Strasbourg : l'Alsace face au risque terroriste

Strasbourg accueille ce jeudi et ce vendredi des universitaires du monde entier pour un colloque international sur la prévention de la radicalisation. L'Alsace est-elle particulièrement exposée au risque terroriste? Quels sont les leviers pour lutter contre le phénomène? Eléments de réponse.

Place Kléber, à Strasbourg, le 16 décembre 2018.
Place Kléber, à Strasbourg, le 16 décembre 2018. © MaxPPP. Jean-marc Loos
En marge du colloque international sur la prévention de la radicalisation, voici quelques éléments clés sur la nature de ce phénomène en Alsace, et les moyens mis en œuvre pour le combattre.


L'Alsace face au risque terroriste…

En dehors de Paris et de l’Ile-de-France, l’Alsace, par le biais notamment via ses grandes villes comme Strasbourg et Mulhouse, fait partie des régions de France les plus exposées à la radicalisation islamiste. Ces dernières années, plusieurs épisodes l’ont rappelé :​​​​​​
  


Dans le Bas-Rhin, 450 personnes suivies en 2018

A titre d'exemple, le nombre d'inscrits au fichier antiterroriste, le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), est en baisse dans le département du Bas-Rhin depuis le début de l'année. 450 personnes faisaient l'objet d'un suivi début 2018 contre 190 début 2019.

Le nombre de signalements par an est également en baisse dans le département: il a été divisé par 14 entre 2015, année du pic du nombre de signalements, et 2019.
 
Pour autant ces chiffres sont une indication, et pas une fin en soi: "La menace est toujours aussi prégnante. Ce ne sont pas les chiffres qui guident notre action, précise Chantal Cutajar, adjointe au maire chargée des questions de radicalisation à la ville de Strasbourg. A Strasbourg, il existe différents formes de radicalisation, dangereux pour la sécurité de tous mais qui mettent aussi en péril le lien social. Aujourd’hui, notre territoire reste particulièrement exposé." La diminution des personnes inscrites au FSPRT peut aussi s'expliquer par un meilleur filtrage des services de l'Etat.


Pourquoi est-il si difficile d’identifier et de suivre les personnes à risques

Plusieurs freins empêchent de prévenir au mieux la radicalisation, en particulier chez les jeunes.


Strasbourg : précurseur dans la prévention de la radicalisation 

Frappée et profondément meurtrie par l’attaque du marché de Noël en décembre 2018, la ville de Strasbourg fait de la lutte contre le risque terroriste l’une de ses priorités absolues. Après Olivier Bitz, ex-membre de l’équipe municipale, c’est Chantal Cutajar, adjointe au maire, qui a été chargée des questions de radicalisation.

La capitale alsacienne affiche sa volonté de devenir aujourd’hui un laboratoire dans la prévention de ce phénomène. "On est vraiment dans une démarche qui se déroule très très en amont. On n’est pas dans la surveillance d’individus jugés dangereux, l’objectif, c’est de s’attaquer à la radicalisation dès que les premiers germes apparaissent", analyse Chantal Cutajar.

Le décloisonnement, c’est l’élément central de cette démarche qui vise à davantage coordonner tous les acteurs qui, de près ou de loin, peuvent être les témoins du basculement d’un individu dans la radicalisation : les agents de la ville, les salariés des centres-culturels, les éducateurs sportifs et sociaux, les responsables d’association et les représentants des cultes religieux. Une liste qui n’est pas figée et a vocation à s’allonger.

"L’échange d’informations est primordial dans la prévention de la radicalisation. On peut parfois passer à côté de signaux précieux qui, si on les additionne, peuvent nous permettre d’identifier des profils qui sont en train de basculer. Par exemple, si un enfant connait un décrochage scolaire, a priori ça reste plutôt classique. Mais si dans le même temps il cesse subitement de fréquenter son club de sport, cela mérite qu’on s’intéresse de plus près à lui. Le dispositif que l’on souhaite mettre en place à Strasbourg s’inscrit dans une stratégie globale."

Baptisés "réseaux territoriaux", ces groupes d’acteurs auront donc un rôle de lanceur d’alerte. Les premières formations collectives débuteront ce lundi 9 septembre. "L’important, c’est d’instaurer une culture du dialogue et de faire disparaître la méfiance entre chacune des parties", conclut Chantal Cutajar.

Parvenir à une meilleure coordination à tous les étages, c’est aussi l'objectif qu’avait fixé le Premier ministre Edouard Philippe à Strasbourg, lors d’un comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, le 12 avril 2019.


Un colloque international, pour quoi faire ?

Le choix de Strasbourg pour théâtre d'un colloque ouvert au public n’est pas un hasard, la ville ayant été touchée par un attentat qui a fait cinq morts et onze blessés le 11 décembre 2018 (programme complet).

L’objectif de ces discussions, qui se déroulent jusqu'à ce vendredi soir, est d’inclure le monde universitaire à la prévention sur la radicalisation. Deux axes notamment seront développés, celui de la "résilience collective", à travers les exemples de New York et du World trade center en 2001, de Boston en 2013 et de Paris en 2015. L’autre thème évoqué sera celui de la "polarisation sociale". Il s’agira en particulier d’explorer d’autres dimensions que la religion pour appréhender le processus de radicalisation.
 
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