Confinement : "royaume englouti de la bamboche", grand succès pour la carte d'Ariane Pinel, illustratrice

Mise en ligne le lundi 23 novembre, une carte du reconfinement pleine d'humour fait le bonheur des internautes. On la doit à Ariane Pinel, une illustratrice formée et vivant à Strasbourg (Bas-Rhin). Elle raconte son parcours, ses idées, et ses autres oeuvres.
En train de mettre les dernières touches à  sa carte, au-dessus du fameux "royaume englouti de la bamboche"...
En train de mettre les dernières touches à sa carte, au-dessus du fameux "royaume englouti de la bamboche"... © Ariane Pinel
Le reconfinement de novembre 2020 aura peut-être été pour vous l'occasion de faire du tourisme. Mais oui, tout à fait : vous avez probablement aperçu le monumental "mur des attestations", contemplé les vagues de "l'océan de la déprime", et rêvé d'un paysage lointain, celui de "l'eldorado de Noël". C'est tout ce qu'on retrouve matérialisé sur la carte du reconfinement, dessinée par Ariane Pinel, une autrice-illustratrice. Les internautes sont fans.

La conceptrice de cette carte (visible ci-dessous) est née il y a 37 ans à Toulouse (Haute-Garonne), venue étudier à Strasbourg en 2000... et jamais repartie. Ses crayons, c'est sa passion. Une passion qu'elle a accepté de confier à France 3 Alsace. Mais pas facile de l'avoir au téléphone. La prolifique artiste a un emploi du temps de ministre (70 heures/semaine)... mais pas le salaire qui va avec. Soit : ça ne l'empêchera pas de continuer à dessiner. 
 
"C'est chouette ce succès, même si je ne saurais dire pourquoi... Je suppose qu'on a besoin d'humour en ce moment." Elle pourrait y voir comme une bouée pour échapper à la noyade dans le fameux océan de la déprime... "C'est vraiment un plaisir de voir les gens se marrer."

Le succès de cette carte est presque... accidentel. "C'est comme avec ma première carte [également visible dans la publication Facebook ci-dessous; ndlr], qui avait aussi eu du succès. Je ne m'y attendais pas... Je n'ai pas l'habitude d'être autant partagée."  
 
En effet, le concept-même de la carte est à l'origine une blague. "L'idée de faire des cartes est venue lors du premier confinement, après un apéroSkype un peu arrosé. C'était fait sans réfléchir, avec des blagues et des private jokes... et ça a fait un buzz inattendu. Et je comprends d'autant moins le succès de la deuxième carte : je la trouve hyper déprimante." Et elle craignait l'effet redite. "Je ne pensais pas que ça intéresserait encore des gens." Et si.

La dessinatrice est ravie de ce succès qui la rapproche des personnes appréciant ses oeuvres. Elle aurait pu les rencontrer lors d'une tournée de dédicaces, à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Sasha et les vélos (elle aux dessins, Joël Henry à l'écriture). Mais la malchance a joué. Elle a sorti son livre (visible sur Instagram, ci-dessous) juste avant un des confinements (ça lui fait un point commun avec Benoît Hamon)...
 
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par ⚡️ Ariane Pinel ⚡️ (@ariane.pinel)


"C'est publié aux éditions Cambourakis. C'est un tour du monde des vélos bizarres, par Sasha. Un personnage agenre; tout le monde peut s'identifier. Sasha va découvrir le vélo-cargo, ou bien le vélo-sauna par exemple." Oui, ça existe. Elle n'a rien inventé. "Bref c'est un plaidoyer pour le vélo. C'est plus pour un public jeune... mais j'ai eu des retours de trentenaires qui aiment aussi." Comme pour l'Abcécédaire de la magie, d'Anne-Sophie Schlick... 

