Strasbourg : Koenigshoffen, Cronenbourg, Grande-Île, à quoi servent les nouveaux référents de quartier

La municipalité élue en juin 2020 a décidé de mettre un point d'honneur à la vie citoyenne strasbourgeoise. Cet engagement passe par les vingt élus de quartier et le redécoupage géographique des zones. Zoom sur trois d'entre eux et leur élu à Koenigshoffen, Grande-Ile et Cronenbourg.

Pierre Ozenne, Salem Drici et Guillaume Libsig, référents de quartier à Strasbourg.
Pierre Ozenne, Salem Drici et Guillaume Libsig, référents de quartier à Strasbourg. © Léna Romanowicz / France Télévisions
Ils sont appelés élus ou référents de quartier, leur rôle n'est pas très bien connu mais ils sont pourtant les premiers interlocuteurs des Strasbourgeois. Le redécoupage des quartiers mené par la maire écologiste Jeanne Barseghian et ses adjoints a permis de doubler le nombre de référents. Lors de l'ancienne mandature, ces derniers étaient tous des adjoints au maire, ce qui n'est plus le cas. Ces changements, qui peuvent paraître anodins, doivent permettre aux élus de dégager du temps pour leurs habitants dans une zone désormais à taille humaine. Les référents de Koenigshoffen, Grande-Ile et Cronenbourg nous ont expliqué leur rôle et leurs projets. 

Territoires en transition ou coeur historique de la ville, les quartiers présentent des enjeux communs. Parmi eux, la place de la nature en ville, l'accès aux transports en commun ou encore l'avantage donné aux piétons et aux cyclistes. Pierre Ozenne, Salem Drici et Guillaume Libsig sont respectivement élus des quartiers de Koenigshoffen, Grande-Ile et Cronenbourg, qui comptent chacun quelque 13.000 habitants. Désormais répartis sur vingt quartiers, les référents l'étaient seulement sur dix lors de l'ancienne mandature, comme le montre la carte ci-dessous qui doit être mise à jour :

À Koenigshoffen, "l’arrivée du tramway doit rester au service de la population et ne pas la faire fuir"

Pierre Ozenne connaît bien son quartier et "ça facilite les choses." Cet ingénieur des travaux publics et adjoint aux espaces publics partagés, foires, marchés et voiries, a emmenagé à Koenigshoffen en 2003 et a toujours milité pour l'arrivée du tramway. À 38 ans, l'adhérent d'EELV définit le rôle de référent comme "le maillon le plus proche de la population. Il doit porter le projet démocratique et faire le lien avec la population." Selon lui, Koenigshoffen a deux visages, l'un végétalisé avec des grands appartements et des jardins familiaux, l'autre dense et minéralisé, comme sur cette photographie :  
Le quartier de Koenigshoffen doit être végétalisé selon Pierre Ozenne.
Le quartier de Koenigshoffen doit être végétalisé selon Pierre Ozenne. © Léna Romanowicz / France Télévisions
Pierre Ozenne dresse la liste de ses futurs travaux : écoles, parc, tram, beaucoup de sujets sont sur la table. "Les écoles de Koenigshoffen sont saturées, on n’accueille pas les élèves dans de bonnes conditions. L’idée est de créer une nouvelle école, même deux", lance-t-il pour commencer. Avec une forte population âgée de moins de 25 ans (ils représentent un quart des habitants de Strasbourg), les collèges et lycées du quartier sont primordiaux, et pourtant, ils ne sont pas suffisants. Ici, les jeunes vont au collège Kléber, situé place de Bordeaux, soit à 35 min (voire 45) en transports en commun du seul collège du quartier, celui de Jacques Twinger.
 

L'ancienne mandature a voulu faire des économies

Pierre Ozenne


Le problème de la saturation ne touche pas que les écoles. Alors qu'il a milité pour l'installation du tramway, Pierre Ozenne ne mâche pas ses mots : "Le projet est mal foutu. Avec le contournement de la ligne F, le tramway ne va plus passer par la Laiterie et l'Elsau. L'ancienne mandature a voulu faire des économies donc on a prolongé le tram en sacrifiant des arrêts." Pour rappel, le déploiement de la ligne F à Koenigshoffen a coûté 43 millions d'euros.
 
Selon lui, "l’arrivée du tramway doit rester au service de la population et ne pas la faire fuir", le quartier est en effet "en forte mutation", avec l'installation de jeunes couples notamment. Et pour les occuper eux comme les plus petits, Pierre Ozenne envisage la création d'un parc de 30 hectares entre Cronenbourg et Koenigshoffen. L'idée est de végétaliser la partie qui avoisine l'autoroute. À cela doit s'ajouter une mise en valeur du passé romain, en créant "un espace dédié à cette histoire pour les enfants avec des répliques, des parcours et des aménagements."

