Reconfinement : filière du jouet, "On est fortement en danger" alerte le gérant de plusieurs magasins JouéClub en Alsace

La filière du jouet est inquiète. Avec ce second confinement, certains magasins de la coopérative JouéClub perdent jusqu’à 90% de chiffre d’affaires. Un manque à gagner irrattrapable selon les professionnels, qui voudraient rouvrir dès le 28 novembre 2020.
 
Les professionnels du jouet sont inquiets
Les professionnels du jouet sont inquiets © Olivier Ruyer
Leur plus beau cadeau de Noël ? Rouvrir au plus vite. En ce mois de novembre vécu sous cloche, les acteurs de la filière du jouet tirent la sonnette d’alarme.

"L’enjeu prioritaire est bien entendu de savoir comment les enfants vont pouvoir avoir leurs cadeaux au pied du sapin. Mais il y a aussi un enjeu de survie d’entreprise. Aujourd’hui, Le compte n’y est pas. Certains de nos magasins enregistrent entre 80 et 90% de pertes", alerte Franck Mathais, porte-parole national de la coopérative JouéClub qui regroupe 300 entités en France, dont 9 en Alsace.

En pleine période de l’Avent, d’ordinaire très importante, "puisqu’elle représente un tiers des ventes de la saison", Olivier Ruyer, commerçant indépendant, se sent bien seul. A l’intérieur de ses trois magasins de Vendenheim, d’Haguenau et de Schweighouse-sur-Moder, quelques-uns de ses salariés déambulent encore pour préparer les commandes reçues du week-end. "Le click and collect dépanne. On fait 25% du chiffre habituel avec 50% des équipes", explique-t-il. De quoi sauver les meubles, même si "les paniers moyens sont beaucoup plus faibles. Les clients achètent un ou deux produits, alors que chez nous, quand ils ressortent, ils ont le caddy plein. Et puis nos clients on ne les voit pas, les enfants non plus. C’est triste. On imprime des listes, mais c’est impersonnel".

 

Pour les magsins, Ce n’est pas le moment d’abandonner les clients et pour les clients, ce n'est pas le moment d’abandonner son commerce habituel

Franck Mathais, porte-parole de la coopérative JouéClub



Comme les autres professionnels du secteur, le directeur attend de pouvoir lever le rideau pour écouler les stocks gonflés avant le confinement. Car depuis juin dernier le marché du jouet était à nouveau en pleine croissance. La période de Noël s’annonçait florissante. Chez JouéClub, les chiffres de vente tutoyaient des records. Plus 30% en septembre par rapport à 2019, et jusqu'à 40% le 12 octobre quelques jours après la parution du traditionnel catalogue de Noël. Une forte demande liée, notamment, à l’incertitude du lendemain, qui laissait penser à une probable ruée dans les rayons.
 

Chers clients, Suite aux mesures annoncées hier soir, nous sommes contraints de rester fermé à notre grand...

Publiée par JouéClub Ruyer Vendenheim sur Vendredi 13 novembre 2020

"Les magasins sont pleins. On avait anticipé la rupture des fournisseurs en achetant en avance. On a de la marchandise que l’on doit payer, que l’on vende ou pas", reprend Olivier Ruyer. "On annonçait au mois d’octobre dix fois plus de rupture de stock que d’habitude. Désormais, il y a une grosse angoisse parce que ça représente des valeurs importantes", confirme encore Franck Mathais, qui table sur une réouverure dès le 28 novembre, si le gouvernement donne son feu vert, pour "avoir un week-end de plus".

Des fermetures "probables" de magasins

Cela suffira-t-il ? "C’est évident qu’on fera une saison bien en deçà que ce qu’on avait prévu de faire. On est fortement en danger", s’inquiète Olivier Ruyer. "Le retard accumulé avec la fermeture en novembre est irrattrapable. La saison se répartie en 40% en novembre et 60% en décembre. On ne peut pas reporter ces 40% sur le mois prochain. D’autant que les mesures de sécurité sanitaire sont renforcées. Donc ce qui est perdu est perdu", estime Franck Mathais.

Selon lui, certains des magasins de la coopérative pourraient mettre la clé sous la porte à l’issue de la crise. Difficile, dans ces conditions, de conserver la magie des fêtes, d’autant que la polémique enfle sur la "vente au comptoir" pratiquée par certaines enseignes de la grande distribution, pourtant interdites de vendre des produits considérés comme "non essentiels".  "On le regrette et on espère que l’administration sanctionnera les magasins en défaut", lance encore le porte-parole qui en appelle aux consommateurs pour favoriser le commerce de proximité.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
noël événements sorties et loisirs noël en alsace économie consommation coronavirus/covid-19 santé société