Dans ce bouquin pour cyclistes comme sur ces cartes du (re)confinement, on retrouve la patte de l'artiste. Plein de petites bonhommes et de petites bonnefemmes, des détails dans tous les sens, et une bonne dose d'humour. Il n'y a qu'à voir l'intitulé des deux cartes, rédigé sur un rouleau de papier-toilette pareil à un parchemin. Un rappel avec dérision de la ruée vers les supérettes, pour se saisir des précieux rouleaux avant le premier confinement.
 
Certains des mots d'esprit ne sont pas issus de son esprit fertile, mais de celui de ces fans. Manquant d'inspiration pour la deuxième carte ("J'espère qu'il n'y aura pas un troisième confinement."), elle avait fait un appel à contributions sur sa page Facebook.

Et les références à l'actualité sont légion. Que ce soit la petite tête grimaçante de Donald Trump aperçue dans la "tornade d'informations", ou le magistral "royaume englouti de la bamboche". Ce petit mot inusité du préfet des Pays-de-la-Loire remporte tous les suffrages, notamment chez Guillaume Krempp, journaliste et collègue d'Ariane Pinel chez Rue89 Strasbourg (voir dans le tweet ci-dessous).
   
L'artiste y contribue à l'occasion: elle a notamment raconté son expérience du camp climat au nord de Strasbourg. L'occasion pour elle de dessiner et écrire sur des thèmes lui tenant à coeur (voir son dessin ci-dessous sur l'Hôtel de la rue). L'écologie, par exemple, ou le vélo qu'on a déjà cité. "J'aime bien ce petit pied dans le journalisme. C'est chouette de raconter par le dessin : c'est un super média." Elle a aussi dessiné les étiquettes des bières La Mercière.

Le deuxième confinement (on devrait peut-être écrire second pour qu'il n'y en ait pas de troisième) a coupé l'illustratrice en pleine résidence d'artiste. C'était sur l'île de Groix ("très mignonne"), au large de Lorient (Morbihan). Elle a dû retourner, séance tenante, vers sa Strasbourg. "Quand j'ouvre la fenêtre sur mon quartier de Koenigshoffen, je vois le Bibliobus. Peut-être qu'on peut y voir un fil d'espoir ?"
 
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par ⚡️ Ariane Pinel ⚡️ (@ariane.pinel)


Strasbourg l'a frappée au coeur. Elle y vit depuis ses études à la Haute-école des arts du Rhin (HEAR). "Sa section illustration est magique. On ne trouve pas ça partout : il faut aller à Épinal, Angoulême, ou Bruxelles." Doux Jésus, tel le Parlement européen en 2020, Ariane Pinel aurait pu être bruxelloise. Bon, elle est aussi restée dans la capitale alsacienne (et de l'Europe quoi qu'on en dise) pour son large réseau d'artistes vivant de leur crayon.

"La profession n'est pas évidente, précaire. Il y a un gros réseau ici, et on se regroupe, on s'entraide. C'est fondamental d'être ensemble, se serrer les coudes. Je n'aimerais pas faire ce métier isolée." Elle dessine avec d'autres collègues et camarades dans un atelier collectif.  "Ça permet d'être plusieurs dans la même galère." La carte lui aura fait paraître la vie plus légère un petit moment. Une vie beaucoup trop parsemée de demandes de travail gratuit. Les artistes ont des loyers à payer, et ce n'est pas avec "un paiement en visibilité" qu'on remplit un compte ou un frigo.
 

Pour les tâches difficiles, rien ne vaut le travail d'équipe. (source : Pokémon)


L'argent est le nerf de la guerre (ou de la galère comme l'artiste le dit si bien). Elle pourrait en obtenir en vendant ses cartes en sérigraphie ("Mais je suis pas galeriste, moi, ça demande du temps et de l'organisation..."). Elles devraient "bientôt" l'être à la librairie Ça va buller. Il est vrai qu'une telle carte serait du plus bel effet au-dessus d'un canapé, d'où l'on pourrait ainsi voyager sans bouger de chez soi. Un voyage dans le monde d'après... coronavirus.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement santé société coronavirus/covid-19 art culture bande dessinée livres