Affaire Anaïs Guillaume : "J’ai fait des courses avec les filles Gillet, on les regardait comme des pestiférées"

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Écrit par Florence Morel

C'est un témoignage poignant qu'a livré Roselyne, une des ex-compagnes de l'accusé, à la barre des assises de la Marne ce mardi. Voici les moments forts à retenir de l'audience.

Sa voix est posée, malgré les blessures. Ce mardi 13 avril à la cour d'appel de Reims, Roselyne, 53 ans (la plus âgée des ex-compagnes de Philippe Gillet à témoigner), n'a haussé le ton qu'une fois. Quand elle a appris dans quelles conditions vivaient les filles de Philippe Gillet, avec qui elle a eu une aventure au printemps 2012, peu de temps après la mort de sa compagne. Ils se rencontre sur un site dédié. "Il s'était présenté comme veuf et c'était malheureusement un point commun...", se souvient-elle. C'est alors qu'elle rencontre ses deux filles, Victoria et Irina, "deux gamines touchantes aux tempéramment très différents. Elles avaient besoin de câlins."

Leur relation se termine. Elle n'entend parler des Gillet que dans la presse. Alors, quand Victoria l'appelle en septembre 2019, lors de l'envoi des lettres anonymes, Roselyne accourt. "J'ai connu la maison de Céline et Philippe juste après le décès, se souvient-elle. C'était une maison très bien entretenue, coquette. Quand j'y suis revenue après le jugement, j'ai cru qu'il y avait eu un chamboulement." Elle marque une pause. L'audience est suspendue à son récit d'une rare fluidité. Le débit s'accélère légèrement. Le ton durcit. "Je me suis demandée comment on avait pu autoriser que Victoria devienne majeure. Qu'elle ait sa sœur à charge et qu'elle s'occupe de tout ça." Ecoeurée, elle aide les filles à faire des démarches administratives pour qu'elles accèdent à des bons alimentaires. "J’ai fait des courses avec les filles Gillet, on les regardait comme des pestiférées. Je ne comprends pas qu'on ait pu laisser faire ça." Voici les moments forts à retenir de l'audience.

>> Pour tout comprendre du procès de Philippe Gillet, lisez notre article

  • Le témoignage troublant de Nicolas H., ce mardi. Employé sur l'exploitation de Philippe Gillet peu après le décès de son épouse le 3 janvier 2012, Nicolas H. était proche de l'agriculteur. "Chaque fois qu'il passe une nuit avec Anaïs, j'ai presque droit aux détails", se souvient celui qui travaille désormais dans le transport routier. "Envers les femmes, oui il était macho", ajoute-t-il. "C'est vrai que c'était une relation difficile à suivre. C'était le jeu du chat et de la souris." Surtout, ce sont les précisions qu'il apportera lors de son audition en 2015 qui interrogent la cour. Depuis qu'il a appris la disparition d'Anaïs, il "se refait le film dans sa tête". Il se rappelle cette conversation à propos de la chaux. Le tas de fumier qui "n'avait rien à faire là". A l'époque, les fouilles n'ont pas encore permis de retrouver le corps. Aujourd'hui, les détails prennent un autre tournant. Toutes les intuitions du témoin se sont vérifiées. "Ce qui est troublant, c'est tout ce que vous avez déclaré s'est révélé exact, souligne l'avocat général. C'est quand même très troublant. Vous avez eu de l'accusé des confidences que vous n'osez pas répéter ?

- Si je savais quelque chose sur la disparition d'Anaïs Guillaume, vous l'auriez su dans l'instant même !, rétorque-t-il.

- Sûr et certain ?

- Sûr et certain.

- Malgré votre relation de proximité avec Philippe Gillet ?

- Oui."

  • Les parents d'Anaïs Guillaume attendus à la barre ce mardi. Depuis une semaine, ils se tiennent droits, derrière leurs avocats. La famille d'Anaïs Guillaume écoute attentivement la cour. Au cours de ce procès en appel, durant lequel les jurés doivent juger de la culpabilité de Philippe Gillet, Fabrice et Valérie Guillaume ont eu parfois à surmonter des moments difficiles. Comme la projection de la vidéo des fouilles sauvages entreprises par Victoria Gillet, la fille de l'accusé, qui ont permis de retrouver le corps de la victime. Autres témoins clés : des ex-compagnes de l'accusé, qui relateront leur relation avec Philippe Gillet.

 

  • Philippe Gillet clame toujours son innocence. C'est un accusé méconnaissable qui a fait son entrée dans son box, mardi 6 avril, vêtu d'une chemise bleu nuit à motifs, les cheveux grisonnants. Après une longue énumération des faits qui lui sont reprochés, la présidente du tribunal, Hélène Langlois, a demandé à l'agriculteur ardennais quelle était sa position. "Je m'oppose à ce qui m'est reproché", a-t-il répondu d'un ton vif. À ce jour, il a passé plus de cinq ans en détention.
  • Le délibéré est attendu la semaine du 19 avril. Au terme de trois semaines d'un procès hors norme, les jurés devront se prononcer sur la culpabilité de Philippe Gillet. En première instance, l'exploitant ardennais avait été acquitté concernant sa femme, mais reconnu coupable du meurtre (et non de l'assassinat) d'Anaïs. Condamné à 22 ans de réclusion criminelle, une peine non prévue par le code pénal, le parquet avait fait appel du verdict.