INSOLITE. Pablo Raison a dessiné une carte très détaillée du patrimoine de l'est de la France, au crayon et avec une loupe

Pablo Raison aime dessiner et aime les cartes. Il dessine donc des cartes - qui rencontrent un grand succès - et la dernière ne fait pas exception. Achevée le lundi 4 octobre, elle représente l'est de la France.

Qui a dit que la géographie était ennuyeuse ? Certainement aucune personne ayant eu la chance de contempler - voire acheter - une carte de Pablo Raison. Un passionné de géographie, de patrimoine, et d'histoire des régions.

Ce talentueux artiste de 21 ans, qui dessine chaque jour depuis tout petit, est sorti de l'École européenne supérieure de l'image (Eesi) à Angoulême (Charente). Il est présent sur Twitter et Instagram, où il publie ses réalisations, très partagées : des cartes de villes ou de territoires de la France. Fort détaillées, sur du joli papier, avec de l'encre de Chine (prévoir un peu de place, c'est souvent au format A3). Les cartes, comme celle du pays reconfiné d'Ariane Pinel, sont une valeur sûre.

Sa dernière réalisation, en date du lundi 4 octobre 2021, c'est une carte de l'est de la France. Elle succède à une carte de France (entière), mais aussi de l'ouest, du sud, etc. Plus détaillée que la nationale (faite en 2019), celle de l'est met donc à l'honneur l'Alsace et la Lorraine, sans oublier la Champagne-Ardenne et la Bourgogne. Et la Franche-Comté, évidemment (à voir dans le tweet ci-dessous). 


France 3 Champagne-Ardenne a questionné l'homme aux multiples cartes - du bassin méditerranéen à l'Irlande en passant par Angoulême - sur sa passion très décorative.

Pourquoi des cartes et pas des dessins ?

"Plutôt que de dessiner un monument d'une ville, je peux m'attarder sur plusieurs choses en même temps. Et faire quelque chose de diversifié. Par exemple, représenter des maisons et châteaux en Alsace, et à l'opposé, représenter l'architecture de la Loire. Ce cadre est donc intéressant."

D'où vient cette passion pour les cartes ?

"J'adorais dessiner des villes, des paysages urbains... Et je me suis pris d'adoration pour les cartes, surtout les très réalistes avec des bâtiments en trois dimensions, où il y a l'espace et la forme des bâtiments. C'est venu petit à petit, à force de dessiner des villes et bâtiments. J'ai fait mes premières cartes à partir de 2019, c'est celle de France qui m'a fait connaître et qui m'a poussé à continuer [à voir sur Instagram ci-dessous; ndlr]. Je me suis donc concentré là-dessus."


C'est écrit Grand Est ? Pourquoi pas Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace ?...

"C'était plus pratique pour la place. C'est un peu compliqué de placer toutes les régions sur la carte. Le but était de représenter le plus possible de villes. Je sais que les gens ne sont pas très "adoratifs" des nouveaux noms, Grand Est, par exemple... Sur d'autres cartes, j'avais réussi à mettre les anciens noms de régions, mais là, j'ai préféré prioriser plein de petites communes."

Que pensez-vous de vos retours dithyrambiques ?

"J'échange avec les gens sur les réseaux sociaux qui vivent dans ces régions-là.  C'est collaboratif : on me suggère des communes. Et les critiques positives - et négatives - sont importantes à prendre en note, par exemple les fautes sur des villes, ou la boussole que j'ai mise à l'envers. C'est bien d'avoir autant de gens qui peuvent vérifier derrière. Et ça fait toujours plaisir de voir qu'autant de gens soutiennent mon travail [exemple avec le tweet ci-dessous; ndlr]. C'est très encourageant."


Combien de temps ça vous prend ?

"Le temps moyen varie selon le format. La carte de l'est, je l'ai commencée le lundi 27 septembre et finie le 4 octobre. J'ai mis à peu près une semaine. Il faut savoir que ce qui prend du temps, c'est autant le dessin que la recherche. Cela me permet de découvrir ce que je devrais dessiner pour chaque commune."

Comment créez-vous vos cartes ?

"J'ai des crayons à pointe très fine, qui permettent de faire beaucoup de détails. Et j'utilise une loupe amovible accrochée à mon bureau. Je peux la diriger vers mon dessin et me concentrer sur ces détails."

Vous vendez votre oeuvre : vous refaites tout à chaque fois ?

"Une fois la carte originale terminée, je la reproduis en imprimant sur beau papier. Mais ça reste quelque chose d'accessible [29 euros en moyenne; ndlr]."

Comment évitez-vous les accidents comme les pâtés d'encre ?

"Avant, j'utilisais des plumes. Et ça pouvait baver, donc du blanco, des autocollants blancs. Mais même encore aujourd'hui, si je bave [ça arrive effectivement; ndlr], ou fais une faute sur le nom d'une commune, je continue... Puis, je scanne le dessin et corrige avec des logiciels graphiques. L'original peut donc être sale, mais le dessin vu par les internautes sera propre à leurs yeux."

Je viens de Chailloué, dans l'Orne.

Pablo Raison, génial artiste cartographe


Vous êtes d'origine normande... De quoi faire un clin d'oeil sur vos cartes ?

"Oui. Je viens de Chailloué, dans l'Orne. C'est une commune tellement petite qu'elle ne figure normalement sur aucune carte aussi grande. Mais je me suis permis de la placer derrière la ville de Sées, où j'ai étudié."

D'autres clins d'oeil ?

"Sur ma carte du nord-ouest [à voir sur Instagram ci-dessous; ndlr], j'avais placé des spécialités culinaires dans chaque département. Un kouign-amann, un camembert, plein de choses de ce genre. Et je cache ma signature en plusieurs points de la carte. Si un jour on me vole ma carte, je pourrai prouver que c'est mon travail car je saurai trouver ma signature dans le dessin."


Et vos monuments, vos coins préférés ?

"Pour toute la France, c'est compliqué. Il y a beaucoup de monuments et de communes que je trouve magnifiques. Alors bon, comme je suis normand, je vais dire le mont Saint-Michel, évidemment. Dans l'est, c'est compliqué. J'avoue que j'ai un certain faible pour Strasbourg: je trouve que la ville est très belle et très intéressante. Metz m'intéresse beaucoup également, Charleville-Mézières aussi. J'ai beaucoup d'hésitation... Pourquoi pas faire une tournée nationale, un road-trip..."

Quels sont vos prochains projets ?

"Une carte du monde. Sur un format un peu plus grand, qui devrait me prendre un mois. J'aimerais aussi me concentrer sur certaines villes [il a déjà fait Rouen et Paris; ndlr]. Et plus tard, faire la carte de l'Île-de-France avec le nord de la France. Cela permettrait de réunifier toutes mes cartes précédentes pour en former une grande."
 

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