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Un policier raconte les manifs des gilets jaunes: “Tous les samedis, on se dit: est-ce que c'est moi qui vais prendre?”

Les forces de l'ordre sont mobilisées tous les samedis depuis le 17 novembre. Photo prise à Strasbourg, le 2 février 2019. / © Frederick Florin / AFP Photo
Les forces de l'ordre sont mobilisées tous les samedis depuis le 17 novembre. Photo prise à Strasbourg, le 2 février 2019. / © Frederick Florin / AFP Photo

Depuis bientôt trois mois en Alsace, comme partout en France, policiers et gendarmes mobiles sont mobilisés chaque samedi durant les mobilisations des gilets jaunes et font parfois face à des casseurs. Au fil des semaines, le schéma se répète et la fatigue s'installe. Un policier témoigne.

Par Aurélia Abdelbost

Depuis le 17 novembre 2018, les policiers et les gendarmes sont systématiquement mobilisés les samedis pour maintenir l'ordre lors des manifestations des gilets jaunes. A Strasbourg, Colmar ou dans des plus petites villes (comme Pfastatt), la situation est parfois tendue. Si certaines manifestations se passent très bien, d'autres, notamment ces dernières semaines, ont été marquées par des violences et des interpellations. Beaucoup de policiers qui ne sont d'ordinaire pas affectés au maintien de l'ordre sont appelés en renfort. La fatigue est généralisée, un policier membre du syndicat Alliance police nationale témoigne. 
 
 

"Un manque flagrant de matériel"

"On nous appelle quasi-systématiquement le samedi, il faut venir tôt. On fait du 8h-20h. Pendant 12 heures, on met pied à terre, on remonte dans le véhicule ou on court avec 10 ou 12 kg de matériel sur le dos. Forcément, l'organisme est épuisé", témoigne l'ancien chef de brigade spécialisée de terrain (BST) qui a participé à presque tous les samedis de manifestations. "Peut-être qu'il faut que ça cesse maintenant."

Chaque semaine, le même schéma se répète et tourne de plus en plus souvent à l'affrontement : "On commence à avoir l'habitude, ça se passe crescendo. Au début, c'est des provocations, des insultes et puis après c'est des projectiles. On reçoit beaucoup de canettes, bouteilles, cailloux, pétards et mortiers. On nous jette même des barrières de chantier, des conteneurs de poubelles incendiés, voire des pavés." Des affrontements systématiques qui apportent un stress suplémentaire aux fonctionnaires: "On sait que des casseurs vont se greffer et que ça va partir à l'affrontement. Tous les samedis, on se dit : est-ce que c'est moi qui vais prendre ?"
 

Samedi 2 février par exemple, il souligne que de nombreux policiers ont été blessés: "Plusieurs collègues ont reçu des projectiles dans les jambes, un autre a reçu un projectile sur le casque et a été fortement étourdi." Les fonctionnaires souffrent aussi d'irritations au niveau des yeux à cause des retours de vent et des grenades lacrymogènes relancées vers les forces de l'ordre. "Beaucoup de services sollicités ne sont pas prévus pour le maintien de l'ordre au départ et il y a un manque flagrant de matériel, que ce soit des lunettes de protection efficaces contre les gaz, des casques ou des jambières."
 

"On ne tire pas au hasard dans la foule!"

Pour maintenir l'ordre, les policers font usage de plusieurs armes: grenades lacrymogènes, genades à main de désencerclement, grenades GLFI-F4, lanceur de balles de défense (LBD 40). Des armes mises en cause dans des blessures graves de manifestants. A Strasbourg, un adolescent de 15 ans a été blessé à la mâchoire, probablement par un tir de LBD.

Mais pour ce policier, il n'y a pas de question à se poser quant à leur usage: "Ces armes sont à 200% proportionnées, on est face à des projecticles qui peuvent nous blesser gravement. Les grenades lacrymogènes, c'est bien mais à un moment ce n'est pas suffisant. On a des gens en face de nous qui sont équipés de masques, lunettes, voire même de protège-tibias." Il précise: "Contrairement à ce que certains peuvent penser, on tire dans le cadre de violences urbaines, si une personne ramasse un projectile et vise les forces de l'ordre par exemple. C'est en cas de faits graves, on ne tire pas au hasard dans la foule.
 

"Il suffit que quelqu'un bouge en une fraction de seconde et on ne gère pas l'impact"

Les policiers doivent agir en pleine cohue et s'adapter à différents publics : "Il y a les gens qui passent, les manifestants, les groupuscules de casseurs et ce que j'appelle le tout-venant, des opportunistes - souvent des jeunes qui viennent en découdre." Dans ce désordre ambiant, avec des gens qui courent et la fumée des incendies de conteneurs, les policers expliquent qu'ils ne peuvent pas tout contrôler : "Dans un mouvement de foule, même avec un bon tir, il suffit que quelqu'un bouge en une fraction de seconde et on ne gère pas l'impact", admet-il. Depuis samedi 26 janvier, les policiers portant des lanceurs de balles de défense sont équipés d'une caméra-piéton dont la bande peut être exploitée dans le cadre d'enquêtes. 
 

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