On vous explique ce qu'est le batch-cooking, la nouvelle tendance culinaire anti-gaspillage

Le batch-cooking ? Je vois déjà ce que vous allez dire, cet anglicisme barbare cache en réalité une vieille recette de grands-mères. Préparer ses plats à l'avance, pfff c'est une idée aussi datée que Tatie Germaine. Ok. Ce qui est nouveau, par contre, c'est son succès grandissant. Et ça méritait bien un portrait. Sandra Thomann. La fée musclée anti-gaspi.

Sandra Thomann a le look (autre anglicisme) de l'emploi : tatouages, cheveux rouges et col Claudine faussement sage. Elle affiche clairement ses tendances culinaires : au fouet ! Elle fesse le gaspillage, flagelle UberEats et corrige l'inflation. En plus, l'Alsacienne cartonne. Ouille. 13 livres de cuisine, 119.000 followers sur Instagram. Tout ça pour votre bien : manger sain, local et de saison avec peu d'efforts, mais une organisation certaine. Vous en reprendrez bien encore ?

Sandra a toujours été passionnée de cuisine. Je l'admets, c'est un peu tarte à la crème, mais c'est la vérité. Aussi, assistante de direction dans un gros cabinet comptable, les recettes y sont un peu trop chiffrées à son goût. Elle consacre donc son temps libre à un blog. Cuisine Addict. Pas besoin d'en rajouter. En 2009, elle commence à poster ses propres recettes, ses photos, ses astuces. Du 100% fait maison.

La mayonnaise prend vite. Devant l'afflux de questions et de visites sur son site, elle décide en 2016, d'en faire son métier.  Et c'est là que Sandra redécouvre le batch-cooking. " Je travaillais toute la journée sur des recettes de desserts ou de goûters et le soir forcément non seulement je n'avais rien à manger pour le dîner, mais en plus, je n'avais plus du tout du tout envie de me remettre en cuisine. Alors ben, je me suis organisée." Et comment.

Une recette de grand-mère

Car le batch-cooking c'est avant tout une question d'organisation. Et d'ailleurs le mot "batch" en anglais signifie "grouper, faire des lots". Joli hein ? Batch-cooker c'est donc regrouper la préparation des repas. " C'est une méthode toute bête qui consiste à préparer à l'avance et sur une seule session de cuisine tous les plats de la semaine." Alors oui, nous l'avons dit plus haut, ce n'est pas non plus une révolution culinaire, nos mamies batch-cookaient sans même le savoir. Mais, et il y a un gros mais : depuis quelques années, cette tendance prend une ampleur inédite.

C'est une méthode toute bête qui consiste à préparer à l'avance et sur une seule session de cuisine tous les plats de la semaine.

Sandra Thomann, blogueuse

"Comme souvent, cette tendance est revenue des États-Unis où elle a été démocratisée par les working-mum. Elle est arrivée en France il y a six ans pour la simple et bonne raison que les gens ont de moins en moins le temps de cuisiner." Imaginez, le pays de la gastronomie qui se met à batcher. 

Batcher n'est pas bâcler

Attention, batcher n'est pas bâcler et encore moins gâcher. "J'ai été submergée par les questions et les demandes de conseils quand j'ai commencé à poster mes menus de batch-cooking. J'ai été étonnée parce que, disons, cette méthode me correspondait, je suis quelqu'un de très très organisé et en fait, elle convient à tout le monde. Il faut dire que c'est rapide, économique et anti-gaspillage. Vous avez une liste de courses pour élaborer vos repas de la semaine. Pas plus, pas moins. Pas d'écart. Pas de surcoût. Pas de tomates qui pourrissent dans le bac à légumes du frigo."

C'est une méthode qui convient à tout le monde. Il faut dire que c'est rapide, économique et anti-gaspillage.

Sandra Thomann

C'est tout bénef. Pour la santé aussi. " Finis les plats préparés trop salés ou trop gras, les surgelés, les fast-food, les commandes Deliveroo. Là, on mange ce que l'on a cuisiné : des produits bruts, beaucoup de légumes et de légumineux. Sains et économiques." L'Alsacienne a ainsi réduit le prix de son panier hebdomadaire de courses de 50%. Quand même oui.

