Colmar : le retable d'Issenheim enfin restauré et présenté au public du musée Unterlinden

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Le retable d'Issenheim a été intégralement restauré pendant quatre ans. Pour marquer la fin de cette restauration exceptionnelle et redécouvrir ce chef-d'œuvre de l'art médiéval, un week-end de festivités a lieu du 30 juin au 3 juillet au musée Unterlinden de Colmar.

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La restauration du retable d'Issenheim, joyau du musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin), a connu quelques péripéties. Mais finalement, l'œuvre du peintre Grünewald est entièrement restaurée et portée à la connaissance du public depuis quelques semaines, après quatre ans de travaux.

Matthias Grünewald a réalisé les peintures, Nicolas de Haguenau a fait les sculptures de ce immense retable, peint entre 1512 et 1516. Il s'agissait alors d'une commande pour le couvent des Antonins d'Issenheim.

Beaucoup de pèlerins, subissant l'ergotisme (ou "feu de St Antoine", intoxication causée par l'ergot, un champignons présent sur les céréales), venaient au couvent prier Saint-Antoine, réputé guérisseur de cette maladie.

Un chantier, une polémique et une restauration complète

Le chantier avait commencé en avril 2011, mais plusieurs experts critiquent alors le manque de préparation des travaux et la précipitation de l'équipe. Tout est alors interrompu et un comité scientifique international est constitué.

La conservatrice du musée Unterlinden, Pantxika de Paepe, a alors revu à la hausse le projet : non seulement les toiles, mais les encadrements et les sculptures seront restaurées au même moment. C'est la première fois en 500 ans qu'une restauration complète du retable est envisagée.

Le 18 novembre 2018, les premiers coups de coton-tiges sont donnés : après un choix des solvants, les restaurateurs se mettent au travail pour enlever méticuleusement les vernis qui ont jauni avec le temps. La couche de vernis passe de 20 microns à une épaisseur de 5 à 8 microns, selon les endroits.

Pendant les quatre ans de travaux, toute la restauration se fait sur place, devant le public. Sauf les sculptures qui sont parties à Paris. Le retable n'a jamais quitté Colmar.

Des couleurs et certains détails redécouverts

Et c'est lors de ce travail que progressivement, les couleurs d'origine sont révélées. A certains endroits, un ciel presque noir redevient bleu, des détails apparaissent, comme une partie de la chevelure de Marie-Madeleine.

On avait tout mis en place, on s'est tous regardé, on a rien dit et on a applaudi. Ça m'a donné la chair de poule.

Pantxika de Paepe, conservatrice du musée Unterlinden

"Tout a été passionnant", se remémore Anthony Pontarby, le restaurateur en chef. "On part avec une crasse, des vernis qui sont soit noirs, soit très jaunes pour retrouver les couleurs de Grünewald. Donc la restauration a permis de retrouver le coloris et cette luminosité qu'il y a dans ce retable et qui avaient disparu sous ces couches épaisses."

"Le jour où Monsieur Pontabry a fini de poser le vernis, on s'est tous arrêté", explique Pantxika de Paepe. "On avait tout mis en place, on s'est tous regardé, on a rien dit et on a applaudi. Ça m'a donné la chair de poule. Ces cinq années de restauration ont permis d'avoir un retable vraiment transformé."

Au final, la restauration aura coûté 1,4 million d'euros, une nouvelle structure est construite, plus mobile, pour pouvoir évacuer le retable en cas de problème. La région a donné 50.000 euros, l'Etat 250.000 euros. Le reste de la somme est financé à 80% par du mécénat et à 20% par l'association Schongauer qui gère le musée.

Week-end de festivités

Les curieux ou passionnés d'histoire de l'art, qui veulent aller plus loin et découvrir le minutieux travail entrepris, peuvent regarder les sept vidéos consacrés à cette restauration hors-norme.


Pour marquer la fin des travaux, le public est invité à découvrir le retable autrement. Concerts, visites dansées, théâtre : les artistes organisent leurs performances devant, autour et avec le retable pendant trois jours. Le programme complet est disponible sur le site du musée Unterlinden. Pour éviter l'attente (ou même rater un événement faute de place), il est possible de réserver en ligne.