Dans la Grande-Île, "l'envie de plus de diversité dans les ménages"

"Être à l'écoute, modeste et installer une relation de confiance", à 44 ans, Salem Drici, membre du mouvement Place publique, annonce d'emblée les qualités d'un bon référent. L'élu du quartier Grande-Île insiste sur les échanges à mettre en place avec ses homologues, l'équité territoriale étant le fer de lance de la campagne de Jeanne Barseghian. Ce documentaliste de profession estime qu'il faut "connaître le quartier sans se l'approprier." Il compte bien jouer la carte de la proximité et faire valoir son expérience d'ancien adjoint à la culture en Franche-Comté. 

À Strasbourg, la Grande-Île constitue un territoire majeur, à la fois historique (il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco), économique (deux millions de touristes lors du marché de Noël), et dynamique (il rassemble de nombreux bars et restaurants). Salem Drici sait déjà à quoi s'attaquer. Cela commence par reconquête du centre-ville, et "surtout pour les familles. J'ai envie de plus de diversité dans les ménages", lance le référent.
Salem Drici sur la place Saint-Pierre-le-Vieux, dans le quartier de la Grande-Île.
Salem Drici sur la place Saint-Pierre-le-Vieux, dans le quartier de la Grande-Île. © Léna Romanowicz / France Télévisions
En effet, avec 60 % des ménages composés d'une seule personne, l'enjeu est grand. "Les logements sont de petites tailles, les prix sont élevés et les locations touristiques se développent. C'est une zone peu attractive pour les familles". Et pour tous les habitants, le quartier doit être "plus respirable" en créant des îlots de fraîcheur, "comme dans la rue de la Vignette." En parallèle, le développement des mobilités douces va se poursuivre, "dans la logique de l'urgence climatique." Au programme, la multiplication des itinéraires piétons et cyclables et l'élargissement des trottoirs. Alors que Jeanne Barseghian vient d'abroger l'arrêté anti-mendicité, Salem Drici se positionne sur "l'aménagement urbain anti SDF" qu'il trouve "inacceptable. Chacun a le droit à la ville, même si les intérêts divergent."

À Cronenbourg, "les habitants n’hésitent pas à se faire entendre"

Passé de spectateur à militant politique dès 2017, Guillaume Libsig est un ancien du Labo citoyen, un club de réflexion imaginé par Syamak Agha Babaei, l'actuel premier adjoint. Proche du milieu associatif et socio-culturel strasbourgeois, ancien formateur BAFA et actif dans le théâtre d'improvisation, le référent et adjoint à la vie associative, aux animations urbaines et à l'éducation populaire, a plus d'une corde à son arc. Il partage le quartier de Cronenbourg avec Christelle Wieder qui se charge de la Cité nucléaire. "Il y a six Cronenbourg différents, c'est un quartier ultra mixte", estime Guillaume Libsig, qui habite dans l'éco quartier, une zone "en réinvention."
 
Guillaume Libsig devant l'église Saint-Sauveur à Cronenbourg.
Guillaume Libsig devant l'église Saint-Sauveur à Cronenbourg. © Léna Romanowicz / France Télévisions
En plus de travailler sur le lien avec les zones limitrophes comme Schiltigheim, le référent met un point d'honneur sur la jeunesse et le milieu associatif. "Il faut de la prévention chez les jeunes, par rapport aux cartouches de protoxyde d'azote (devenues une drogue bon marché, NDLR) ou aux rodéos sauvages. Il faudra interroger les dispositifs qui ne fonctionnement plus, c'est du long cours", déclare l'élu. Et à Cronenbourg, les associations qui aident ces jeunes sont en difficulté, encore plus avec la crise sanitaire. "Ce qu'on entend c'est le besoin de locaux, elles n'ont pas besoin d'argent. Si on reconfine, ce n'est pas le chèque qui va aider", assure Guillaume Libsig, qui pense que les bénévoles devraient avoir un autre statut. 
 
"Il fallait mobiliser de façon pertinente. Ça va faciliter le dialogue entre la fonction 'territoire' et la fonction 'thématique'", déclare Hervé Polesi, le coordinateur des référents, au sujet du choix de désigner des adjoints en tant qu'élus de quartier. Il explique ce redécoupage par un "souci de proximité et le besoin d'avoir des quartiers à taille humaine afin d'améliorer la présence des élus."

Des permanences devraient être mises en place d'ici le mois de septembre pour permettre aux habitants de rencontrer leurs élus de quartier. En attendant, n'hésitez pas à les interpeller dans la rue, ils sont là pour ça.
 
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