Ils distillent leur schnaps pour perpétuer la tradition en Alsace

Des habitants d'Oberhoffen-sur-Moder, dans le Bas-Rhin, ont monté une association de bouilleurs de cru pour sauver un vieil alambic de la destruction et entretenir des techniques transmises par leurs parents et grands-parents. Pour la première fois cette année, certains ont distillé de la figue.

Quand on se promène à Oberhoffen-sur-Moder, il peut encore arriver que des odeurs de schnaps se dégagent de l'une ou l'autre cour. Quelques bouilleurs de cru produisent toujours de l'eau de vie, chez eux. 

Plus que de valoriser les fruits de leur verger, ils veulent surtout continuer à faire vivre une vieille tradition. Dans le village, un alambic ambulant a longtemps circulé de maison en maison. Il appartenait à la coopérative agricole de la commune. En 1950, elle comptait 200 membres, dont la plupart faisait du schnaps. Et puis, bien moins, presque plus personne en 2020. La coopérative a été dissoute et l'avenir de l'alambic compromis. 

C'est pour le sauver que Patrick Heinrich a créé l'association des bouilleurs de cru d'Oberhoffen-sur-Moder, au printemps 2021. "L'alambic risquait clairement d'être démoli. Or, il fait vraiment partie de notre histoire, on veut perpétuer la tradition, les techniques que nous ont apprises nos parents et grands-parents", confie-t-il. L'appareil, vieux de 80 ans, a été totalement restauré par un chaudronnier de Rhinau. 

Tout le monde peut distiller

Chaque membre peut le louer, pour deux euros l'heure. Et la sauvegarde des anciennes coutumes n'empêchent pas la nouveauté. Pour la première fois, cette année, Patrick Heinrich a fait de l'eau de vie de figue. Tous ses autres arbres fruitiers ont subi le gel lors des trois dernières années, alors il a décidé d'innover. Et le résultat est porteur d'espoir : "On peut maintenant affirmer qu'on peut faire du schnaps de figue", sourit-il. 

Ce qu'il espère désormais, c'est attirer du monde dans son association, qui compte déjà une quarantaine de membres : "Les gens ne savent pas qu'en Alsace, tout le monde peut distiller, il faut seulement louer un verger ou avoir un arbre fruitier sur son terrain. On veut faire en sorte que cela se sache davantage". Il suffit d'effectuer une déclaration au service des douanes.

Son fils Nicolas, 23 ans, fait pleinement partie de l'aventure. Enfant, il a toujours vu son père et son grand-père distiller. Aujourd'hui, il tient à prendre la relève. Il a créé un site internet pour les bouilleurs de cru d'Oberhoffen-sur-Moder, une page Facebook et même un compte TikTok (voir ci-dessous) pour toucher des jeunes de son âge. 

Il s'intéresse tellement à la question de la "sauvegarde et la transmission des traditions alsaciennes d'arboriculture et de distillation" qu'il en a fait son sujet de mémoire, dans le cadre de son master de management et gestion de projet à l'Institut européen de formation à Strasbourg.

Au-delà de la production, l'ambiance

Pour Nicolas, comme pour son père, les journées passées à distiller dépassent largement la simple fabrication de schnaps. Elles se vivent dans une certaine ambiance, une convivialité. On s'affaire autour de l'alambic à plusieurs. Dans l'après-midi, les voisins et d'autres copains viennent inspecter les travaux finis. 

"Cela commence au moment où on ramasse les fruits, on est ensemble, on se retrouve, on papote. Et cela continue ensuite quand on distille, confient-ils. C'est aussi tout cela que l'on veut conserver."

Les bouilleurs de cru peuvent bénéficier d’une remise de 50% sur les taxes pour les dix premiers litres d'alcool pur produits.

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