Troyes : vol de légumes chez un maraîcher, “ce qui me dérange le plus, c'est le manque de civisme”

Ce maraîcher aubois a quantifié les vols de poireaux dans ses parcelles: 20 kilogrammes par semaine. / © Tiphaine Le Roux - France 3 Champagne-Ardenne
Ce maraîcher aubois a quantifié les vols de poireaux dans ses parcelles: 20 kilogrammes par semaine. / © Tiphaine Le Roux - France 3 Champagne-Ardenne

Damien Vuibert, maraîcher à Grange-Lévêque, à 12 kilomètres de Troyes, se fait régulièrement voler de jour comme de nuit poireaux, courges, carottes et choux dans ses parcelles situées en bord de route. Il exprime son ras-le-bol face à ce qu'il considère être un manque de respect pour son travail.

Par Juliette Poirier

Depuis plusieurs semaines, Damien Vuibert ne cesse de constater des trous béants dans ses plantations. Ce maraîcher installé dans l'Aube au nord-ouest de Troyes, possède 6 hectares de cultures différentes : choux, carottes, courges, butternut, potimarrons, ou encore poireaux. Toutes sont situées sur le bord de la route, dans cette exploitation bien connue des amateurs de légumes de saison, sans clôture. Or depuis quelques semaines, nombreux sont les automobilistes ou passants à s'arrêter pour se servir sans autorisation.
Il manque de nombreux poireaux dans cette parcelle de Grange-Lévêque. Ils sont volés la nuit depuis plusieurs semaines. La production de poireaux s'étale d'octobre à mars. Pour le maraîcher si le phénomène se poursuit, la perte financière pourrait s'élever jusqu'à 1200 euros. / © Tiphaine Le Roux - France 3 Champagne-Ardenne
Il manque de nombreux poireaux dans cette parcelle de Grange-Lévêque. Ils sont volés la nuit depuis plusieurs semaines. La production de poireaux s'étale d'octobre à mars. Pour le maraîcher si le phénomène se poursuit, la perte financière pourrait s'élever jusqu'à 1200 euros. / © Tiphaine Le Roux - France 3 Champagne-Ardenne

Autant pour les courges, les pertes sont difficiles à quantifier car il est moins évident de repérer les trous, autant c'est flagrant pour les poireaux. On m'a volé 20 kilos par semaine. A 2,50 euros le kilo cela représente un manque à gagner de 200 euros par mois.
- Damien Vuibert, maraîcher.

Outre les pertes économiques, c'est surtout le manque de civisme des personnes qui révolte le cultivateur. Selon lui, le fait que ses cultures soient en bord de route et à la vue de tous fait oublier qu'il s'agit d'une propriété privée. "Il n'y a aucun respect du producteur. Autant pour les courges, comme les vols ont lieu en journée; je pense qu'ils ne sont pas prémédités. C'est un manque d'éducation, précise Damien Vuibert. "Autant vu l'ampleur du phénomène autour des poireaux, pour moi là, c'est du vol organisé. Car ils disparaissent en grande quantité, la nuit, une fois par semaine."

Et aucun moyen pour le producteur de faire surveiller ses plantations. Une clotûre? "Pour 6 hectares cela me reviendrait trop cher, confie le maraîcher. Idem pour un gardiennage de nuit comme de jour.  Quant à l'option alarme : impossible de l'installer sur les parcelles puisqu'il n'y a que des champs à perte de vue et rien d'autre autour.

Le post de la colère

Se sentant impuissant, et dépité, Damien Vuibert a donc décidé de médiatiser son histoire. Sur les réseaux sociaux il a posté des photos et un commentaire dénonçant ses vols de légumes. "Un message pour exprimer notre désarroi contre les vols de légumes à répétition et de plus en plus nombreux : poireaux, courges butternut, potimarrons, pommes de terre… Certes cette année nous avons planté tous ces légumes sur le bord de la route de Grange l'Evêque, mais ce n'est pas parce que c'est facile d'accès que c'est libre accès ! Pour rappel, le glanage est autorisé selon certaines conditions".
 


Un post qui a énormément fait réagir, à la grande surprise du maraîcher. "Je pense que c'est la meilleure façon pour moi de faire fuir les voleurs. Depuis que j'ai fait part de cette information sur les réseaux sociaux, je n'ai plus constaté de vols sur mes parcelles. Pourvu que ça dure! Sinon il faudra moi-même que je prenne les gens sur le vif", poursuit le producteur.

Glanage ou vol ?

Dans son message posté sur facebook, Damien Vuibert réexplique notamment la notion juridique de glanage. " Si certaines personnes considèrent qu'elles ont le droit de se servir chez moi parce que c'est du glanage, je leur rappelle qu'il faut l'autorisation du propriétaire et le faire après que la parcelle a été récoltée. Or je n'ai récolté aucune de mes parcelles! ", s'indigne le maraîcher.

En effet, le glanage, ou droit d'usage sur la production agricole existe depuis le Moyen-Âge. Mais il est aujourd'hui très encadré par la loi. Autorisé seulement sous certaines conditions.
  • Il ne doit se dérouler qu' après le lever du soleil et avant son coucher.
  • La récolte doit être terminée par l'agriculteur.
  • Elle est interdite dans les terrains entourés d'une clôture.
  • Sur les autres terrains, l'autorisation du propriétaire ou de l'exploitant est obligatoire.
  • Il ne peut s'exercer qu'à la main et sans l'aide d'aucun outil.
Le glanage est régi par le code pénal Article R. 635-1.

"Je ne suis pas contre le glanage, mais il doit être en règle"
-Damien Vuibert, maraîcher.

"Je ne peux pas entendre l'argument selon lequel les gens feraient cela parce que les prix des légumes sont trop chers. Quand je vois comment le vol est organisé chez moi, ce n'est pas une excuse valable, explique l'Aubois, avant d'achever, philosophe: "Si vraiment les auteurs de ces vols sont des gens dans le besoin, alors je me dis que j'aurais fait quelque chose de bien".
 

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