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“Nous étions convaincus que c’était Jean-Marc Reiser” témoigne une cousine de Françoise Hohmann, disparue en 1987

Françoise Hohmann, disparue en 1987 à Strasbourg, dans le quartier de Hautepierre. / © Montage photo images INA
Françoise Hohmann, disparue en 1987 à Strasbourg, dans le quartier de Hautepierre. / © Montage photo images INA

La disparition de Sophie Le Tan met en lumière celle - jamais élucidée - de Françoise Hohmann en 1987 à Strasbourg. Mis en cause, Jean-Marc Reiser avait été acquitté en 2001. La cousine de Françoise Hohmann s'est confiée à France 3 Alsace. Elle évoque son choc et son sentiment de colère.
 

Par Marie Coulon

Catherine (le prénom a été modifié) est rentrée de vacances il y a quelques jours. "De superbes vacances en Sardaigne". Des vacances pendant lesquelles, cette mère de famille de 45 ans, habitante de Haguenau, ne se doutait pas que sa vie allait à nouveau basculer.

"Au retour, ça a été la douche froide. J’ai allumé la télé, j’ai vu les photos de ma cousine qui tournaient en boucle, j’ai vu qu’une autre jeune femme avait disparu. J’avais l’impression d’être dans un mauvais film, confie-t-elle par téléphone à France 3 Alsace, avant d’ajouter, en larmes, je ne dors plus, je ne mange plus, l’histoire se répète."
 

A l’époque de la disparition de Françoise Hohmann, en 1987, Catherine avait 14 ans. "J’étais encore jeune, ma famille m’a protégée, mais ça a été très difficile. Nous étions très proches elle et moi, nous passions nos vacances ensemble, c’était une super fille", se souvient-elle. Françoise Hohmann, jeune vendeuse d’aspirateurs à domicile, s’était volatilisée un 8 septembre, le dernier client à qui elle avait rendu visite avant sa disparition, dans le quartier de Hautepierre, à Strasbourg, était Jean-Marc Reiser. "Difficile de ne pas faire le parallèle avec la disparition de Sophie Le Tan, disparue un 7 septembre", constate-t-elle avec amertume.
 

"À l’époque, on ne nous a même pas crus. Il a fallu attendre un mois pour que nous puissions déposer plainte". Mis en cause, Jean-Marc Reiser a finalement été acquitté par les jurés de la cour d'assises du Bas-Rhin en 2001, faute de preuves tangibles.

Quand mon oncle et ma tante ont appris l’acquittement, ça a été l’horreur. Ils sont devenus fous. Ils ont dit à l’avocat de Reiser qu’il était le diable.


"Nous étions convaincus que c’était lui. Il y a des éléments qui ont été retrouvés dans sa voiture en 1997. Une pelle, une cordelette sans compter son passé judiciaire déjà bien fourni. C’est parlant tout de même, non?" Un procès, auquel les parents de Françoise Hohmann, 80 ans aujourd'hui, ont évidemment assisté.  "Quand mon oncle et ma tante ont appris l’acquittement, ça a été l’horreur. Ils sont devenus fous. Ils ont dit à l’avocat de Reiser qu’il était le diable."
 

En trente-et-un ans, Françoise Hohmann, n’a jamais été retrouvée. "Nous n’avons jamais pu savoir ce qui était arrivé à notre cousine. Nous n’avons jamais pu faire notre travail de deuil. Imaginez ce que ressentent les parents. Perdre un enfant c’est déjà difficile, mais dans ces conditions, c’est inimaginable. On m’a volé ma cousine, on leur a volé une fille». Depuis plusieurs années, la famille avait choisi de ne plus parler de ce drame. "Nous nous étions conditionnés à mourir sans savoir."

La disparition de Sophie Le Tan le 7 septembre à Schiltigheim, et la mise en examen dix jours plus tard de Jean-Marc Reiser pour enlèvement, séquestration et assassinat,  ravive dorénavant le passé et la douleur. "Nous sommes en colère contre la justice. Pourquoi cet homme n’était-il pas suivi correctement? Tout le monde savait qu’il était dangereux. Même les voisins disent aujourd'hui qu’ils avaient des doutes et des interrogations sur son profil. Avec ses antécédents, Reiser a pu travailler dans une médiathèque, approcher des jeunes femmes. Ce n’est pas normal. Malheureusement il a fallu une disparition pour que ça ressorte. Ça ne m’étonne même pas", s’emporte Catherine.
 

Les proches de Françoise Hohmann se disent solidaires de la famille de Sophie Le Tan. "Nous n’avons pas encore pris contact avec ses parents. Il faut d’abord qu’on digère". Concernant leur propre affaire, même si Jean-Marc Reiser ne pourra plus jamais être accusé du meurtre de Françoise Hohmann, son acquittement étant définitif, Catherine avoue "garder espoir de connaître un jour la vérité". "Je demande à la justice de nous rendre Françoise. Ce serait un miracle. Avec l’évolution des moyens de recherche et d’investigation, il y a peut-être encore un espoir».

Les parents de la disparue pourraient se rapprocher d’un nouvel avocat dans les prochains jours. "On sait que la suite va être difficile, mais nous sommes prêts à nous battre" conclut Catherine. 
 

L'affaire Hohmann pourrait-elle être rouverte?

Maître Gletty, l'ancienne avocate de la famille Hohmann, est catégorique. "Il ne peut pas y avoir de procès en révision. Cela ne marche que pour innocenter quelqu'un qui a été déclaré coupable. Jean-Marc Reiser a été acquitté, il ne pourra plus jamais être condamné pénalement, même s'il avouait finalement avoir tué Françoise."

Le fantôme de Françoise Hohmann planera inévitablement sur les débats à venir.


N'y a t-il alors aucune chance de relancer des recherches pour retrouver la disparue? "L'instruction pourrait être relancée concernant la recherche de Françoise Hohmann si des éléments tangibles étaient mis à jour. Mais une fois encore, on ne pourra aboutir à aucune condamnation".  Dix-sept ans après le procès, l'avocate garde un sentiment d'amertume, avouant n'avoir connu qu'un échec marquant dans sa carrière : l'acquittement de Jean-Marc Reiser.  Et elle l'affirme "le fantôme de Françoise Hohmann planera inévitablement sur les débats à venir."

Pendant la conférence de presse donnée par la procureure de Strasbourg, Yolande Renzi le 18 septembre, celle-ci avait évoqué cette affaire... tout en expliquant qu'on ne pouvait pas l'évoquer, mais en précisant que les enquêteurs avaient trouvé des "éléments intéressants" : "Il ne peut plus aujourd’hui être fait état de la décision d’acquittement qui a été prononcée par la cour d’assises du Bas-Rhin en mai 2001 du chef d’homicide volontaire sur cette jeune femme dont le corps n’a toujours pas été retrouvé à ce jour. Mais à l’examen de ce dossier, qui est définitif, qui ne pourra pas être repris, le juge d’instruction pourra trouver dans la lecture ce dossier trouver des éléments intéressants sur comment à l’époque les enquêteurs avaient été amenés à s’intéresser à Jean-Marc Reiser."
 

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