Marché de Noël de Strasbourg : le ras-le-bol d'associations contre un “bulldozer enguirlandé”

L'une des files d'attente pour pénétrer au coeur de la Grande-Île de Strasbourg, en période de marché de Noël. / © Jean-Marc Loos, MaxPPP
L'une des files d'attente pour pénétrer au coeur de la Grande-Île de Strasbourg, en période de marché de Noël. / © Jean-Marc Loos, MaxPPP

Six associations ont protesté contre les "dérives sécuritaires" liées au marché de Noël à Strasbourg. Leur communiqué, envoyé le vendredi 20 décembre, dénonce des "mesures discriminatoires et arbitraires" au profit "du tourisme et de la consommation de masse", et appelle à signer une pétition.

Par Vincent Ballester

Marre des "dérives sécuritaires" qui se révèlent "discriminatoires et arbitraires" pour encadrer l'accès au marché de Noël de Strasbourg. C'est ce qu'explique en substance un communiqué rendu public le vendredi 20 décembre 2019 par six collectifs "féministes à visée intersectionnelle en lutte contre le système capitaliste" : Anti-capitalisme, anti-patriarcat, Aimons nous tou.te.s, Pink Bloc Strasbourg, Solidaires étudiant.e.sReprendre la ville, et Les Bouchères. 

Les membres de ces collectifs dénoncent des dérives "quotidiennes" relatives à la Grande-Île, où se tient le marché de Noël du 23 novembre au 31 décembre :
  • l'arrestation de deux Tchétchènes soupçonnés d'avoir fait un geste d'allégeance à Daesh devant la cathédrale ("violences racistes")
  • la confiscation d'objets lors des contrôles à l'entrée de la Grande-Île ("fouille abusive")
  • l'interdiction de circuler avec mégaphone ou banderoles, objets utilisés en manifestations ("faire taire les habitant.e.s engagé.e.s")
  • l'arrêté anti-mendicité, pris en avril 2019
  • l'interdiction des chiens de catégorie 1 et 2 ("évincer les personnes précarisées dont le compagnon est un chien de cette catégorie")
 

Le communiqué poursuit : "Comment peut-on justifier la mise en place de tout cet arsenal ? [...] La surveillance et les contrôles de masse ne constituent pour nous en aucun cas une solution, c'est une mascarade." 

Le caractère "absurde" du dispositif de sécurité, (coûteux, un million d'euros) , est souligné par les six collectifs. Ils rappellent que le simple fait de passer en dehors des horaires de contrôle permet de faire passer tout objet pouvant constituer une menace. 
 

Les membres de ces collectifs se disent solidaires des associations Petite France et des habitant(e)s du quartier Gare et appellent à signer leur pétition sur le site Change.org. Les collectifs expriment aussi leur solidarité vis-à-vis des travailleurs et travailleuses. 

Le commerce de proximité est aussi impacté par ces mesures malgré la présence de touristes en nombre. Audrey Bataillard, gérante du Petit local Scholler, magasin d'alimentation biologique situé place Broglie, nous a déclaré : "On le ressent. Les gens ne peuvent plus circuler librement. [...] On ne peut plus stationner ou utiliser le parking."
 

Les personnes à mobilité réduite ne viennent plus, car les trajets de bus ont changé
- Audrey Bataillard, gérante du Petit local Scholler 


Elle poursuit : "On ne voit plus nos habitués. Le 23 novembre, ils m'ont dit : 'à l'année prochaine' ! Parce qu'ils n'ont plus accès au centre-ville en tram : le plus proche est à République. Tout l'hypercentre est bouclé, et cela pose un problème, pas pour les touristes, mais pour nos clients à nous. Et les personnes à mobilité réduite ne viennent plus non plus, car les trajets de bus ont aussi changé. [...] En six ans, j'ai toujours vu le chiffre d'affaires dégringoler au mois de décembre, de 20 à 30%. Les commerçants de proximité travaillent avec... la proximité !"
 





 

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