est tellement énorme, tellement blessant et tellement faux, s'était-elle exclamée lors d'une conférence de presse, le 2 février dernier. Les gens ne se rendent pas compte de tout le mal qu'ils peuvent faire. La situation est déjà assez insupportable, parfois je me dis que je traverse l'enfer. Et ajouter ça, ce n'est vraiment pas la peine."

"Il n'y a pas eu de cyberharcèlement avant la disparition de Lina, mais on le vit maintenant", déplore-t-elle. Récemment, elle a même déposé plainte pour diffamation contre un youtubeur, qui, selon elle, "a payé des gens du coin pour balancer des choses." Et qui, ensuite, "brode" à partir des informations collectées, "et ça devient n'importe quoi."

Par ailleurs, elle a été profondément ébranlée d'avoir appris récemment que la plainte pour viol déposée par Lina, alors âgée de 13 ans, en 2022, avait été classée sans suite par le tribunal de Saverne. "Ça a été un choc, avoue-t-elle. Tant qu'on n'y est pas confronté, on ne mesure pas que des affaires de viol classées, ça arrive plus souvent qu'on ne le pense."

Elle espère donc qu'à plus long terme, son association "pourra aussi aider d'autres personnes dans notre cas." Les moyens restent à déterminer. "On verra ce qu'on fera, une chose après l'autre." Mais dans l'idée que son expérience, et celle de toute la famille de Lina, puisse aider d'autres victimes.

Car malgré sa terrible situation, Fanny Groll est consciente d'être bien entourée. "J'ai la chance d'avoir une famille formidable, et des amis extraordinaires, tout le monde est là sans que j'aie besoin de demander quoi que ce soit" lance-t-elle. Son envie serait donc que, grâce aux actions futures de son association, "de la même façon, d'autres victimes" de cyberharcèlement et de classement de plaintes pour viol "sachent elles aussi qu'elles ne sont pas seules. Et que ça leur donne aussi le courage de se manifester."