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Bébé secoué: le récit du jour “où tout a basculé” et la bataille d'experts au procès de l'assistante maternelle à Colmar

Axel est aujourd'hui âgé de 4 ans, infirme moteur cérébral, il est incapable de marcher, de parler, ne parvenant à interagir qu’au travers de quelques sourires. / © Document remis
Axel est aujourd'hui âgé de 4 ans, infirme moteur cérébral, il est incapable de marcher, de parler, ne parvenant à interagir qu’au travers de quelques sourires. / © Document remis

Le procès de l' assistante maternelle, soupçonnée d’avoir secoué un nourrisson qu'elle gardait en 2015 se tient jusqu'à ce mercredi 15 mai à Colmar. Mardi, les expertises médico-légales, mais aussi l’audition du père d'Axel ont marqué les débats. Le verdict est attendu ce mercredi.

Par Marie Coulon

Un homme debout face aux jurés, essuyant quelques larmes, la tête levée pour regarder l’écran géant sur lequel défile une vidéo de son fils âgé de 4 ans, infirme moteur cérébral, incapable de marcher, de parler, ne parvenant à interagir qu’au travers de quelques sourires. C’est l’un des moments forts qui ont marqué le deuxième jour du procès d’une assistante maternelle de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) soupçonnée d’avoir secouer violemment le petit Axel Puviland lorsqu’il avait 5 mois.
 

Un procès aux assises de Colmar qui se révèle «psychologiquement très lourd» pour les parents de l’enfant mais  «qui représente beaucoup». La fin du parcours judiciaire après trois ans d’instruction, trois ans à attendre de savoir ce qui s’est vraiment passé ce 7 octobre 2015 lorsqu’ils ont été informés par la nounou que leur progéniture ne se réveillait plus et qu’il fallait venir au plus vite. Un jour «où tout a basculé», longuement raconté à la barre par Emmanuel Puviland, le père d’Axel. Le coup de téléphone sur l’autoroute allemande alors qu’il est en mission, le retour en trombe, l’arrivée à l’hôpital, la peur d’apprendre le pire, les examens et les annonces des médecins. Et puis le reste, la suite. Le présent qui «s’est considérablement compliqué» à cause des séquelles irrémédiables  conservées par le garçonnet. 

Aujourd’hui ma vie est une prison. On ne peut plus faire ce que l’on veut.
- Emmanuel Puviland, père d’Axel -


Une « déposition particulièrement touchante» reprendra la présidente du tribunal, Marie-Catherine Marchioni, précédée dans l’après-midi par les auditions de plusieurs témoins de la défense et de la partie civile. Tour à tour, connaissances, amies, anciens parents-employeurs, se sont exprimé sur la personnalité de la mise en cause, aujourd’hui âgée de 55 ans. Qui est-elle vraiment? Une professionnelle «toujours calme et maîtresse d’elle-même» comme elle a été décrite à plusieurs reprises, ou bien une nounou débordée, violente avec les enfants? Au cours des débats, des suspicions de maltraitance sur la grande soeur d’Axel, Anaé, confiée à la même gardienne entre 2013 et 2015, ont été mises au jour.
 

Mais au-delà de l’aspect psychologique, ce sont les conclusions médico-légales rédigées par deux collèges d’experts, qui ont davantage monopolisé les débats.
 

Bataille d’experts ou règlements de compte? 

Ces conclusions, récusées par la défense et le professeur Marescaux, neurologue strasbourgeois, connu pour ses prises de positions contradictoires dans plusieurs affaires, peuvent-elles prouver de manière irréfutable qu’Axel ait été victime du syndrome du bébé secoué? «C’est difficile» reconnaît le docteur Anne-Laurent Vannier, plus de 140 expertises de «bébés secoués» à son actif. Elle est la première à avoir été entendue en début de journée. La praticienne, qui a animé un groupe de travail à la Haute autorité de santé sur le sujet en 2017, s’attache notamment à démontrer qu’aucune autre cause n’aurait pu provoquer les hémorragies oculaires ou encore les lésions cutanées constatées, à l’époque, chez l’enfant. «Rien dans son carnet de santé ne présentait une notion d’anomalie de nature à expliquer ce qui s’est passé», affirme-t-elle. Une maladie génétique transmise par la mère? Non. Une chute de faible hauteur, un jeu qui aurait mal tourné, un traumatisme post-accouchement? Non plus. «Tout cela n’entraînent pas d’hémorragies rétiniennes et d’hématomes sous-duraux comme ceux provoqués par un secouement violent.» 
 

Quant à la version de la nounou, qui évoque un malaise soudain de l’enfant nécessitant un «réveil tonique», elle «n’est pas compatible avec les constatations médico-légales», intervient à son tour le professeur Raul, expert judiciaire. 

Pendant plus de deux heures, confrontés au jargon technique, scientifique, les jurés s’accrochent tant bien que mal, tentent de rester à flot. Point par point, les experts argumentent, font face  aux insinuations de connivence, de parti pris et de conflits d’interêt avancées par la défense. Le reste de la matinée se révèlera encore nettement moins sereine…
 

Le professeur Marescaux n’est quand même pas le professeur Foldingue.
L'avocat de l'assistante maternelle


Le neurologue Christian Marescaux, convaincu qu’un diagnostic différentiel aurait pu être envisagé, se présente lui aussi devant la cour. Problème, il n’a pas eu accès au dossier d’instruction, n’a pas non plus pu consulter le dossier médical de l’enfant placé sous scellé. En sa possession, quelques compte-rendus médicaux. «Je n’avais pas tous les éléments, d’où les idées que j’ai évoquées» avance-t-il. Le professeur bredouille un peu, «s’égare» selon la présidente, qui finira par le reprendre sèchement.

- «Monsieur Marescaux, combien d’expertises sur le sujet avez vous produites?
- Aucune
- Etes-vous expert judiciaire?
- Non. Je suis médecin.»

Le praticien, déstabilisé, quitte la salle et une audience médusée, plongée dans une atmosphère pesante, accentuée plus encore lorsqu’après la demande du renvoi de l’affaire formulée par maître Wacquez, l'avocat de la nounou, au motif de pouvoir produire une troisième contre-expertise, l’avocat général s’emporte: «le professeur Marescaux dit des inexactitudes. Il n’est pas documenté, il ne cite pas les études qui ne vont pas dans son sens, il part lui-même dans tous les sens. Il ne fait que détourner l’attention sur des choses qui ne sont pas importantes dans ce dossier. Ce n’est pas sérieux.» « Ce n’est quand même pas le professeur Foldingue», lance l'avocat de l'assistante maternelle, avant d’ajouter «on n'est pas là pour créer des écrans de fumée.» Le renvoi est refusé par la cour.

La suite du procès est donc bel et bien attendue ce mercredi 15 juin. Un dernier jour d’audience au cours duquel Sophie Puviland, la mère d’Axel devrait à son tour prendre la parole avant les plaidoiries des parties. Le délibéré est attendu en fin d’après-midi.

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