Strasbourg : les promoteurs de la mosquée Eyyub Sultan rejettent des accusations "infondées" de séparatisme

L'association Millî Görüs, porteuse d'un projet controversé de mosquée dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, a vivement récusé ce mardi 6 avril les accusations selon elle "infondées" d'allégeance à Ankara ou de "séparatisme", lors d'une conférence de presse.

Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan, à la Meinau, le 22 mars 2021.
Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan, à la Meinau, le 22 mars 2021. © Karine Gélébart, FranceTélévisions

A l'occasion d'une conférence de presse organisée ce mardi 6 avril, l'association Millî Görüs, porteuse du projet de la mosquée "Eyyub Sultan" dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, a réagi. Se disant "particulièrement affecté" par les "nombreuses accusations" , le président du lieu de culte, Eyüp Sahin, a estimé que cela n'était "pas tolérable dans un grand pays comme la France. Nous ne sommes pas comptables de ce qui se passe dans notre pays d’origine", a-t-il martelé.

La polémique enfle ainsi depuis le vote lors du conseil municipal du 22 mars du "principe" d'une subvention municipale de plus de 2,5 millions d'euros. Ce vote a déclenché la colère du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Celui-ci reproche à la maire (EELV) Jeanne Barseghian de financer une "ingérence étrangère", celle de la Turquie, sur le sol français. Le coût total du projet de ce qui sera le plus grand complexe islamique d’Europe continentale avec ses 16.500 m², est estimé à 32 millions d'euros, dont 25 pour l'édification du bâtiment principal. 

Refus de signer la charte des principes de l'islam de France

Le ministre a également reproché à Millî Görüs de ne pas avoir signé en janvier la "charte des principes de l'islam de France", texte ratifié par seulement cinq des neuf fédérations composant le Conseil français du culte musulman (CFCM). "Nous avons été décriés tantôt comme étant des personnes instrumentalisées par des gouvernements étrangers, tantôt comme des personnes qui utilisent la religion pour faire de la politique", a déploré M. Sahin devant la presse, aux côtés de représentants de CCMTF et Foi et Pratique, deux associations qui avaient également refusé de signer la Charte. 

Une conférence de presse organisée le 6 avril dans les locaux de Millî Görüs à Strasbourg.
Une conférence de presse organisée le 6 avril dans les locaux de Millî Görüs à Strasbourg. © Louise Pezzoli/France Télévisions

"Notre réticence à signer la charte proposée, résulte du fait qu’à nos yeux, elle ne respecte pas la séparation essentielle entre la dimension étatique et religieuse", a indiqué Fatih Sarikir, président de la CIMG France. "Cette séparation entérinée par la loi de 1905, est pourtant l’un des biens les plus précieux de notre République. Nous pensons que certains passages de la charte pourraient donner aux musulmans, le sentiment qu’ils auraient, plus que les autres, l’obligation d’exprimer leur respect pour les lois et les principes de la République". 

Nous avons tous assisté à l’intervention de notre ministre de l’Intérieur qui n’a pas hésité à brandir contre la subvention pourtant légale, la charte provisoire qui n’a aucune valeur juridique, l’érigeant comme référence pour définir les principes de notre République et pour nous accuser d’être contre la République", a-t-il poursuivi, estimant que le "niveau de désinformation a atteint son paroxysme à travers les déclarations" de M. Darmanin lors du vote du "principe" de la subvention à la mosquée.

Représentant du CCMTF Alsace, Murat Ercan a lu une "déclaration" des trois organisations proclamant notamment leur "adhésion aux principes de la République" et leur "rejet" de "l'influence des Etats étrangers""Ça suffit, l'instrumentalisation de notre religion à des fins politiques!", s'est agacé Hamadi Hammami, président de Foi et Pratique. "Vous avez en face de vous des citoyens français de confession musulmane (...) Nous sommes bien dans nos baskets en tant que Français".  

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait estimé jeudi 1er avril dernier que Millî Görüs allait "à l'encontre des valeurs de la République" et n'avait "pas vocation à organiser des activités, à exister dans la République", sans toutefois annoncer la dissolution de cette organisation.  

"Nous ne sommes pas un parti politique"

La Confédération islamique Millî Görüs (CIMG) est "une association franco-française, indépendante et qui n'est rattachée à aucun Etat", a répliqué Eyüp Sahin. "Contrairement à certains qui nous pointent du doigt, nous ne sommes pas un parti politique, nous ne défendons pas de projet politique. Nous avons été présentés comme des ennemis de la République, des personnes avec qui il ne faut pas discuter. Nous refusons ces accusations. La construction de notre mosquée s’inscrit dans la continuité des relations de notre association avec les pouvoirs publics depuis les années 1970. Nous sommes accusés de séparatisme alors que l’investissement de notre mosquée pour le vivre ensemble est reconnu." Le financement du projet, est, selon M. Sahin, "transparent". "Nous tenons une comptabilité rigoureuse avec l’établissement d’un bilan comptable chaque année et nous mouvements bancaires sont tracés".  

La Ville de Strasbourg a annoncé la semaine dernière que la décision d'accorder ou non la subvention décriée sera prise "rapidement, en transparence", au cours du mois d'avril. La municipalité a précisé avoir transmis "ses exigences" à Millî Görüs.

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