Bas-Rhin : la gravière d’Eschau transformée en centrale photovoltaïque flottante

10 hectares de panneaux solaires pourraient être installés sur la gravière d’Eschau d’ici 2024. De quoi alimenter 7000 personnes en électricité. A condition qu’il n’y ait pas d’impact sur l’environnement.
La plus grande centrale solaire flottante d'Europe est située à Piolenc, dans le Vaucluse.
La plus grande centrale solaire flottante d'Europe est située à Piolenc, dans le Vaucluse. © Jean-Michel Mart/MaxPPP

Depuis la route, la couleur bleu-lagon du plan d’eau attire le regard. Des grèbes huppés nagent tranquillement à sa surface. Un vol de mouettes rieuses pour parfaire l’ambiance méditerranéenne des lieux. D’ici 2024, au reflet des vaguelettes pourrait s'ajouter celui des panneaux solaires.

Le chantier n°2 des Ballastières Helmbacher à Eschau arrive en bout de course. Les opérations d’extraction du sable et du gravier vont s’arrêter d’ici 6 à 10 mois. Après plus de 60 ans d’exploitation, la gravière va devenir un lac. Il fallait lui trouver une destination. "On aurait pu en faire une zone de baignade, la laisser au naturel ou y construire. On aurait pu aussi la remplir, ça se rebouche une gravière. Mais on a voulu trouver une solution qui ait du sens" indique Yves Sublon, maire (LR) d’Eschau.

Ce sera donc une centrale photovoltaïque lacustre. 10 hectares de panneaux, la moitié de la surface du plan d’eau.

De l’électricité pour 7000 personnes

C’est en tout cas ce qui est envisagé par les deux propriétaires du site, la commune à hauteur de 70% et les Ballastières 30%. "Une gravière laissée à l’abandon peut devenir un lieu chaotique. Squattée, détériorée par des baigneurs. Là, on lui redonne 30 ans de vie sous contrôle" affirme Stephan Helmbacher, directeur des Ballastières.

Avec une noble tâche selon Yves Sublon : "créer une énergie propre au service de nos concitoyens". D’après les estimations, l’installation pourrait générer 10 MWc (Mégawatts-crête). De quoi alimenter 7000 personnes en électricité. Le projet a été validé par le conseil municipal le 30 juin. L’entreprise qui exploitera le parc solaire sera choisie début 2022. La mise en service pourrait se faire dès l’année suivante.

Quel impact sur l’environnement ?

Si tous les voyants sont au vert. Car il reste de nombreuses études à mener. Notamment pour connaître l’impact environnemental de l’installation. L’apparition de ces champs de panneaux aquatiques pose question. La multiplication des projets aussi. A Dalhunden, à Leutenheim, ou à Illkirch-Graffenstaden, à quelques centaines de mètres de la gravière d’Eschau.

Illkirch était d’ailleurs pionnière dans le domaine, avec une expérimentation menée à petite échelle en 2018. Fin 2024 une quinzaine d’hectares de panneaux devraient flotter sur l’ancienne ballastière de la commune.

Il faut dire que le procédé est tentant. Il permet de valoriser un foncier qui semblait impossible à exploiter. Tout en profitant de l’eau qui permet de refroidir les panneaux. Sans toucher aux surfaces agricoles. Des associations de défense de la nature appellent quand même à la prudence. Dans un courrier adressé à la préfecture la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) s’interroge. Quel impact des plastiques utilisés pour les flotteurs ? Quelles conséquences pour les poissons de ces zones d’ombre créées par ces couvertures artificielles ? Des produits seront-ils utilisés pour nettoyer les panneaux ?

Photovoltaïque flottant : la lettre de position de la LPO Alsace à madame la Préfète by France3Alsace on Scribd

 

La préservation de la biodiversité avant tout 

"Nous voudrions un schéma général pour que chacun sache où il met les pieds. Il y a des zones humides protégées, des gravières où ça ne pose pas de problème mais d’autres plus sensibles, et plus fréquentées par les oiseaux migrateurs" indique Christian Braun, directeur de la LPO Alsace.

La technique et récente, les études environnementales peu nombreuses. Elles représentent le gros du travail qui reste à faire dans ces dossiers. Pour Stephan Helmbacher, qui a multiplié les initiatives en faveur de la faune des gravières, c’est une évidence : "Un plan d’eau paraît inutile, mais il a un rôle à jouer, et il regorge de vie. Il ne s’agit pas de la compromettre. Si on voit qu’il y a la moindre conséquence négative sur l’environnement, on ne fera rien".

Le maire d’Eschau se dit "confiant" et espère mener le dossier à son terme. L’un des 10 projets d’envergure que l’Eurométropole appelle de ses vœux dans le domaine (avec des installations sur le parking du Zénith ou le parc expo). Objectif 2030 : 70 MWc produits dans l’agglomération. Pour alimenter 10% de sa population.

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