Strasbourg : des hébergements pour accueillir les toxicomanes dans la salle de consommation à moindre risque

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Écrit par Léna Romanowicz ; Isabelle Michel
Depuis le 1er juillet, la salle de consommation à moindre risque de Strasbourg offre un toit aux toxicomanes.
Depuis le 1er juillet, la salle de consommation à moindre risque de Strasbourg offre un toit aux toxicomanes. © Jean-Marc LOOS / Maxppp

Etre dépendant à la drogue est un défi quotidien. A Strasbourg, la salle de consommation à moindre risque a ouvert le 1er juillet 20 chambres destinées aux toxicomanes pour les accueillir dans des conditions sanitaires sécurisées. Plus de la moitié des usagers sont à la rue.

Pionnière en 2016 avec l’ouverture de la salle de consommation à moindre risque (SCMR), "Argos" à Strasbourg a décidé d'ouvrir 20 places d'hébergement pour les toxicomanes. Alors que plus de 50% des usagers de la salle vivent dans la rue, ce dispositif doit leur faciliter l'accès au soin et surtout, leur permettre de trouver un toit. 

Ce projet unique en France, de 1,3 million d'euros, est financé par la ville, l’agence régionale de santé, l’hôpital de Strasbourg et l’association Ithaque, qui lutte contre toutes les addictions. Il permettra ainsi aux 500.000 toxicomanes qui viennent chaque année d'être plus autonomes et d'éviter les ruptures de prises en charge.

"Avoir un toit les sécurise"

Point important, aucun sevrage n'est demandé pour accéder aux chambres. "En France, dans le règlement intérieur des hébergements d'urgence, on dit vous n'avez pas le droit de consommer de la drogue dans ces lieux, ce qui est normal puisque la consommation est interdite. Et là, on a réussi à avoir ces dérogations en accompagnement pour permettre à ces usagers d'avoir un toit et du soin. Nous considérons qu'ils sont malades", explique Alexandre Feltz, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la santé. L'objectif est de répondre à la précarité des toxicomanes et d'éviter un cercle vicieux à la sortie de la salle de consommation. "Le fait d'avoir un toit les sécurise, c'est très important", ajoute l'adjoint.

Un dispositif unique en France

En plus des infirmiers, des consultations médicales et de l'accompagnement des travailleurs sociaux, l'hébergement aide les toxicomanes "vivant dans des conditions indignes à améliorer leur état de santé", souligne Aurélie Kreiss, cheffe de service de la salle de consommation. Pour Olivier Villeuneuve, toxicomane pendant dix ans, c'est un véritable tremplin : "J'ai vécu dehors et il y a plus de trois ans, j'ai tout arrêté de moi-même. L'atterrissage est moins brutal en venant ici." Désormais, il aide les usagers à s'en sortir. 

Cette première en France suit d'ailleurs les recommandations de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) dans sa dernière évaluation publiée en mai 2021. L'institut confirme l'intérêt des SCMR tout en soulignant la nécessité d'y intégrer des hébergements. "Des pistes d’amélioration supplémentaires sont à trouver : elles passent par la sensibilisation des usagers (...), et surtout un meilleur accès à l’hébergement pour les usagers les plus précaires, l’injection dans l’espace public étant un lieu non hygiénique et contraignant pour les usagers." (p.227)

Chose rare, les animaux de compagnie sont acceptés à Argos. Les travaux n'étant pas encore terminés, pour l'instant, seules dix chambres sur les 20 prévues sont disponibles.

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