Et quand on sait que les prix de l'alimentation ont bondi de 15,8% depuis mars 2022, l'argument économique pèse lourd dans la balance. "Depuis la guerre en Ukraine, j'ai vu émerger sur mon blog de nouvelles problématiques : la baisse du budget, le souhait de manger logiquement moins de viande alors, j'ai adapté mes recettes." Produits de saison, protéines végétales, Sandra est aux petits oignons. "Je colle aux petits budgets : sur les cinq plats de ma semaine, je ne vais proposer qu'une seule fois de la viande, une fois des protéines animales (œufs) et trois plats végétariens complets (céréales et légumineuses, Dahl de lentilles et riz...)"

Exemple type d'une séance de batch-cooking. Avril 2023. Quiche aux épinards et bûche de chèvre, Salade de quinoa et pois chiches au poulet, Crumble d’endives au bleu, Pâtes aux crevettes, tomates & feta.

Maman lait-de-poule

Toutes les recettes de Sandra sont mises en ligne sur son site Cuisine Addict, gratuitement. On y trouve 103 menus et près de 2000 recettes. Sandra reste fidèle à ses principes comptables. "On ne peut pas dire cherté de la vie et faire payer les recettes. C'est important que tout le monde, même ceux qui ont peu de moyens, puissent avoir accès à une meilleure alimentation sans avoir à acheter de livres. Je pense aux étudiants, aux mères célibataires. Moi, sur mon site, je me rémunère avec la publicité. C'est un juste équilibre."

En termes de temps passé devant les fourneaux, là les chiffres sont plus aléatoires. Préparer quatre à cinq repas d'un coup, peut-être vite chronophage. Même si les recettes ne sont bien évidemment pas gastronomiques. "Au début, oui, c'est un peu long, quand on n'a pas l'habitude. Comptez trois heures. Ensuite, les réflexes aidant, on va de plus en plus vite. Le retour de mes lecteurs aguerris, c'est : une heure par semaine pour une famille." 

Au début, comptez trois heures. Ensuite, les réflexes aidant, on va de plus en plus vite : une heure par semaine pour quatre repas

Sandra Thomann

Et pas de panique, Sandra est une vraie bonne fée. Son blog pense à tout. Liste d'ingrédients, étapes de préparation pour gagner du temps, prix moyen des courses pour la semaine (entre 30 et 50 euros en fonction des menus) et même, temps de conservation des plats au frigo. Le tout classé par : instruments de cuisine (robot), saisons, régimes alimentaires, types de cuisson. Oui, décidément, Sandra est extrêmement organisée. Merci pour les marmitons du dimanche.

" Je simplifie au maximum la vie des gens, c'est ce qui me plait, ce qui me fait réellement plaisir". Une vraie maman lait-de-poule. "Sur mon compte Instagram, j'échange beaucoup avec ma communauté et je prends en compte tous les retours, je suis largement récompensée en retour : grâce à vous mes enfants mangent des légumes, grâce à vous, j'ai le temps le soir de voir mes enfants... Oui ça me booste." 

Une saine tendance

Tant, que Sandra est à son onzième livre sur le Batch-cooking en trois ans. Une cadence de fouet électrique sans entorse ni lassitude. "Ok, ce sont des recettes simples, mais il y a tellement de choses à faire. J'ai toujours de nouvelles idées. Tiens pour le printemps, une grosse salade, quinoa, pois chiche, courgettes grillées, fromage, concombre et dés de poire." 

La tendance du batch-cooking est-elle, elle, durable ? La question peut se poser tant les modes font et défont les bonnes intentions. "Depuis la crise covid, il y a eu un vrai retour à la cuisine faite maison. Mes abonnés ont doublé pendant le premier confinement. Il y avait ceux qui s'ennuyaient, ceux qui voulaient manger plus sain. Les recettes les plus demandées ? Les pâtes et le pain maison. Depuis, c'est un peu redescendu, mais l'intérêt reste vif. Il y a toujours des nouvelles personnes qui découvrent la méthode, qui cherchent des astuces. Je crois que c'est fait pour durer."

Depuis la crise covid, il y a eu un vrai retour à la cuisine faite maison. Je crois que c'est fait pour durer

Sandra Thomann

Pour preuve, le nombre d'abonnés de Sandra sur les réseaux sociaux : 119.000 sur Instagram, 64.000 sur Facebook. Sans faire la course à l'échalote, un vrai retour sur investissement. La cerise sur le pudding. (Note pour les néophytes : gâteau à la consistance incertaine fait à base de pain rassis, recette traditionnelle anti-gaspillage).